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Jean-Alain Divanach, éleveur
laitier et porcin à Plonevez-Porzay (Finistère)
est vice-président du CNJA et responsable du dossier Environnement
« Ne pas
déresponsabiliser les agriculteurs »
Comment les jeunes agriculteurs perçoivent-ils
la réforme de la politique de leau ?
n Notre crainte principale est que cette réforme se
fasse dans une logique financière et budgétaire
qui ne tienne aucun compte des réalités de lagriculture.
La profession nira pas contre lidée de taxer
les mauvais comportements. Mais attention à ne pas déresponsabiliser
les agriculteurs par des taxations aveugles que ce soit pour
lirrigation ou la redevance azote. Une attitude trop répressive
plutôt quincitative pourrait aller à lencontre
des objectifs même de la réforme. Une taxation trop
forte pourrait grever le revenu des agriculteurs et remettre
en cause jusquà la pérennité de certaines
exploitations.
Nous privilégions une entrée pédagogique
plutôt que budgétaire.
Pour lirrigation, nous défendons une gestion volumétrique
plutôt quune gestion par les prix. Certaines régions
nont aucun avenir sans irrigation ou avec une irrigation
trop taxée. Or, la responsabilisation des agriculteurs
sest déjà faite par la gestion collective
qui concerne plus de la moitié des exploitations irriguées.
Par ailleurs, il est bon de rétablir certaines vérités.
On entend souvent dire que leau est gratuite pour les agriculteurs,
mais cest faux.
Il y a les coûts dacheminement jusquà
la plante, du pompage, des installations
Rappelons également que lessentiel de leau
consommée par lagriculture est de leau brute
qui ne nécessite aucun traitement, nimpose aucun
coût pour la collectivité, et, quen France,
le principal problème nest pas la ressource en eau
mais son stockage. Nous nous battons pour une véritable
politique à long terme, qui prévoirait des ouvrages
comme des retenues supplémentaires ou des interconnexions
entre bassins pour rendre leau disponible là où
elle est rare, et qui permettrait en parallèle de gérer
le risque de crue.
Outre la consommation, cest
la redevance pollution qui risque aussi daugmenter considérablement.
De quelle manière ?
n Depuis le départ, la profession a refusé une
taxation au premier kilogramme dazote utilisé, considérant
cette méthode comme anti-pédagogique et aveugle.
Elle demande un système pédagogique qui permette
de taxer les excès mais également de reconnaître
lévolution des bonnes pratiques dans le temps. Mais
lorsquon examine de près les propositions qui sont
faites (un bilan entrée-sortie dazote sur lexploitation
comportant quelques abattements), on se rend compte que les ministères
raisonnent de manière mathématique sans tenir compte
des réalités de terrain. Ainsi, le bilan est déconnecté
à la fois de la gestion réelle dune exploitation
et du fonctionnement de lazote dans le sol. Les exploitations
les plus taxées seraient les systèmes mixtes de
polyculture-élevage, et de polyculture en zones intermédiaires.
Nous demandons un lissage des bilans sur trois ans ; une meilleure
prise en compte des cultures intermédiaires pièges
à nitrate, la comptabilisation des repousses des cultures.
Nous souhaitons également que le maximum dexploitations
soit intégré dès le départ, et non
pas seulement celles qui ont un chiffre daffaires supérieur
à 500 000 F, une option qui confirme la logique budgétaire
de rendement de limpôt. Nous proposons que toutes
les exploitations assujetties à la TVA soient responsabilisées
pour le calcul de leurs excédents, tout en exonérant
les plus petites par un abattement forfaitaire dégressif
dans le temps.
Au-delà du niveau de taxation immédiat, notre crainte
est quune fois ces redevances inscrites au budget des agences,
le législateur ne cherche à les pérenniser,
alors que leur vocation est bien de samenuiser au fil des
améliorations des pratiques. Cest tout au moins
notre objectif.
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