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Réforme de la politique de l'eau
Les redevances
vont grimper
Actuellement en arbitrage à Matignon, la réforme
de la loi sur leau devrait être votée par
le Parlement avant la fin du premier semestre 2001. Elle induira
une augmentation du prix de leau pour les agriculteurs.
La redevance de consommation devrait se situer entre 2 et 45
centimes par mètre cube, celle sur la pollution entre
1 et 3 F par kilogramme dazote excédentaire sur
lexploitation.
Or bleu, pétrole du xxie siècle. les termes
mêmes employés pour parler de leau dans les
conférences internationales montrent combien elle est
devenue une denrée précieuse et chère. Un
temps disponible et gratuite pour tous, leau est désormais
un bien rare dont chaque usager doit payer lutilisation.
La France, malgré la relative richesse de son territoire,
néchappe pas à la règle. Depuis la
loi de 1992, leau est considérée comme un
patrimoine commun de la nation.
Dans notre pays, deux lois, votées en 1964 et en 1992,
ont jeté les fondements dune politique de leau,
établie sur trois grands principes : elle est organisée
par grands bassins hydrographiques (au nombre de six) et non
par découpage administratif ; la gestion de la ressource
est confiée à des agences de leau, autonomes,
qui associent tous les utilisateurs du bassin ; leur financement
est assuré par les redevances décidées et
acquittées dans chaque bassin, par ceux qui polluent et
prélèvent de leau (les collectivités
et les ménages, les industriels, les agriculteurs). Une
concertation permanente entre les différents acteurs concernés
existe au sein des six comités de bassin.
Le 20 mai 1998, le gouvernement, a décidé que,
conformément aux principes de la constitution, le Parlement
approuverait les programmes dintervention quinquennaux
des agences de leau et voterait les règles relatives
à lassiette et au recouvrement des redevances, qui
ne serait donc plus totalement du ressort des agences. Le vote
parlementaire interviendra au printemps 2001. Il permettra également
la mise en uvre des réformes de la politique française
de leau, avec notamment la réforme des redevances
(pollution et consommation) afin de rééquilibrer
les contributions des différents types dusagers
et de renforcer le principe pollueur-payeur ; la transcription
en droit national de la directive cadre européenne adoptée
le 20 octobre 2000 qui prévoit daxer la politique
communautaire de leau sur une logique de bassin hydrographique
(à limage de ce qui existe en France), de protéger
toutes les eaux et de faire en sorte quelles atteignent
un bon niveau de qualité à lhorizon 2 015
; et la mise en conformité de la réglementation
française avec toutes les directives relatives à
leau (nitrate, eau potable).
Une contribution plus importante
des agriculteurs
Les propositions du gouvernement supprimeraient ou diminueraient
le coefficient dusage auquel lagriculture doit de
payer très peu cher leau quelle utilise (les
prix payés par les agriculteurs vont de 1 à 10
cs/m3 pour la redevance seule contre 20 à 25 pour un consommateur).
Actuellement près de 88 % du budget des agences de leau
sont supportés par les usagers domestiques (voir encadré
p.24). La nouvelle loi taxerait de manière plus équilibrée
les différents types de consommateurs : ainsi, les services
dassainissement seraient rendus redevables pour les pollutions
domestiques. Mais ce rééquilibrage entre les usagers
se traduirait par une hausse inévitable du prix de leau
pour les agriculteurs. Ils devraient payer plus cher leur eau
dirrigation et devraient sacquitter dune redevance
assise sur les excédents dazote, qui, en réalité
remplacera lactuelle redevance pollution payée par
les éleveurs.
Dans la pratique, après cette réforme, la contribution
des agriculteurs au budget des agences de leau pourrait
passer de 0,7 % (sur la base des données de 1998) à
8 %, des chiffres qui démontrent que la proportionnalité
rigoureuse entre importance des consommations-pollutions et montant
des redevances nest pas recherchée : mais pour les
agriculteurs, la redevance consommation passerait de 70 à
180 millions de francs ; la redevance pollution ferait un bond
magistral d1,8 million de francs à 600 millions
de francs.
Une gestion concertée
Ces deux gros sujets de discussion entre la profession agricole,
les ministères de lAgriculture et de lEnvironnement
redevance sur les pollutions et consommation deau
- ne sont toujours pas arbitrés, et devraient lêtre
par Matignon. Le niveau de la redevance consommation serait indexé
sur la rareté de la ressource : 3 ou 4 classes seraient
ainsi définies et les fourchettes de taux seraient comprises
entre 2 et 45 centimes/m3. Une gestion collective de la ressource,
validée par un protocole daccord signé entre
les utilisateurs et lEtat, permettrait de diminuer le coût
par m3 consommé. Enfin, un seuil unique de perception
de la redevance, à hauteur de 7 000 m3 est à létude
pour lensemble du territoire : une bonne nouvelle pour
les agriculteurs qui versent une redevance à partir de
4 000 m3, en revanche une mauvaise pour ceux qui nen ont
pas.
Si la profession reconnaît que la nécessité
de partager leau entre tous les usagers et de garantir
la salubrité des cours deau sont essentiels, elle
milite en faveur dune gestion concertée de la ressource
et met en avant le fait que pour satisfaire lensemble des
besoins, il doit être envisageable de valoriser leau
des montagnes par des barrages qui serviront à tous. Les
irrigants (110 000) prônent la transparence, veulent être
des partenaires crédibles, sont opposés à
toute approche de gestion par les prix et militent activement
pour une gestion volumétrique. Irrimieux, une opération
basée sur le volontariat, et dont lobjectif est
doptimiser lirrigation en gérant mieux la
ressource en eau pourrait faire office de pilote.
Une redevance azote pour tous les
agriculteurs
Pour ce qui concerne la pollution, la redevance azote, qui
remplacerait lactuelle redevance pollution payée
par les éleveurs et sadresserait donc désormais
à tous les agriculteurs, entrerait en vigueur en 2003.
La taxation au premier kilo dazote initialement proposée
par les pouvoirs publics a été rejetée par
la profession et les négociations ont abouti à
un système de redevance axée sur les seuls excédents
azotés. Elle doit avoir pour vocation de décroître
au fur et à mesure des améliorations des pratiques
agricoles. Lévaluation des excédents serait
faite à partir dun bilan en azote entrée-sortie
de lexploitation, établi sur la base des éléments
disponibles dans la comptabilité. Des abattements liés
aux bonnes pratiques, à la couverture des sols entreraient
en lice. Un abattement de 20 % est envisagé si lagriculteur
adhère à un centre de gestion. Par ailleurs, les
ministères étudient la possibilité dun
abattement financier prenant en compte les coûts dimplantation
des cultures intermédiaires pièges à nitrate.
Enfin, une franchise comprise entre 20 et 40 unités par
hectare (vraisemblablement 30) est envisagée. Le montant
de la taxe serait compris entre 1 et 3 F du kilogramme excédentaire
dazote. Dans un premier temps, dès 2003, seules
les exploitations réalisant un chiffre daffaires
supérieur à 500 000 F et dont le solde du bilan
de lexploitation est supérieur à 3 000 kg
dazote seraient concernées, puis en 2007 toutes
les exploitations avec un CA supérieur à 300 000
F et un excédent global supérieur à 1 000
kg dazote.
La profession nest pas daccord
La profession dénonce plusieurs points : une iniquité
entre les productions et une forte taxation des élevages,
lutilisation des effluents délevage issus
de lexploitation sur les terres de lexploitation
est pénalisante, la variabilité climatique nest
pas prise en compte, la culture du colza ayant des forts besoins
mais exportant peu est pénalisée, lélargissement
de la notion de cultures intermédiaires pièges
à nitrates (Cipan) aux repousses de cultures nest
pas prise en compte. Elle défend bec et ongles un principe
non pollueur-non payeur et dénonce de manière virulente
une logique financière et budgétaire « incompatible
avec la lutte nécessaire pour la reconquête de la
qualité des eaux ». A ses yeux, lidée
de faire payer seulement les excédents est
« une bonne idée » -, mais « ce qui
est proposé dénature cette idée et ne vise
quà faire rentrer 500 ou 700 millions de francs,
au détriment des agriculteurs, sans compter quun
tiers du budget serait affecté à la gestion du
dossier ».
« Les redevances demandées aux agriculteurs seront
fixées à un niveau compatible avec leur revenu,
mais incitatif quant à leur comportement », indique-t-on
auprès du ministère de lEnvironnement. Le
Premier ministre tranchera. Et dans un deuxième temps,
une fois la question des redevances débattue, les aides
accordées par les agences de leau aux agriculteurs
pourraient être revues à la hausse : actuellement
elles ne représentent que 3 % des aides versées.
Florence Bal |