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Linterview interdite
« Lesprit
rugby avant tout ! »
Le premier avril, « Jeunes Agriculteurs » a
(presque) interviewé Jean G., le demi de mêlée
de la ferme France.
JA : Alors Jean, entre la crise de la viande bovine,
la fièvre aphteuse et la pression des ministres européens,
cest pas un peu dur en ce moment ?
Jean G. : Non, penses-tu, je suis en pleine forme. Tu sais,
je mène une vie dathlète de haut niveau,
toujours sur le qui-vive, toujours disponible.
JA : Quand même, avec la vache folle, on ne peut
pas dire que tu te sois particulièrement activé
pour trouver des compensations pour les éleveurs.
Jean G. : Mais si, mais si ! (Lair navré, mais
lil malicieux) Tout ça cest de la faute
de Bruxelles qui-na-fait-que-nous-mettre-des- batons-dans-les-roues,
alors quon voulait aider nos éleveurs au plus vite.
JA : Tu plaisantes là ?
Jean G. : (rigolard) Oui, bien sûr, mais ça
je peux pas le dire. ça ma bien arrangé de
laisser la situation empirer. Les agriculteurs ont beau être
des gens passionnants et très attachants, ils men
ont quand même fait baver ces derniers mois, surtout avec
mes CTE que ces entêtés refusent de signer. Alors,
je me suis un peu vengé. Jai même réussi
à sortir un CTE à chacune des dernières
crises : pour les ovins, pour les bovins
Fortiche non ?
JA : Quand même, attendre quatre mois avant de débloquer
des fonds pour les éleveurs, cétait plus
que limite.
Jean G. : (Un brin hypocrite) Mais non, pas du tout. Dès
le 21 novembre, jai annoncé un plan ambitieux de
3,4 milliards pour la filière. (retrouvant son air goguenard)
Un tel chiffre, tu penses, ça en jetait ! A part les agriculteurs,
qui ont vu quil ny avait pas grand-chose derrière
cette annonce ? Personne ! Ensuite, jai eu beau jeu de
laisser monter la pression pour arriver comme le sauveur avec
mon 1,4 milliard, le mois dernier ! Royal, non ?
JA : Sauveur, cest une seconde nature pour toi ?
Jean G. : Et comment ! (Lair sérieux, mais sénervant
de plus en plus) Tu sais, mon but, cest de devenir le chevalier
blanc, le monsieur propre de lagriculture française,
celui qui lave plus blanc que blanc. Regarde, la vache folle,
on est les meilleurs élèves de lUnion européenne.
(Se mettant à trembler, à rougir, à crier
)
Quant à la fièvre aphteuse, vois avec quelle rapidité
on a bloqué, mis en quarantaine, abattu, brûlé,
détruit, lavé, décapé
Quelle
efficacité !
JA : Mais les agriculteurs dans tout ça, tu y penses
?
Jean G. : Mais tout le temps ! (sétouffant de
rire) Je te dis que je les aime bien. (sournois) Mais qui aime
bien châtie bien. Comme tu le sais, je suis amateur de
rugby. Ancien joueur aussi. Jen ai gardé lesprit
et les préceptes fondamentaux : prendre et donner, même
si là, il sagit plus souvent de coups que de ballons
pour aller à lessai.
JA : Daccord, mais ce rapport de force, ça
va durer encore longtemps ?
Jean G. : Moi jai tout mon temps.
Et puis, dans un an, avec les présidentielles, de nouvelles
perspectives souvrent pour moi. Avec lagriculture,
jai peaufiné ma communication de masse. Pour les
médias, je suis un bon client. Pour le grand public, je
suis le ministre irréprochable qui a ramené les
affreux agriculteurs productivistes à la raison, pour
le plus grand bien des consommateurs. Chef de cabinet de lElysée
à 32 ans, puis député à 44 et ministre
à 49, mon avenir politique sannonce sous les meilleurs
auspices. Vous allez encore entendre parler de moi, croyez-moi
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