N° 559 | MARS 2001

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Cinq mois de crise aiguë

 

 

 

 

 

Crise bovine

La tension monte

 

Sous prétexte de vouloir trouver des solutions durables à la crise bovine, les pouvoirs publics français et européens font mine de ne pas voir l’urgence dramatique dans laquelle se débat toute une filière. Il n’y a pourtant pas de temps à perdre…

A l’heure où ce numéro de JA est sous presse, on ne sait encore rien des intentions des ministres de l’Agriculture européens, réunis en conclave à Bruxelles les 26 et 27 février pour débattre d’un dossier plus que brûlant : celui des conséquences économiques de l’ESB. Un dossier qui met toute une filière (forte, faut-il le rappeler, de 278 000 exploitations) aux abois, et avec elle des régions entières, auxquelles l’élevage bovin apporte l’essentiel de leur revenu agricole. C’est la cessation de paiement qui menace, pour des milliers d’exploitations, prises en tenaille entre la chute des cours d’une part, et d’autre part les surcoûts liés à la mévente. Seules des aides directes peuvent aujourd’hui pallier l’urgence.

Or, selon un jeu bien éprouvé, Paris et Bruxelles se renvoient la patate chaude. Premier joueur : Franz Fischler, qui a annoncé le 13 février un plan de maîtrise de la production bovine (voir en rubrique Actualité, page 18). Il s’agit d’ajuster l’offre à la demande, c’est-à-dire de réduire la production. Mais les effets ne s’en feront sentir qu’à terme, bien trop tard si rien n’est fait par ailleurs. Or, il n’est pas question que l’argent de Bruxelles serve à autre chose qu’à des changements structurels.

Second joueur : Jean Glavany, deux jours plus tard, à l’occasion d’une table ronde avec la FNSEA le CNJA, la FNB et la FNPL. Le ministre a annoncé des dispositions techniques destinées à améliorer la situation du marché. Principalement, face à l’engorgement des équarrissages saturés par l’afflux brutal des animaux non testés, une accélération des retraits par congélation des carcasses en attendant leur incinération. Un accroissement des contrôles sanitaires est censé redonner confiance aux consommateurs, et la communication va être intensifiée pour y aider. Mais là encore il faudra un peu de temps pour juger de l’efficacité de ces décisions, « dramatiquement insuffisantes », selon les participants professionnels à la table ronde. Et d’ici là, il n’est pas question d’aides directes d’urgence sans autorisation de Bruxelles. Une autorisation que Jean Glavany a promis d’arracher lors du rendez-vous des ministres européens fin février. « Si Bruxelles refuse d’entendre la détresse des éleveurs français, je prendrai mes responsabilités, en accord avec le Premier ministre ». Ses interlocuteurs ont pris acte de la fermeté du propos. Il est à remarquer pourtant que l’Italie n’a pas attendu, elle, les décisions européennes pour passer à l’acte. Elle a débloqué quelque 50 millions d’euros pour aider les producteurs de jeunes bovins ; une aide équivalant à 1 500 ou 2 000 F par tête sera attribuée pour 150 000 animaux.

Bref, les éleveurs français ne voient toujours pas la fin du feuilleton, et en sont d’autant plus amers qu’ils ont le sentiment d’avoir été dans la gestion de la crise de la vache folle parmi les meilleurs élèves européens. À suivre, donc, hélas.

Georges Chatain