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Crise bovine
La tension monte
Sous prétexte de vouloir trouver des solutions durables
à la crise bovine, les pouvoirs publics français
et européens font mine de ne pas voir lurgence dramatique
dans laquelle se débat toute une filière. Il ny
a pourtant pas de temps à perdre
A lheure où ce numéro de JA est sous presse,
on ne sait encore rien des intentions des ministres de lAgriculture
européens, réunis en conclave à Bruxelles
les 26 et 27 février pour débattre dun dossier
plus que brûlant : celui des conséquences économiques
de lESB. Un dossier qui met toute une filière (forte,
faut-il le rappeler, de 278 000 exploitations) aux abois, et
avec elle des régions entières, auxquelles lélevage
bovin apporte lessentiel de leur revenu agricole. Cest
la cessation de paiement qui menace, pour des milliers dexploitations,
prises en tenaille entre la chute des cours dune part,
et dautre part les surcoûts liés à
la mévente. Seules des aides directes peuvent aujourdhui
pallier lurgence.
Or, selon un jeu bien éprouvé, Paris et Bruxelles
se renvoient la patate chaude. Premier joueur : Franz Fischler,
qui a annoncé le 13 février un plan de maîtrise
de la production bovine (voir en rubrique Actualité, page
18). Il sagit dajuster loffre à la demande,
cest-à-dire de réduire la production. Mais
les effets ne sen feront sentir quà terme,
bien trop tard si rien nest fait par ailleurs. Or, il nest
pas question que largent de Bruxelles serve à autre
chose quà des changements structurels.
Second joueur : Jean Glavany, deux jours plus tard, à
loccasion dune table ronde avec la FNSEA le CNJA,
la FNB et la FNPL. Le ministre a annoncé des dispositions
techniques destinées à améliorer la situation
du marché. Principalement, face à lengorgement
des équarrissages saturés par lafflux brutal
des animaux non testés, une accélération
des retraits par congélation des carcasses en attendant
leur incinération. Un accroissement des contrôles
sanitaires est censé redonner confiance aux consommateurs,
et la communication va être intensifiée pour y aider.
Mais là encore il faudra un peu de temps pour juger de
lefficacité de ces décisions, « dramatiquement
insuffisantes », selon les participants professionnels
à la table ronde. Et dici là, il nest
pas question daides directes durgence sans autorisation
de Bruxelles. Une autorisation que Jean Glavany a promis darracher
lors du rendez-vous des ministres européens fin février.
« Si Bruxelles refuse dentendre la détresse
des éleveurs français, je prendrai mes responsabilités,
en accord avec le Premier ministre ». Ses interlocuteurs
ont pris acte de la fermeté du propos. Il est à
remarquer pourtant que lItalie na pas attendu, elle,
les décisions européennes pour passer à
lacte. Elle a débloqué quelque 50 millions
deuros pour aider les producteurs de jeunes bovins ; une
aide équivalant à 1 500 ou 2 000 F par tête
sera attribuée pour 150 000 animaux.
Bref, les éleveurs français ne voient toujours
pas la fin du feuilleton, et en sont dautant plus amers
quils ont le sentiment davoir été dans
la gestion de la crise de la vache folle parmi les meilleurs
élèves européens. À suivre, donc,
hélas.
Georges Chatain |