N° 559 | MARS 2001

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Le Languedoc en blanc

 

Le Languedoc-Roussillon ne produit pas seulement des vins rouges. Il propose aussi des vins blancs, qui n'ont pas la notoriété qu'ils méritent.

La couleur des crus languedociens, c'est le rouge. Ce sont les rouges qui ont porté en France d'abord la mauvaise, puis la bonne réputation, du Languedoc : les faugères, fitou, minervois, corbières, saint-chinian, compagnons chaleureux des plats en sauce, du gibier et des fromages musclés.

Réputation justifiée, certes, mais qui laisse dans l'ombre quelques belles personnalités : des vins blancs qui ont, eux-aussi, accédé à force de rigueur au club des grands.

D'abord le picpoul de pinet. Un petit vignoble de l'Hérault, produit sur quelques communes au bord de l'étang de Thau. Un vin blanc sec, léger et floral, qui évoquerait plus les douceurs des coteaux de Loire que les canicules de l'été languedocien. Il doit son nom au cépage, le picpoul, qui n'est guère cultivé que dans cette petite région, et qui doit entrer pour 70 % dans l'élaboration de ce vin rare. Les autres 30 % sont apportés par un assemblage de clairette et de terret, deux autres cépages indigènes, arrivés là depuis la nuit des temps, lorsque les premiers navigateurs phéniciens, puis grecs, implantèrent dans ces lieux favorables ces lianes issues, croit-on, du Caucase et de la Turquie d'Asie.

La tradition de la viticulture languedocienne est d'ailleurs dans les assemblages. Et les vins blancs y sont portés par une large palette de cépages complémentaires. Le bourboulenc, à propos duquel les ampélographes se disputent encore pour savoir s'il s'agit ou non du légendaire malvoisie auquel ils sont unanimes à attribuer la force et la rusticité. La clairette propose son potentiel en alcool, le grenache sa charpente, le maccabéo ses aromes floraux, le mauzac ses saveurs fruitées, le terret sa nervosité.

Et ce sont les harmonies entre ces diverses vertus qui font la personnalité des huit aires AOC (sur un total de 26) du Languedoc-Roussillon qui produisent des vins blancs : les corbières, le minervois, les costières du Gard, la clairette de Bellegarde, la clairette du languedoc, les coteaux du languedoc (dont sont le picpoul de pinet et la clape, autour de Narbonne), les côtes du roussillon, la blanquette de limoux. Celle-ci, de vieille tradition d'effervescence, a pensé lutter contre l'impérialisme du champagne en l'imitant. Elle est passée de la méthode rurale (fermentation directe en bouteille) à la méthode champenoise (reprise de la fermentation par adjonction d'une liqueur de tirage) ; et pour faire bon poids, a ajouté à son encépagement traditionnel, le chardonnay, qui donne les champagnes les plus fins.

Antoine Menoux