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Le Languedoc en
blanc
Le Languedoc-Roussillon ne produit pas seulement des vins
rouges. Il propose aussi des vins blancs, qui n'ont pas la notoriété
qu'ils méritent.
La couleur des crus languedociens, c'est le rouge. Ce sont
les rouges qui ont porté en France d'abord la mauvaise,
puis la bonne réputation, du Languedoc : les faugères,
fitou, minervois, corbières, saint-chinian, compagnons
chaleureux des plats en sauce, du gibier et des fromages musclés.
Réputation justifiée, certes, mais qui laisse
dans l'ombre quelques belles personnalités : des vins
blancs qui ont, eux-aussi, accédé à force
de rigueur au club des grands.
D'abord le picpoul de pinet. Un petit vignoble de l'Hérault,
produit sur quelques communes au bord de l'étang de Thau.
Un vin blanc sec, léger et floral, qui évoquerait
plus les douceurs des coteaux de Loire que les canicules de l'été
languedocien. Il doit son nom au cépage, le picpoul, qui
n'est guère cultivé que dans cette petite région,
et qui doit entrer pour 70 % dans l'élaboration de ce
vin rare. Les autres 30 % sont apportés par un assemblage
de clairette et de terret, deux autres cépages indigènes,
arrivés là depuis la nuit des temps, lorsque les
premiers navigateurs phéniciens, puis grecs, implantèrent
dans ces lieux favorables ces lianes issues, croit-on, du Caucase
et de la Turquie d'Asie.
La tradition de la viticulture languedocienne est d'ailleurs
dans les assemblages. Et les vins blancs y sont portés
par une large palette de cépages complémentaires.
Le bourboulenc, à propos duquel les ampélographes
se disputent encore pour savoir s'il s'agit ou non du légendaire
malvoisie auquel ils sont unanimes à attribuer la force
et la rusticité. La clairette propose son potentiel en
alcool, le grenache sa charpente, le maccabéo ses aromes
floraux, le mauzac ses saveurs fruitées, le terret sa
nervosité.
Et ce sont les harmonies entre ces diverses vertus qui font
la personnalité des huit aires AOC (sur un total de 26)
du Languedoc-Roussillon qui produisent des vins blancs : les
corbières, le minervois, les costières du Gard,
la clairette de Bellegarde, la clairette du languedoc, les coteaux
du languedoc (dont sont le picpoul de pinet et la clape, autour
de Narbonne), les côtes du roussillon, la blanquette de
limoux. Celle-ci, de vieille tradition d'effervescence, a pensé
lutter contre l'impérialisme du champagne en l'imitant.
Elle est passée de la méthode rurale (fermentation
directe en bouteille) à la méthode champenoise
(reprise de la fermentation par adjonction d'une liqueur de tirage)
; et pour faire bon poids, a ajouté à son encépagement
traditionnel, le chardonnay, qui donne les champagnes les plus
fins.
Antoine Menoux |