|
France : Elections municipales
La fin des maires-paysans
?
Le spectacle des affrontements politiques dans les grandes
villes cache un phénomène plus grave : la crise
des candidatures rurales.
C'est donc le dimanche 11 mars, avec un second tour le dimanche
suivant, que seront renouvelés les maires des 36 536 communes
françaises. L'exemple de Paris montre à quel point
ce scrutin est un enjeu politique majeur en ville. En milieu
rural, c'est différent, à la fois plus simple et
plus complexe. Plus simple parce que les clivages politiques
sont moins déterminants ; plus complexe parce qu'un maire
rural travaille avec des moyens réduits, qu'il ne peut
avoir, contrairement à son collègue de la ville,
de cabinet.
Mais d'abord, qu'est-ce qu'une commune rurale ? Pour l'Insee
(Institut national de la statistique et des études économiques),
la réponse est simple : c'est une commune de moins de
2 000 habitants. Trop simple : l'urbanisation fait que des petites
communes, avalées par une agglomération qui s'étend,
n'ont plus aucun caractère rural ; inversement des bourgs
plus importants, en zones peu peuplées, restent de nature
essentiellement campagnarde.
Tout le monde s'accorde pourtant pour estimer que plus de
80 % des communes sont de nature rurale. Soit environ 30 000.
Dans lesquelles le poids du monde agricole s'amenuise. Une d'entre
elles sur cinq seulement est gérée par un maire
paysan.
Les chiffres du ministère de l'Intérieur sont
éloquents. Aux précédentes municipales,
en 1995, ont été élus 7 177 agriculteurs.
Soit 19,6 % des maires français. Plus tôt, en 1989,
ils avaient été 28,4 % ; et, en 1983, 35,3 %. La
dégringolade est donc rapide. A titre de comparaison,
la proportion des maires salariés retraités s'est
accrue dans des proportions exactement inverses. Ils étaient
16,6 % en 1983, 22,7 % en 1989, 29,7 % en 1995. Ce sont eux qui,
avec un total de 10 868 communes, constituent désormais
la première catégorie socioprofessionnelle d'origine
des maires.
Il n'est certes pas question de considérer qu'un retraité
soit fatalement un moins bon maire. Mais tout de même,
ces chiffres posent problème. Ils prouvent que la charge
municipale, corsetée par des obligations réglementaires
de plus en plus complexes, nécessite souvent, même
pour une commune rurale, un temps complet et un revenu autre
que celui d'une activité professionnelle. De plus, la
judiciarisation croissante de la société menace
le premier magistrat communal de poursuites au moindre trottoir
défectueux ou au premier incident scolaire. D'où
une crise de l'engagement municipal que notent tous les observateurs
politiques en France, et qui affecte en premier lieu le monde
paysan, celui dont la gestion du temps est la moins maîtrisable.
Toutes ces raisons conduisent à une professionnalisation
de la fonction municipale. Il n'est pas certain que la démocratie
locale ni le dynamisme rural y gagnent. (Voir en page 26 notre
reportage chez Daniel Crucerey, un jeune agriculteur élu
municipal en Haute-Saône).
|