N° 559 | MARS 2001

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France : Elections municipales

La fin des maires-paysans ?

Le spectacle des affrontements politiques dans les grandes villes cache un phénomène plus grave : la crise des candidatures rurales.

C'est donc le dimanche 11 mars, avec un second tour le dimanche suivant, que seront renouvelés les maires des 36 536 communes françaises. L'exemple de Paris montre à quel point ce scrutin est un enjeu politique majeur en ville. En milieu rural, c'est différent, à la fois plus simple et plus complexe. Plus simple parce que les clivages politiques sont moins déterminants ; plus complexe parce qu'un maire rural travaille avec des moyens réduits, qu'il ne peut avoir, contrairement à son collègue de la ville, de cabinet.

Mais d'abord, qu'est-ce qu'une commune rurale ? Pour l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), la réponse est simple : c'est une commune de moins de 2 000 habitants. Trop simple : l'urbanisation fait que des petites communes, avalées par une agglomération qui s'étend, n'ont plus aucun caractère rural ; inversement des bourgs plus importants, en zones peu peuplées, restent de nature essentiellement campagnarde.

Tout le monde s'accorde pourtant pour estimer que plus de 80 % des communes sont de nature rurale. Soit environ 30 000. Dans lesquelles le poids du monde agricole s'amenuise. Une d'entre elles sur cinq seulement est gérée par un maire paysan.

Les chiffres du ministère de l'Intérieur sont éloquents. Aux précédentes municipales, en 1995, ont été élus 7 177 agriculteurs. Soit 19,6 % des maires français. Plus tôt, en 1989, ils avaient été 28,4 % ; et, en 1983, 35,3 %. La dégringolade est donc rapide. A titre de comparaison, la proportion des maires salariés retraités s'est accrue dans des proportions exactement inverses. Ils étaient 16,6 % en 1983, 22,7 % en 1989, 29,7 % en 1995. Ce sont eux qui, avec un total de 10 868 communes, constituent désormais la première catégorie socioprofessionnelle d'origine des maires.

Il n'est certes pas question de considérer qu'un retraité soit fatalement un moins bon maire. Mais tout de même, ces chiffres posent problème. Ils prouvent que la charge municipale, corsetée par des obligations réglementaires de plus en plus complexes, nécessite souvent, même pour une commune rurale, un temps complet et un revenu autre que celui d'une activité professionnelle. De plus, la judiciarisation croissante de la société menace le premier magistrat communal de poursuites au moindre trottoir défectueux ou au premier incident scolaire. D'où une crise de l'engagement municipal que notent tous les observateurs politiques en France, et qui affecte en premier lieu le monde paysan, celui dont la gestion du temps est la moins maîtrisable. Toutes ces raisons conduisent à une professionnalisation de la fonction municipale. Il n'est pas certain que la démocratie locale ni le dynamisme rural y gagnent. (Voir en page 26 notre reportage chez Daniel Crucerey, un jeune agriculteur élu municipal en Haute-Saône).