N° 559 | MARS 2001

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Jean-Luc Duval

« Nous faisons front commun contre les partisans du groupe de Cairns qui prônent une libéralisation totale des échanges agricoles. »

 

Congrès des jeunes agriculteurs japonais

Interview de Jean-Luc Duval, président du CNJA

« Nos structures sont alliées »

Avec Arnold Puech d’Alissac, président du Ceja, Jean-Luc Duval a participé au congrès des jeunes agriculteurs japonais.

 

Quelle place l’agriculture occupe-t-elle au Japon ?

Le Japon, c’est une population de 126 millions d’habitants sur un territoire grand comme les deux tiers de la France, avec une forte proportion de montagnes et de forêts. Il reste donc peu de place pour les territoires agricoles exploitables, qui sont parfois enclavés à l’intérieur même des zones urbaines.
L’exploitation agricole type est familiale, peu mécanisée et relativement limitée en surface – deux hectares en moyenne. Beaucoup d’agriculteurs japonais sont pluriactifs.
La grande préoccupation du Japon reste l’autosuffisance alimentaire, car 60 % des denrées consommées sont importées.
D’importants efforts ont été consentis pour développer la riziculture, mais il reste beaucoup à faire dans les autres productions. Certains programmes sont en cours pour adapter des rizières au maraîchage.

Quelles sont les préoccupations des jeunes agriculteurs japonais ?

Le poids de la culture et des coutumes semble être assez fort. L’exploitation est traditionnellement transmise à l’aîné de la famille. Celui-ci se retrouve alors avec la charge des parents et des anciens. Les problèmes de cohabitation sont particulièrement importants, comme cela a pu être le cas en France il y a une trentaine d’années.
Le JA-Zenseikyo est une sorte de section jeune du syndicat aîné, le Zenchu. Très intéressés par notre structure, les jeunes responsables japonais m’ont posé beaucoup de questions sur le fonctionnement du CNJA, sur son autonomie et sur son financement.

Quels sont les points de convergences entre les jeunes agriculteurs japonais et français ?

Nous partageons les mêmes valeurs. Nous réclamons de l’OMC qu’elle permette aux différents modèles d’agriculture pratiqués dans le monde de coexister et nous faisons front commun contre les partisans du groupe de Cairns qui prônent une libéralisation totale des échanges agricoles. Sur le modèle de l’Union européenne, le Japon s’intéresse à la constitution d’espaces régionaux homogènes et protégés. Des accords existent déjà avec la Corée du sud et les Philippines. Enfin, comme en France, les agriculteurs japonais sont très attachés au concept de multifonctionnalité.

Quel bilan tirez-vous de ces rencontres ?

Avec Arnold Puech d’Alissac, nous avons développé notre vision de l’agriculture devant nos homologues japonais, mais aussi auprès du ministre de l’Agriculture, du représentant du Japon à l’OMC et de nombreux responsables politiques au pouvoir. Le CNJA et le JA-Zenseikyo, dont M. Tani est le nouveau président, sont des structures alliées. Dans un contexte de mondialisation, il faut mondialiser nos revendications. Le CNJA s’est porté candidat pour organiser le prochain congrès mondial des jeunes agriculteurs, en 2003. Ce prochain rendez-vous devra être un véritable lieu de débats, pas un show à l’américaine comme cela s’est produit à Orlando l’année dernière.