N° 557 | JANVIER 2001

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France : Revenu agricole

Toujours le grand écart

Plus que jamais, les comptes de l’agriculture pour l’an 2000 montrent à quel point il faut savoir interpréter les statistiques. Ils donnent pour les éleveurs bovins une augmentation de revenu de 9 à 13 % !

Exercice classique de décembre : la publication par l’Insee (Institut national de la statistique et des affaires économiques) des comptes de l’agriculture pour l’année qui se termine. Avec les constatations de rigueur sur les grands écarts entre les diverses productions. Et quelques chiffres propres à mettre les intéressés en fureur s’ils ne sont pas accompagnés de quelques éclaircissements.

Globalement, le revenu global de l’agriculture française a régressé de 0,3 % par rapport à 1999. Mais compte tenu de la diminution du nombre d’actifs agricoles (moins 1,8 %), le revenu par actif a augmenté de 1,3 % ; et eu égard à la diminution du nombre d’exploitations (moins 2,7 %), le revenu par unité augmenterait de 2,5 %.

Avec, comme chaque année, des grands écarts selon les productions. La progression la plus forte est dans le hors-sol : + 28 %, ce qui constitue un renversement par rapport à l’année précédente (- 5 %). Vient ensuite le maraîchage-horticulture (+ 14 %), les ovins (+ 9), la polyculture (+ 5 %), l’arboriculture fruitière (+ 3 %). Voient au contraire leur revenu baisser les producteurs de vins (-6 % en consommation courante, -10 pour les AOC), et surtout les grandes cultures, céréales et oléoprotéagineux (- 13 %).

Et puis il y a le cas de l’élevage bovin. C’est là que ces comptes 2000 risquent de faire hurler dans les chaumières. Ils donnent une augmentation de revenu moyen de 13 % pour les éleveurs de bovins-viande, de 9 % pour les bovins-lait. Des chiffres bien évidemment hors de toute réalité de terrain.

Explication des statisticiens : « le résultat agricole s’obtient en déduisant la valeur des consommations intermédiaires de celle de la production agricole au prix de base, et en ajoutant le solde entre les subventions d’exploitation et les impôts liés à la production ». Et la valeur des animaux non vendus reste comptabilisée dans le capital. Ce qui est peut-être de stricte orthodoxie comptable, mais ne correspond en rien à la réalité économique vécue par l’exploitant. Enfin il s’agit de moyennes annuelles, qui masquent d’autant plus la brutalité de la crise que celle-ci est intervenue dans les deux derniers mois de l’année, alors que les abattages étaient soutenus au premier semestre, et n’a donc été que très partiellement prise en compte.

Il faudra attendre les comptes 2001 pour mesurer les conséquences de la crise. Mais d’ores et déjà le service statistique du ministère de l’Agriculture estime à trois points la baisse de revenu pour ces deux seuls mois. Les organisations agricoles et Jean Glavany le disent dans les mêmes termes, « la solidarité est plus que jamais à l’ordre du jour ».