N° 556 | DECEMBRE 2000

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Le plan Jospin : Sept mesures pour les consommateurs

 

 

La filière bovine
en chiffres

 

 

 

 

 

 

Plan d'aide :
les éleveurs oubliés

 

Crise bovine

Les éleveurs attendent en core le plan de secours

Alors que la deuxième crise de la vache folle sévit en France, le gouvernement a réclamé en vain des mesures européennes et proposé un plan de soutien pour la filière bovine. Un plan qui n’est pas à la hauteur de la situation dramatique des éleveurs.

En l’espace de quelques semaines, la filière bovine s’est enfoncée dans un marasme dont personne, à ce jour, ne peut dire quand il prendra fin. L’émoi provoqué dans l’opinion publique par le traitement « politico-médiatico-sensationnel » des cas de vaches folles a eu un effet dévastateur sur la consommation. Confortés dans leur inquiétude par la décision, irraisonnée, de plusieurs municipalités de retirer le bœuf des cantines scolaires, les Français se sont massivement détournés de la viande bovine. Du coup, le marché enregistre une diminution record de ses ventes (de l’ordre de 40 %), beaucoup plus prononcée qu’en 1996. Plus grave, une enquête du Crédoc montre que 48 % des Français ont réduit leur consommation (18 % ont décidé de ne plus en manger du tout) et que 26 % envisagent de la diminuer encore plus.

Sur le terrain, l’activité économique est en berne. Ne trouvant pas d’acheteurs pour leurs animaux, les éleveurs français sont obligés de les conserver sur leurs exploitations. En conséquence, les cours ont amorcé un fléchissement (moins 16 % pour les vaches laitières de réforme) risquant de s’amplifier dans les semaines à venir. Pour les entreprises de négoce en bestiaux, la situation n’est pas meilleure : elles affirment avoir mis au chômage technique 50 à 60 % de leurs salariés. Enfin, les abattoirs et les ateliers de découpe font grise mine, avec une diminution de leur activité de 50 à 60 %.

L’Espagne, l’Italie, l’Autriche, les Pays-Bas, la Grèce, la Russie, la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne ou encore le Maroc ont pris des mesures pour restreindre ou interdire leurs importations en provenance de France. Une situation absurde quand on connaît le laisser-aller sanitaire de certains de ces pays, mais d’autant plus grave que la France exporte chaque année 30 % de sa production bovine.

Pourtant, comme l’a réaffirmé l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), « il n’y a aucune donnée scientifique qui permette de suspecter un risque pour la santé de consommer la viande ou le lait d’origine bovine ». Mais lorsque la psychose est là !

L’Union ignore les demandes françaises

Face à cette situation, l’Union européenne a donné son feu vert au stockage privé. Portant sur un volume de 125 000 t de carcasses de vaches (catégorie D), cette mesure, qui coûtera environ 330 millions de F, devrait surtout concerner la France. Mais son efficacité sera limitée, certains experts estimant qu’il faudrait retirer immédiatement 150 000 t du seul marché français pour infléchir la chute des cours.

Suite à l’annonce par Lionel Jospin, le 14 novembre, de mesures gouvernementales pour rassurer le consommateur (voir encadré), Jean Glavany espérait bien rallier les autres pays de l’Union à la position française sur la sécurité sanitaire des aliments. Dans son discours du 20 novembre au Conseil des ministres de l’Agriculture, il a réclamé l’interdiction des farines animales dans l’alimentation de tous les animaux européens, l’harmonisation des mesures de prévention et de contrôle de l’ESB et la généralisation des tests de recherche sur le cheptel bovin de l’Union. Notre ministre a également demandé une intervention communautaire complémentaire sur la viande bovine, ainsi qu’une revalorisation des aides aux cultures riches en protéines. Malheureusement, sur la plupart de ces points, Jean Glavany n’a pas su se faire entendre. A l’inverse, les Etats-membres étaient, paraît-il, à deux doigts de décréter un embargo général sur le bœuf français. Un comble quand on sait que le réseau d’épidémiosurveillance de l’ESB est totalement inopérant, voire inexistant, chez certains de nos voisins européens. Seules l’interdiction des cadavres dans l’alimentation des animaux de ferme et l’extension des tests de recherche ont reçu un avis favorable du Conseil. Dès le 1er janvier 2001, ces tests rapides seront pratiqués dans tous les Etats de l’Union européenne, sur les bovins à risque âgés de plus de 30 mois.

Pas de vrai soutien aux éleveurs

De retour, bredouille, de Bruxelles, le ministre de l’Agriculture a dévoilé le plan gouvernemental de soutien à la filière bovine (voir encadré). Malgré un montant total de 3,2 milliards de F, ce plan a provoqué la colère des éleveurs. Pour Jean-Luc Duval, le président du CNJA, « les mesures annoncées sont nulles. Les éleveurs de viande bovine sont en train de disparaître un par un. Et le ministre annonce quoi pour les jeunes éleveurs ? Des broutilles ! ». A y regarder de plus près, les mesures concernant l’élevage sont loin d’être suffisantes. En fait d’aide financière, il s’agit surtout d’un report de cotisations (1,24 milliards de F) que les éleveurs devront rembourser plus tard. Quant au programme de développement des cultures oléo-protéagineuses (450 millions de F), il avait déjà été annoncé par les pouvoirs publics en septembre dernier, au beau milieu de la crise du gazole.

Mais devant l’urgence actuelle, ce que les éleveurs français attendent toujours, c’est une véritable intervention publique pour dégager efficacement et rapidement le marché.

Vincent Lasseret