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Crise bovine
Les éleveurs
attendent en core le plan de secours
Alors que la deuxième crise de la vache folle sévit
en France, le gouvernement a réclamé en vain des
mesures européennes et proposé un plan de soutien
pour la filière bovine. Un plan qui nest pas à
la hauteur de la situation dramatique des éleveurs.
En lespace de quelques semaines, la filière bovine
sest enfoncée dans un marasme dont personne, à
ce jour, ne peut dire quand il prendra fin. Lémoi
provoqué dans lopinion publique par le traitement
« politico-médiatico-sensationnel » des cas
de vaches folles a eu un effet dévastateur sur la consommation.
Confortés dans leur inquiétude par la décision,
irraisonnée, de plusieurs municipalités de retirer
le buf des cantines scolaires, les Français se sont
massivement détournés de la viande bovine. Du coup,
le marché enregistre une diminution record de ses ventes
(de lordre de 40 %), beaucoup plus prononcée quen
1996. Plus grave, une enquête du Crédoc montre que
48 % des Français ont réduit leur consommation
(18 % ont décidé de ne plus en manger du tout)
et que 26 % envisagent de la diminuer encore plus.
Sur le terrain, lactivité économique est
en berne. Ne trouvant pas dacheteurs pour leurs animaux,
les éleveurs français sont obligés de les
conserver sur leurs exploitations. En conséquence, les
cours ont amorcé un fléchissement (moins 16 % pour
les vaches laitières de réforme) risquant de samplifier
dans les semaines à venir. Pour les entreprises de négoce
en bestiaux, la situation nest pas meilleure : elles affirment
avoir mis au chômage technique 50 à 60 % de leurs
salariés. Enfin, les abattoirs et les ateliers de découpe
font grise mine, avec une diminution de leur activité
de 50 à 60 %.
LEspagne, lItalie, lAutriche, les Pays-Bas,
la Grèce, la Russie, la République Tchèque,
la Hongrie, la Pologne ou encore le Maroc ont pris des mesures
pour restreindre ou interdire leurs importations en provenance
de France. Une situation absurde quand on connaît le laisser-aller
sanitaire de certains de ces pays, mais dautant plus grave
que la France exporte chaque année 30 % de sa production
bovine.
Pourtant, comme la réaffirmé lAgence
française de sécurité sanitaire des aliments
(Afssa), « il ny a aucune donnée scientifique
qui permette de suspecter un risque pour la santé de consommer
la viande ou le lait dorigine bovine ». Mais lorsque
la psychose est là !
LUnion ignore les demandes françaises
Face à cette situation, lUnion européenne
a donné son feu vert au stockage privé. Portant
sur un volume de 125 000 t de carcasses de vaches (catégorie
D), cette mesure, qui coûtera environ 330 millions de F,
devrait surtout concerner la France. Mais son efficacité
sera limitée, certains experts estimant quil faudrait
retirer immédiatement 150 000 t du seul marché
français pour infléchir la chute des cours.
Suite à lannonce par Lionel Jospin, le 14 novembre,
de mesures gouvernementales pour rassurer le consommateur (voir
encadré), Jean Glavany espérait bien rallier les
autres pays de lUnion à la position française
sur la sécurité sanitaire des aliments. Dans son
discours du 20 novembre au Conseil des ministres de lAgriculture,
il a réclamé linterdiction des farines animales
dans lalimentation de tous les animaux européens,
lharmonisation des mesures de prévention et de contrôle
de lESB et la généralisation des tests de
recherche sur le cheptel bovin de lUnion. Notre ministre
a également demandé une intervention communautaire
complémentaire sur la viande bovine, ainsi quune
revalorisation des aides aux cultures riches en protéines.
Malheureusement, sur la plupart de ces points, Jean Glavany na
pas su se faire entendre. A linverse, les Etats-membres
étaient, paraît-il, à deux doigts de décréter
un embargo général sur le buf français.
Un comble quand on sait que le réseau dépidémiosurveillance
de lESB est totalement inopérant, voire inexistant,
chez certains de nos voisins européens. Seules linterdiction
des cadavres dans lalimentation des animaux de ferme et
lextension des tests de recherche ont reçu un avis
favorable du Conseil. Dès le 1er janvier 2001, ces tests
rapides seront pratiqués dans tous les Etats de lUnion
européenne, sur les bovins à risque âgés
de plus de 30 mois.
Pas de vrai soutien aux éleveurs
De retour, bredouille, de Bruxelles, le ministre de lAgriculture
a dévoilé le plan gouvernemental de soutien à
la filière bovine (voir encadré). Malgré
un montant total de 3,2 milliards de F, ce plan a provoqué
la colère des éleveurs. Pour Jean-Luc Duval, le
président du CNJA, « les mesures annoncées
sont nulles. Les éleveurs de viande bovine sont en train
de disparaître un par un. Et le ministre annonce quoi pour
les jeunes éleveurs ? Des broutilles ! ». A y regarder
de plus près, les mesures concernant lélevage
sont loin dêtre suffisantes. En fait daide
financière, il sagit surtout dun report de
cotisations (1,24 milliards de F) que les éleveurs devront
rembourser plus tard. Quant au programme de développement
des cultures oléo-protéagineuses (450 millions
de F), il avait déjà été annoncé
par les pouvoirs publics en septembre dernier, au beau milieu
de la crise du gazole.
Mais devant lurgence actuelle, ce que les éleveurs
français attendent toujours, cest une véritable
intervention publique pour dégager efficacement et rapidement
le marché.
Vincent Lasseret |