N° 553 | SEPTEMBRE 2000

Accueil

Archives

Recherche

 

Sommaire

 

 

 

 

1999 : Une année hors normes

 


La France : un vignoble d'exception

 

La fin de la consommation de masse

 


Evolution du prix des vins de tables et rosés

 


Interview de Jérôme Despey : « Le risque de crise est maximum »

 

Viticulture

Une crise en marche ?

 

L'accumulation des stocks et la chute des prix en vins de table et de pays inquiètent sérieusement les viticulteurs français. Ils réclament des mesures d'urgence pour enrayer une crise qui s'annonce.

Un coup de froid souffle sur le vignoble français. Après une bonne campagne 98/99, les marchés se sont progressivement détériorés en l'espace d'une année. A l'origine de cette fébrilité : une vendange exceptionnelle en 1999. Alors que les volumes s'étaient stabilisés autour de 55,8 millions d'hectolitres de moyenne les cinq années précédentes, la production française a grimpé à 62,9 millions l'an passé. Malgré l’insistance des producteurs, le ministère de l’Agriculture a refusé de déclencher une distillation préventive, ce qui n’a pas manqué de provoquer l’attentisme des négociants. Le seul marché des vins de table rouge et rosé a enregistré une baisse de 15 % en volume sur le dernier trimestre 1999, par rapport à la même période l'année précédente.

Face à l'augmentation des volumes et à la faiblesse des transactions, les répercussions n'ont pas tardé : les cours ont amorcé un premier fléchissement fin 1999, puis un second, plus prononcé, au printemps 2000. Les productions de vin de table et de vin de pays sont les plus sévèrement touchées, mais les appellations d'origine contrôlée pourraient bien souffrir à leur tour. Le prix de l'hectolitre de vin de pays rouge ou rosé est passé de 421 F en septembre 1999 à 364 F en août 2000.

La faiblesse des tarifs en vigueur n'a pas permis d'écouler normalement les volumes. Les quantités non retirées par les acheteurs s'accumulent dans les cuves à l'approche des nouvelles vendanges. « Courant août, les extrapolations nous laissent supposer que la moitié de la production est encore stockée dans les caves », explique Guy Noblet, de l'Office national interprofessionnel des vins (Onivins).

Les « MVDPCE » au banc des accusés

Un autre phénomène est venu corser la situation. Ces derniers mois, les importations de mélanges de vins de différents pays de la Communauté européenne (MVDPCE) se sont développées. Entre les mois d'avril et d'août, ce sont en moyenne 100 000 hl par semaine qui ont débarqué en France. Souvent de piètre qualité, ces vins arrivent en grandes surfaces et brisent les efforts des producteurs français.

Certains sont acheminés sans identification claire, sans qu'il soit possible d'en déterminer la provenance. Des vins d'Amérique du Sud sont soupçonnés de pénétrer frauduleusement en France avant d'être mélangés aux MVDPCE. Ils seraient ensuite proposés aux négociants à des tarifs inférieurs de moitié à ceux des vins français, au détriment de la qualité et de la traçabilité.

A l'approche des vendanges, cette situation exaspère les viticulteurs français. Ces dernières semaines, ils ont à plusieurs reprises manifesté leur mécontentement et leur inquiétude : opérations péages gratuits, refoulement d'un pinardier, actions dans les supermarchés, déversement de vins. Ils ont réclamé aux pouvoirs publics des mesures d'urgence pour enrayer les risques de crise : en premier lieu, un meilleur contrôle des importations et davantage de vigilance des autorités douanières, et, d'autre part, la mise en oeuvre d'une distillation de crise préventive, à hauteur de 1,5 millions d'hectolitres, revalorisée à 25 F le degré hecto. Celle-ci permettrait d'écouler les stocks existants tout en établissant un prix plancher sur le marché du négoce. Ce niveau d'intervention, qui couvre les charges des producteurs, nécessite que l'État français accepte de mettre la main au portefeuille. La Commission européenne prévoit en effet une indemnisation plafonnée à 16,32 F /° hl.

Les responsables professionnels ont rencontré Jean Glavany le 25 août pour lui faire part de ces revendications. Celui-ci s’est engagé à obtenir des autorités européennes un mécanisme de distillation modulée, accessible aux vignerons français. Concernant les MVDPCE, le ministre a répondu à l’inquiétude des producteurs en proposant la révision de cette dénomination. Enfin, il s’est engagé à débloquer 75 millions de F pour promouvoir les vins français dans les pays tiers.

Les viticulteurs attendent maintenant avec impatience que ces promesses se traduisent par des mesures concrètes.