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Viticulture
Une crise en marche
?
L'accumulation des stocks et la chute des prix en vins
de table et de pays inquiètent sérieusement les
viticulteurs français. Ils réclament des mesures
d'urgence pour enrayer une crise qui s'annonce.
Un coup de froid souffle sur le vignoble français.
Après une bonne campagne 98/99, les marchés se
sont progressivement détériorés en l'espace
d'une année. A l'origine de cette fébrilité
: une vendange exceptionnelle en 1999. Alors que les volumes
s'étaient stabilisés autour de 55,8 millions d'hectolitres
de moyenne les cinq années précédentes,
la production française a grimpé à 62,9
millions l'an passé. Malgré linsistance des
producteurs, le ministère de lAgriculture a refusé
de déclencher une distillation préventive, ce qui
na pas manqué de provoquer lattentisme des
négociants. Le seul marché des vins de table rouge
et rosé a enregistré une baisse de 15 % en volume
sur le dernier trimestre 1999, par rapport à la même
période l'année précédente.
Face à l'augmentation des volumes et à la faiblesse
des transactions, les répercussions n'ont pas tardé
: les cours ont amorcé un premier fléchissement
fin 1999, puis un second, plus prononcé, au printemps
2000. Les productions de vin de table et de vin de pays sont
les plus sévèrement touchées, mais les appellations
d'origine contrôlée pourraient bien souffrir à
leur tour. Le prix de l'hectolitre de vin de pays rouge ou rosé
est passé de 421 F en septembre 1999 à 364 F en
août 2000.
La faiblesse des tarifs en vigueur n'a pas permis d'écouler
normalement les volumes. Les quantités non retirées
par les acheteurs s'accumulent dans les cuves à l'approche
des nouvelles vendanges. « Courant août, les extrapolations
nous laissent supposer que la moitié de la production
est encore stockée dans les caves », explique Guy
Noblet, de l'Office national interprofessionnel des vins (Onivins).
Les « MVDPCE » au banc des
accusés
Un autre phénomène est venu corser la situation.
Ces derniers mois, les importations de mélanges de vins
de différents pays de la Communauté européenne
(MVDPCE) se sont développées. Entre les mois d'avril
et d'août, ce sont en moyenne 100 000 hl par semaine qui
ont débarqué en France. Souvent de piètre
qualité, ces vins arrivent en grandes surfaces et brisent
les efforts des producteurs français.
Certains sont acheminés sans identification claire,
sans qu'il soit possible d'en déterminer la provenance.
Des vins d'Amérique du Sud sont soupçonnés
de pénétrer frauduleusement en France avant d'être
mélangés aux MVDPCE. Ils seraient ensuite proposés
aux négociants à des tarifs inférieurs de
moitié à ceux des vins français, au détriment
de la qualité et de la traçabilité.
A l'approche des vendanges, cette situation exaspère
les viticulteurs français. Ces dernières semaines,
ils ont à plusieurs reprises manifesté leur mécontentement
et leur inquiétude : opérations péages gratuits,
refoulement d'un pinardier, actions dans les supermarchés,
déversement de vins. Ils ont réclamé aux
pouvoirs publics des mesures d'urgence pour enrayer les risques
de crise : en premier lieu, un meilleur contrôle des importations
et davantage de vigilance des autorités douanières,
et, d'autre part, la mise en oeuvre d'une distillation de crise
préventive, à hauteur de 1,5 millions d'hectolitres,
revalorisée à 25 F le degré hecto. Celle-ci
permettrait d'écouler les stocks existants tout en établissant
un prix plancher sur le marché du négoce. Ce niveau
d'intervention, qui couvre les charges des producteurs, nécessite
que l'État français accepte de mettre la main au
portefeuille. La Commission européenne prévoit
en effet une indemnisation plafonnée à 16,32 F
/° hl.
Les responsables professionnels ont rencontré Jean
Glavany le 25 août pour lui faire part de ces revendications.
Celui-ci sest engagé à obtenir des autorités
européennes un mécanisme de distillation modulée,
accessible aux vignerons français. Concernant les MVDPCE,
le ministre a répondu à linquiétude
des producteurs en proposant la révision de cette dénomination.
Enfin, il sest engagé à débloquer
75 millions de F pour promouvoir les vins français dans
les pays tiers.
Les viticulteurs attendent maintenant avec impatience que
ces promesses se traduisent par des mesures concrètes. |