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Archimède
«Plante cherche
pollinisateur-nectar assuré»
Les insectes pollinisateurs permettent à la quasi-totalité
des plantes de se reproduire, mais ils se payent en retour...
Se reproduire tout seul nest pas une pratique que les
êtres vivants affectionnent : la preuve en est que limmense
majorité dentre eux recourt à la sexualité,
qui nécessite la rencontre de deux cellules reproductrices.
Chez les plantes cela pose un problème, car les géniteurs
sont solidement fixés par leurs racines : pas question
donc pour eux de partir en goguette.
Dans le cas des algues, dont la vie se déroule dans
leau, la solution est toute trouvée pour franchir
la distance qui sépare les individus. Il suffit de produire
une cellule sexuelle mobile (le spermatozoïde) qui se charge
à la nage de trouver un ovule et de le féconder.
Les choses sont moins simples pour les plantes terrestres, car
le pollen (léquivalent des spermatozoïdes)
nest pas capable de diriger son vol. Comment alors sassurer
quil atteindra bien les ovules du partenaire ?
Deux stratégies sont possibles
La première est de produire des quantités de
pollen faramineuses et à laide du vent, de le disperser
en tous sens, en espérant que quelques grains arriveront
à bon port. Cest le choix quon fait les graminées
et les conifères, mais il est dispendieux. La plupart
des plantes terrestres ont procédé autrement :
elles ont pris des coursiers, à savoir des animaux chargés
de porter le pollen exactement à la bonne adresse. Si
quelques mammifères (des chauves-souris pour lessentiel)
et quelques oiseaux (les colibris) sont capables de sacquitter
de cette tâche, la quasi-totalité de ces pollinisateurs
sont des insectes, qui constituent limmense majorité
des animaux volants. Pour les convaincre de leur rendre ce service,
les plantes ont dû sacquitter dun salaire.
Les insectes pollinisateurs sont en effet payés en nectar,
une sécrétion sucrée produite au fond de
la corolle par des glandes spécialisées. Ces nectaires
ont pour unique fonction de nourrir et donc dattirer
la gent ailée. Fabriquer du nectar oblige les plantes
à abandonner une partie des sucres quelles fabriquent,
donc à réduire leurs réserves ou leur vitesse
de croissance, mais manifestement cest un sacrifice qui
savère payant, même lorsque les pollinisateurs,
comme labeille, mangent une bonne partie de la cargaison
quils sont chargés de transporter.
En même temps quelles ont recours au salariat,
les plantes utilisent la publicité. Pour faire savoir
quelles ont du bon nectar en abondance, elles ont transformé
en pétales les feuilles qui étaient les plus proches
de leurs organes reproducteurs, cest-à-dire quelles
les ont peintes de couleurs vives et attirantes. De plus, différentes
molécules volatiles et odorantes ont été
incorporées au nectar pour augmenter son attractivité.
Les plantes qui sont apparues le plus récemment, donc
les plus évoluées, sont les orchidées. Ce
sont aussi celles qui ont poussé le plus loin la collaboration
avec les insectes : sans eux, elles sont incapables de se reproduire.
Les visiteurs sont guidés vers le nectar par un véritable
fléchage infrarouge et un des pétales est tout
simplement transformé en piste datterrissage. Il
est même des orchidées qui imitent la femelle du
bourdon de façon si convaincante quil se précipite
sur elles pour saccoupler !
De très nombreuses espèces dinsectes contribuent
à la pollinisation. Les apidés (abeilles et bourdons)
sont les plus nombreux. Il en existe en France plusieurs centaines
despèces, dont la plupart sont solitaires. Mais
les papillons jouent également un rôle important,
de même que de nombreux diptères (famille des mouches).
La raréfaction dans certaines régions
de toute cette faune sous laction des pesticides peut donc
nuire à la reproduction des plantes sauvages, voire à
la productivité des cultures.
Yves Sciama |