N° 553 | SEPTEMBRE 2000

Accueil

Archives

Recherche

 

Sommaire

 

 

 

 

 

 

Archimède

«Plante cherche pollinisateur-nectar assuré»

Les insectes pollinisateurs permettent à la quasi-totalité des plantes de se reproduire, mais ils se payent en retour...

Se reproduire tout seul n’est pas une pratique que les êtres vivants affectionnent : la preuve en est que l’immense majorité d’entre eux recourt à la sexualité, qui nécessite la rencontre de deux cellules reproductrices. Chez les plantes cela pose un problème, car les géniteurs sont solidement fixés par leurs racines : pas question donc pour eux de partir en goguette.

Dans le cas des algues, dont la vie se déroule dans l’eau, la solution est toute trouvée pour franchir la distance qui sépare les individus. Il suffit de produire une cellule sexuelle mobile (le spermatozoïde) qui se charge – à la nage – de trouver un ovule et de le féconder. Les choses sont moins simples pour les plantes terrestres, car le pollen (l’équivalent des spermatozoïdes) n’est pas capable de diriger son vol. Comment alors s’assurer qu’il atteindra bien les ovules du partenaire ?

Deux stratégies sont possibles

La première est de produire des quantités de pollen faramineuses et à l’aide du vent, de le disperser en tous sens, en espérant que quelques grains arriveront à bon port. C’est le choix qu’on fait les graminées et les conifères, mais il est dispendieux. La plupart des plantes terrestres ont procédé autrement : elles ont pris des coursiers, à savoir des animaux chargés de porter le pollen exactement à la bonne adresse. Si quelques mammifères (des chauves-souris pour l’essentiel) et quelques oiseaux (les colibris) sont capables de s’acquitter de cette tâche, la quasi-totalité de ces pollinisateurs sont des insectes, qui constituent l’immense majorité des animaux volants. Pour les convaincre de leur rendre ce service, les plantes ont dû s’acquitter d’un salaire. Les insectes pollinisateurs sont en effet payés en nectar, une sécrétion sucrée produite au fond de la corolle par des glandes spécialisées. Ces nectaires ont pour unique fonction de nourrir – et donc d’attirer – la gent ailée. Fabriquer du nectar oblige les plantes à abandonner une partie des sucres qu’elles fabriquent, donc à réduire leurs réserves ou leur vitesse de croissance, mais manifestement c’est un sacrifice qui s’avère payant, même lorsque les pollinisateurs, comme l’abeille, mangent une bonne partie de la cargaison qu’ils sont chargés de transporter.

En même temps qu’elles ont recours au salariat, les plantes utilisent la publicité. Pour faire savoir qu’elles ont du bon nectar en abondance, elles ont transformé en pétales les feuilles qui étaient les plus proches de leurs organes reproducteurs, c’est-à-dire qu’elles les ont peintes de couleurs vives et attirantes. De plus, différentes molécules volatiles et odorantes ont été incorporées au nectar pour augmenter son attractivité. Les plantes qui sont apparues le plus récemment, donc les plus évoluées, sont les orchidées. Ce sont aussi celles qui ont poussé le plus loin la collaboration avec les insectes : sans eux, elles sont incapables de se reproduire. Les visiteurs sont guidés vers le nectar par un véritable fléchage infrarouge et un des pétales est tout simplement transformé en piste d’atterrissage. Il est même des orchidées qui imitent la femelle du bourdon de façon si convaincante qu’il se précipite sur elles pour s’accoupler !

De très nombreuses espèces d’insectes contribuent à la pollinisation. Les apidés (abeilles et bourdons) sont les plus nombreux. Il en existe en France plusieurs centaines d’espèces, dont la plupart sont solitaires. Mais les papillons jouent également un rôle important, de même que de nombreux diptères (famille des mouches). La raréfaction – dans certaines régions – de toute cette faune sous l’action des pesticides peut donc nuire à la reproduction des plantes sauvages, voire à la productivité des cultures.

Yves Sciama