N° 553 | SEPTEMBRE 2000

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Christophe PRON

Secrétaire Général du CNJA

 

EDITO

La première politique d’installation, c’est le revenu

 

L’été syndical a démarré sur les chapeaux de roue, fin juin, avec l’emprisonnement inique de Jean-Pierre Cappelle. Cette affaire nous a profondément touchés, non seulement parce qu’on a flanqué l’un des nôtres en prison, mais parce qu’en incarcérant un innocent, c’est notre liberté syndicale qui est mise à mal. Face à une répression policière de plus en plus systématique, nous sommes tous des Jean-Pierre Cappelle en puissance. Ceux qui ne veulent y voir qu’un coup médiatique ont tort. Ils se trompent de personne et d’organisation. Merci aux nombreux CDJA et FDSEA qui l’ont compris en manifestant semaine après semaine. Reste que, même libéré, Jean-Pierre Cappelle n’est pas acquitté. Sa remise en liberté est un grand soulagement. Mais nous devons continuer à oeuvrer pour laver son honneur. Quel jeune pourrait accepter que notre pays, « la patrie des droits de l’homme » traite les syndicats comme les pires régimes totalitaires ?

Prix minimum mais lenteur maximum

Pas de trêve non plus dans l’actualité des filières. Le CNJA a poussé très tôt pour la fixation d’un accord au sein d’une interprofession qui n’a visiblement pas compris qu’une crise, surtout en fruits et légumes, se règle dans l’urgence. Non seulement l’accord n’a pu être conclu en juillet mais plus d’une semaine s’est écoulée avant sa notification au ministère, pour d’obscures raisons. Attentisme inadmissible dans un secteur aussi saisonnier que les fruits d’été. Et pendant ce temps-là, ce sont les arboriculteurs qui ont trinqué. Les producteurs français de fruits n’ont pas l’interprofession qu’ils méritent. Mais ils nous trouveront toujours à leurs côtés pour sauvegarder leurs intérêts.

Comme si une crise des fruits ne suffisait pas, le ministère de l’Agriculture s’est ingénié à allumer d’autres feux dans les campagnes. Ainsi, la politique de compensation de handicap naturelle. Quasi exemplaire d’efficacité depuis trente ans, elle a contribué au maintien d’une agriculture en montagne. Suite à son interpellation par la Confédération paysanne, la Commission européenne a obtenu du ministère de l’agriculture que cette mesure s’appuie sur des critères environnementaux. Cette modification est une hérésie, elle dessert les intérêts d’une agriculture déjà fragile. Après un coup de gueule en règle, le CNJA et la FNSEA ont claqué la porte. Les nouveaux critères proposés vont pousser à l’agrandissement des exploitations, encore et toujours au détriment des jeunes. Nous n’en resterons pas là...

Dans le même registre « on peut faire pire qu’auparavant », cette logique de démantèlement est à l’oeuvre pour la prime à l’herbe. D’une région à l’autre, il est question de varier les critères d’attribution sous couvert de CTE, et de les élargir. Ce qui est proposé pour la prime à l’herbe est le type même d’une bombe à retardement. Qu’on nous dise plutôt clairement s’il s’agit de l’abandonner.

Face à cette remise en cause systématique des soutiens à l’agriculture, un gouvernement qui se dit sensible au maintien des paysans sur notre territoire serait bien inspiré de baisser rapidement les charges. La coupe est pleine : on nous parle de croissance, de cagnottes, mais la seule croissance que nous constatons invariablement est celle des charges. Dernier exemple en date, la hausse du fioul (38 % en un an !) asphyxie peu à peu comme nous d’autres secteurs (pêcheurs, routiers).

Aucune politique d’installation ne résiste sans perspectives de revenu. Le vrai combat pour l’installation, c’est la baisse des charges. Nous allons bientôt à Vaumeilh dans les Alpes-de-Haute-Provence pour la finale de labour. Ce département est tout particulièrement concerné par la remise en cause actuelle des politiques agricoles et le poids des charges. C’est l’endroit choisi pour lancer ce mot d’ordre de rentrée syndicale : la baisse des charges pour un vrai revenu. Peut-être l’écho de la montagne parviendra-t-il jusqu’à Paris.