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Cultures spécialisées : Plants
maraîchers
Le nouvel essor
du greffage
Le greffage des plants maraîchers est une solution
intéressante pour lutter contre les maladies et les parasites
du sol. De plus, il procure un supplément de vigueur et
autorise des plantations un peu plus précoces.
Le greffage des plants maraîchers n'est pas une technique
nouvelle mais elle est redevenue d'actualité depuis quelques
années. Tomates, melons, aubergines et concombres greffés
sont une solution intéressante lorsque se posent des problèmes
de maladies et ravageurs du sol. Cela peut également être
une alternative à la désinfection du sol par le
bromure de méthyle. En effet, rappelons que ce dernier
sera interdit en 2005, et d'ici là, son utilisation en
est réglementée et limitée, ce qui fait
augmenter son prix.
Si des travaux de mise au point du greffage sur plants maraîchers
avaient été réalisés dès les
années quarante par des Hollandais, c'est Gaston Ginoux,
chercheur à l'Inra d'Avignon, qui est à l'origine
des travaux sur les techniques et matériel végétal
aujourd'hui utilisés. « Un travail de recherche
qui ne trouvait pas encore d'application à cette époque,
mais qui nous a permis d'avoir des solutions rapidement utilisables
lorsque la question s'est posée », souligne Daniel
Izard, conseiller agricole au GDA cultures sous abris du Vaucluse.
Une solution contre la fusariose du
melon
C'est sur melon que le greffage a d'abord connu son essor,
vers la fin des années quatre-vingt, en Provence. Dans
cette zone de production traditionnelle, de nombreuses parcelles
se trouvaient contaminées par le champignon Fusarium oxysporum
f.sp melonis, causant la fusariose. Contre cette maladie, la
désinfection du sol n'est pas efficace. Des variétés
de melon résistantes existaient mais elles n'étaient
pas adaptées à des conditions de culture très
précoce. Le greffage est alors apparu comme la meilleure
solution, en attendant la création de nouvelles variétés
résistantes.
Aujourd'hui en Provence, la majorité des plantations
précoces de melon sous abri se pratique avec des plants
greffés. Par contre, dans le Sud-Ouest, la méthode
est peu utilisée, les plantations y sont moins précoces
et les sols moins contaminés. « Le greffage du melon
se pratique sur une courge hybride (Cucurbita maxima x Cucurbita
moschata) qui apporte la résistance à la fusariose
de toutes les races, à la verticilliose et au phomopsis.
Par contre elle n'est pas résistante aux nématodes
», explique Marc Jacquot conseiller agricole au GDA du
Comtat (Vaucluse). Actuellement, la variété de
melon la plus utilisée en plants greffés est Lunastar.
Celle-ci est bien adaptée au greffage, de par sa faible
vigueur, sa faible sensibilité à la vitrescence
et son fort potentiel qualitatif. « Car en plus de porter
des résistances, le porte-greffe donne un supplément
de vigueur et un meilleur développement racinaire »,
ajoute Daniel Izard. Face à ces modifications du comportement
de la plante, il faudra adapter la conduite culturale. L'Association
provençale de recherche et d'expérimentation légumière
(Aprel), le GDA cultures sous abris du Vaucluse et le Centre
d'études techniques agricoles (Ceta) des serristes de
Vaucluse, ont réalisé des expérimentations
pour définir les exigences des plants greffés.
En matière d'irrigation et de fertilisation, les apports
devront être adaptés à chaque stade de la
culture. En particulier, la forte sensibilité à
l'asphyxie racinaire des plants greffés nécessite
une bonne gestion de l'irrigation. La plante ne devra pas avoir
trop d'eau, mais ne devra pas en manquer.
Une alternative au bromure de méthyle
Le développement du greffage sur tomate est plus récent
que sur melon. Il résulte plus directement des problèmes
posés par le bromure de méthyle qui sont, d'une
part, l'augmentation de son prix, et d'autre part, dans le cas
de rotations de culture, son interdiction d'utilisation sur salade
dans de nombreux cahiers des charges. Le greffage de la tomate
permet d'apporter la résistance à toutes les maladies
et parasites du sol de cette culture : corky root (K), nématodes
(N), verticilliose (V), fusariose vasculaire (F) et fusariose
des racines (Fr). Ainsi un porte-greffe nommé «
KNVFFr » porte toutes les résistances à ces
maladies. L'utilisation d'un tel porte-greffe est très
recommandée, même s'il en existe qui ne les portent
pas toutes.
Contrairement au melon, toutes les variétés
de tomate semblent bien adaptées au greffage. Le supplément
de vigueur apporté par le porte-greffe est exploité
par une conduite du plant sur deux bras. De cette façon,
on peut diviser par deux la densité de plantation, ce
qui diminue le coût d'achat des plants greffés.
Comme sur melon, il faudra adapter la conduite culturale et en
particulier l'irrigation et la fertilisation. « De plus
en plus de producteurs de tomate utilisent des plants greffés.
Ils y viennent souvent progressivement, pour s'adapter petit
à petit aux nouvelles conditions de culture, vérifier
que tout se passe bien, que les rendements et les calibres sont
bons », commente Daniel Izard.
A Monteux dans le Vaucluse, Frédéric Soumille,
jeune agriculteur installé en EARL avec son père
et son oncle, utilise des melons et des tomates greffés
: « pour nous, l'utilisation de plants de tomate greffés
représente moins de travail et nous coûte moins
cher que la désinfection. Cela fait trois ans que nous
nous y sommes mis et maintenant on ne fera pas marche arrière
! En plus, cela nous permet d'avoir un meilleur démarrage
de la culture en conditions précoces. Et en fin de culture,
les plants sont si vigoureux qu'ils sortent par les ouvrants
des serres ». Moins utilisée, l'aubergine peut être
greffée sur les mêmes porte-greffes que la tomate,
de type KNVF. On pourra alors réduire la densité
de plantation de 2 plants/m2 à 1,5 plants/m2.
Le greffage est encore une solution intéressante pour
lutter contre le phomopsis sur concombre. « Cette technique
est essentiellement utilisée dans la région d'Orléans,
où ce pathogène pose des problèmes »,
précise Daniel Izard. Dernière impasse en matière
de greffage des plants maraîchers : le poivron. A l'heure
actuelle, aucun porte-greffe intéressant n'est commercialisé.
Des recherches sont faites dans les stations d'expérimentation
et notamment à lAprel.
L'augmentation de coût due à l'utilisation de
plants greffés est souvent au moins partiellement compensée
par le surplus de vigueur apporté par le porte-greffe.
Ce qui permet des cultures plus précoces, une production
sur une durée plus longue, et avec, dans la plupart des
cas, un meilleur rendement et des calibres plus élevés.
Face à la concurrence que se font les producteurs de
plants greffés, les prix ont baissé ces dernières
années. Certains développent de nouvelles techniques
de greffage (« greffe japonaise ») permettant de
vendre les plants à un stade très jeune, ce qui
en diminue les coûts de production. Autre méthode
pour diminuer les coûts : certains producteurs de légumes
produisent leurs propres plants greffés.
Dans la guerre des prix, certains peuvent envisager de s'approvisionner
à l'étranger. Mais attention, les conseillers agricoles
dans leur ensemble, soulignent l'importance des problèmes
sanitaires que cela peut causer. En effet, l'achat de plants
importés, d'Espagne et d'Italie notamment, présente
un risque élevé d'introduction de nouveaux virus
dans les régions de production.
Les techniciens déconseillent donc fortement cette
pratique. Se trouver face à de nouvelles maladies en voulant
lutter contre d'autres, cela serait un comble !
Mériam Espuna |