N° 553 | SEPTEMBRE 2000

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Cultures spécialisées : Plants maraîchers

Le nouvel essor du greffage

Le greffage des plants maraîchers est une solution intéressante pour lutter contre les maladies et les parasites du sol. De plus, il procure un supplément de vigueur et autorise des plantations un peu plus précoces.

Le greffage des plants maraîchers n'est pas une technique nouvelle mais elle est redevenue d'actualité depuis quelques années. Tomates, melons, aubergines et concombres greffés sont une solution intéressante lorsque se posent des problèmes de maladies et ravageurs du sol. Cela peut également être une alternative à la désinfection du sol par le bromure de méthyle. En effet, rappelons que ce dernier sera interdit en 2005, et d'ici là, son utilisation en est réglementée et limitée, ce qui fait augmenter son prix.

Si des travaux de mise au point du greffage sur plants maraîchers avaient été réalisés dès les années quarante par des Hollandais, c'est Gaston Ginoux, chercheur à l'Inra d'Avignon, qui est à l'origine des travaux sur les techniques et matériel végétal aujourd'hui utilisés. « Un travail de recherche qui ne trouvait pas encore d'application à cette époque, mais qui nous a permis d'avoir des solutions rapidement utilisables lorsque la question s'est posée », souligne Daniel Izard, conseiller agricole au GDA cultures sous abris du Vaucluse.

Une solution contre la fusariose du melon

C'est sur melon que le greffage a d'abord connu son essor, vers la fin des années quatre-vingt, en Provence. Dans cette zone de production traditionnelle, de nombreuses parcelles se trouvaient contaminées par le champignon Fusarium oxysporum f.sp melonis, causant la fusariose. Contre cette maladie, la désinfection du sol n'est pas efficace. Des variétés de melon résistantes existaient mais elles n'étaient pas adaptées à des conditions de culture très précoce. Le greffage est alors apparu comme la meilleure solution, en attendant la création de nouvelles variétés résistantes.

Aujourd'hui en Provence, la majorité des plantations précoces de melon sous abri se pratique avec des plants greffés. Par contre, dans le Sud-Ouest, la méthode est peu utilisée, les plantations y sont moins précoces et les sols moins contaminés. « Le greffage du melon se pratique sur une courge hybride (Cucurbita maxima x Cucurbita moschata) qui apporte la résistance à la fusariose de toutes les races, à la verticilliose et au phomopsis. Par contre elle n'est pas résistante aux nématodes », explique Marc Jacquot conseiller agricole au GDA du Comtat (Vaucluse). Actuellement, la variété de melon la plus utilisée en plants greffés est Lunastar. Celle-ci est bien adaptée au greffage, de par sa faible vigueur, sa faible sensibilité à la vitrescence et son fort potentiel qualitatif. « Car en plus de porter des résistances, le porte-greffe donne un supplément de vigueur et un meilleur développement racinaire », ajoute Daniel Izard. Face à ces modifications du comportement de la plante, il faudra adapter la conduite culturale. L'Association provençale de recherche et d'expérimentation légumière (Aprel), le GDA cultures sous abris du Vaucluse et le Centre d'études techniques agricoles (Ceta) des serristes de Vaucluse, ont réalisé des expérimentations pour définir les exigences des plants greffés. En matière d'irrigation et de fertilisation, les apports devront être adaptés à chaque stade de la culture. En particulier, la forte sensibilité à l'asphyxie racinaire des plants greffés nécessite une bonne gestion de l'irrigation. La plante ne devra pas avoir trop d'eau, mais ne devra pas en manquer.

Une alternative au bromure de méthyle

Le développement du greffage sur tomate est plus récent que sur melon. Il résulte plus directement des problèmes posés par le bromure de méthyle qui sont, d'une part, l'augmentation de son prix, et d'autre part, dans le cas de rotations de culture, son interdiction d'utilisation sur salade dans de nombreux cahiers des charges. Le greffage de la tomate permet d'apporter la résistance à toutes les maladies et parasites du sol de cette culture : corky root (K), nématodes (N), verticilliose (V), fusariose vasculaire (F) et fusariose des racines (Fr). Ainsi un porte-greffe nommé « KNVFFr » porte toutes les résistances à ces maladies. L'utilisation d'un tel porte-greffe est très recommandée, même s'il en existe qui ne les portent pas toutes.

Contrairement au melon, toutes les variétés de tomate semblent bien adaptées au greffage. Le supplément de vigueur apporté par le porte-greffe est exploité par une conduite du plant sur deux bras. De cette façon, on peut diviser par deux la densité de plantation, ce qui diminue le coût d'achat des plants greffés. Comme sur melon, il faudra adapter la conduite culturale et en particulier l'irrigation et la fertilisation. « De plus en plus de producteurs de tomate utilisent des plants greffés. Ils y viennent souvent progressivement, pour s'adapter petit à petit aux nouvelles conditions de culture, vérifier que tout se passe bien, que les rendements et les calibres sont bons », commente Daniel Izard.

A Monteux dans le Vaucluse, Frédéric Soumille, jeune agriculteur installé en EARL avec son père et son oncle, utilise des melons et des tomates greffés : « pour nous, l'utilisation de plants de tomate greffés représente moins de travail et nous coûte moins cher que la désinfection. Cela fait trois ans que nous nous y sommes mis et maintenant on ne fera pas marche arrière ! En plus, cela nous permet d'avoir un meilleur démarrage de la culture en conditions précoces. Et en fin de culture, les plants sont si vigoureux qu'ils sortent par les ouvrants des serres ». Moins utilisée, l'aubergine peut être greffée sur les mêmes porte-greffes que la tomate, de type KNVF. On pourra alors réduire la densité de plantation de 2 plants/m2 à 1,5 plants/m2.

Le greffage est encore une solution intéressante pour lutter contre le phomopsis sur concombre. « Cette technique est essentiellement utilisée dans la région d'Orléans, où ce pathogène pose des problèmes », précise Daniel Izard. Dernière impasse en matière de greffage des plants maraîchers : le poivron. A l'heure actuelle, aucun porte-greffe intéressant n'est commercialisé. Des recherches sont faites dans les stations d'expérimentation et notamment à l’Aprel.

L'augmentation de coût due à l'utilisation de plants greffés est souvent au moins partiellement compensée par le surplus de vigueur apporté par le porte-greffe. Ce qui permet des cultures plus précoces, une production sur une durée plus longue, et avec, dans la plupart des cas, un meilleur rendement et des calibres plus élevés.

Face à la concurrence que se font les producteurs de plants greffés, les prix ont baissé ces dernières années. Certains développent de nouvelles techniques de greffage (« greffe japonaise ») permettant de vendre les plants à un stade très jeune, ce qui en diminue les coûts de production. Autre méthode pour diminuer les coûts : certains producteurs de légumes produisent leurs propres plants greffés.

Dans la guerre des prix, certains peuvent envisager de s'approvisionner à l'étranger. Mais attention, les conseillers agricoles dans leur ensemble, soulignent l'importance des problèmes sanitaires que cela peut causer. En effet, l'achat de plants importés, d'Espagne et d'Italie notamment, présente un risque élevé d'introduction de nouveaux virus dans les régions de production.

Les techniciens déconseillent donc fortement cette pratique. Se trouver face à de nouvelles maladies en voulant lutter contre d'autres, cela serait un comble !

 

Mériam Espuna