N° 553 | SEPTEMBRE 2000

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Forêt

La tempête redistribue les cartes

Huit mois après les ravages de la tempête, une réflexion s’affirme en faveur d’un changement des rapports forêt-agriculture.

Et si la tempête de décembre pouvait avoir, en fin de compte, quelques retombées positives ? Cette question, que personne n’aurait osé évoquer aux lendemains de la catastrophe, commence à surgir ici et là. Notamment dans l’ouest du Massif central, Limousin-Charente-Périgord, qui a été la plus dévastée.

C’est que le développement de la forêt est récent. Il date du début du siècle, et a accompagné l’exode rural et la déprise agricole. Outre la progression de la friche, qui n’a donné qu’un boisement pauvre, plus porteur d’incendies estivaux que de valeur ajoutée, les plantations plus raisonnées ont progressé en fonction des cessations d’activité, un mitage « en timbres-poste », dit-on sur le plateau de Millevaches, qui s’est fait sans tenir aucun compte de la valeur agronomique des terres. Il y avait eu d’ailleurs, dans les décennies 70-80, de rudes bagarres syndicales, accompagnées d’arrachages nocturnes de plantations de jeunes résineux. Car ce sont les résineux qui étaient incriminés, en raison des changements qu’ils apportaient dans les sols, notamment une acidité accrue, qui finissait par stériliser des espaces cultivés peu à peu cernés par la progression tentaculaire de la forêt.

Aujourd’hui, les destructions de décembre peuvent être l’occasion de reprendre le problème à la base. C’est en tout cas l’opinion du CDJA de la Creuse, l’un des territoires les plus frappés par la tempête : outre la forêt, 3 113 exploitations ont été sinistrées, sur les quelque 5 000 que compte le département. Un rapport, rédigé par Joël Bialoux, président du CCJA de Felletin (au coeur de la zone dévastée), éleveur à Sainte-Feyre-la-Montagne (155 ha, un troupeau charolais de 90 mères-vaches), propose de travailler à « optimiser les effets néfastes de la tempête pour que l’agriculture et la forêt retrouvent chacune une place fonctionnelle ». « Certaines surfaces boisées, ajoute-t-il, peuvent retourner à l’agriculture et permettre d’installer des jeunes ». Certains petits propriétaires fonciers, douchés par l’anéantissement de leur plantation au moment où elle arrivait à maturité, semblent intéressés par un tel changement de cap.

En attendant, l’urgence nationale reste au nettoyage des zones sinistrées et surtout à l’évacuation des chablis. C’est l’équivalent de six à huit ans de production qui a été abattu en deux nuits par la tempête, et la logistique courante – des débardeuses aux wagons SNCF – ne parvient pas à faire face, malgré une augmentation importante de l’exportation de grumes : 1 544 millions de F de janvier à mai 2000, une augmentation de 38 % par rapport à l’année précédente ; la forêt française, qui exportait moins de 10 % de sa production, s’est trouvée à l’arraché de nouveaux débouchés internationaux, notamment vers les États-Unis et la Chine. Une cellule de promotion du bois de sciage à l’export va être créée, d’ici la fin de l’année, au sein de la Fédération nationale du bois.