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Forêt
La tempête
redistribue les cartes
Huit mois après les ravages de la tempête,
une réflexion saffirme en faveur dun changement
des rapports forêt-agriculture.
Et si la tempête de décembre pouvait avoir, en
fin de compte, quelques retombées positives ? Cette question,
que personne naurait osé évoquer aux lendemains
de la catastrophe, commence à surgir ici et là.
Notamment dans louest du Massif central, Limousin-Charente-Périgord,
qui a été la plus dévastée.
Cest que le développement de la forêt est
récent. Il date du début du siècle, et a
accompagné lexode rural et la déprise agricole.
Outre la progression de la friche, qui na donné
quun boisement pauvre, plus porteur dincendies estivaux
que de valeur ajoutée, les plantations plus raisonnées
ont progressé en fonction des cessations dactivité,
un mitage « en timbres-poste », dit-on sur le plateau
de Millevaches, qui sest fait sans tenir aucun compte de
la valeur agronomique des terres. Il y avait eu dailleurs,
dans les décennies 70-80, de rudes bagarres syndicales,
accompagnées darrachages nocturnes de plantations
de jeunes résineux. Car ce sont les résineux qui
étaient incriminés, en raison des changements quils
apportaient dans les sols, notamment une acidité accrue,
qui finissait par stériliser des espaces cultivés
peu à peu cernés par la progression tentaculaire
de la forêt.
Aujourdhui, les destructions de décembre peuvent
être loccasion de reprendre le problème à
la base. Cest en tout cas lopinion du CDJA de la
Creuse, lun des territoires les plus frappés par
la tempête : outre la forêt, 3 113 exploitations
ont été sinistrées, sur les quelque 5 000
que compte le département. Un rapport, rédigé
par Joël Bialoux, président du CCJA de Felletin (au
coeur de la zone dévastée), éleveur à
Sainte-Feyre-la-Montagne (155 ha, un troupeau charolais de 90
mères-vaches), propose de travailler à «
optimiser les effets néfastes de la tempête pour
que lagriculture et la forêt retrouvent chacune une
place fonctionnelle ». « Certaines surfaces boisées,
ajoute-t-il, peuvent retourner à lagriculture et
permettre dinstaller des jeunes ». Certains petits
propriétaires fonciers, douchés par lanéantissement
de leur plantation au moment où elle arrivait à
maturité, semblent intéressés par un tel
changement de cap.
En attendant, lurgence nationale reste au nettoyage
des zones sinistrées et surtout à lévacuation
des chablis. Cest léquivalent de six à
huit ans de production qui a été abattu en deux
nuits par la tempête, et la logistique courante
des débardeuses aux wagons SNCF ne parvient pas
à faire face, malgré une augmentation importante
de lexportation de grumes : 1 544 millions de F de janvier
à mai 2000, une augmentation de 38 % par rapport à
lannée précédente ; la forêt
française, qui exportait moins de 10 % de sa production,
sest trouvée à larraché de nouveaux
débouchés internationaux, notamment vers les États-Unis
et la Chine. Une cellule de promotion du bois de sciage à
lexport va être créée, dici la
fin de lannée, au sein de la Fédération
nationale du bois. |