N° 551 | JUIN 2000

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Sommaire

 

 

 


Fraises de variété Parajo, bien formée (à droite) et mal formée (à gauche) pour cause de mauvaise pollinisation

 

 


Pour polliniser les melons, c’est souvent l’abeille domestique Apis mellifera, qui est utilisée

 

Cultures spécialisées : Cultures maraîchères à fruits

La pollinisation, une clé de la production

 

En cultures précoces sous abris, rendement et qualité des « légumes fruits » peuvent être affectés par un défaut de pollinisation. L'introduction d'insectes pollinisateurs, permet souvent de remédier efficacement à ce problème.

En cultures maraîchères à fruits (tomate, melon, fraise, courgette), la pollinisation est un paramètre capital de la production puisqu'elle conditionne la formation des fruits (hormis chez la plupart des variétés de concombre et chez certaines variétés de tomate dites parthénocarpiques, c’est-à-dire capables de produire des fruits sans graine). Or, les insectes, qui sont les principaux agents pollinisateurs de ces cultures, sont souvent rares sous abris, voire absents dans les cultures les plus précoces. De plus, les flux d’air y sont généralement très faibles. Fruits déformés et faibles rendements peuvent alors être des problèmes rencontrés par défaut de pollinisation. Bernard Vaissière de l'Inra d'Avignon en explique les causes : « on sait depuis longtemps que la taille d'un fruit est étroitement corrélée au nombre de graines qu'il contient, celui-ci dépendant directement du niveau de pollinisation. Nous avons mené des expérimentations sur melon qui ont en outre montré que le niveau de pollinisation avait un effet sur la forme des fruits, leur teneur en sucres et leur qualité gustative. Sur d'autres plantes, une pollinisation insuffisante ou hétérogène de la fleur se traduira par des déformations du fruit : courgettes “ pointues ” ou fraises “ plates” par exemple ».

Des colonies d’insectes pour polliniser

Dans des conditions de culture précoce sous abri, il est donc indispensable de donner un coup de pouce à la pollinisation en introduisant des colonies d’insectes pollinisateurs, abeilles ou bourdons selon la culture. Dans la majorité des cas, on peut utiliser des abeilles domestiques, Apis mellifera. Celles-ci donnent de bons résultats pour la pollinisation des courgettes, fraises et melons. Les colonies commerciales de bourdons de l'espèce Bombus terrestris sont aussi utilisées sur tomate, dans des conditions climatiques particulières ou encore lorsqu’il n’y a pas de ruches d'abeilles disponibles. Par rapport aux abeilles, les bourdons présentent l'avantage de butiner à des températures basses, conditions parfois rencontrées en cultures très précoces. Ils sont particulièrement bien adaptés pour polliniser la tomate. En effet, les fleurs de tomate ont la particularité d'avoir une pollinisation de type vibratile : pour que le pollen sorte des étamines et aille polliniser le stigmate (partie femelle), il faut faire vibrer la fleur. Or, les bourdons récoltent spontanément le pollen des fleurs de tomate en les faisant vibrer. Les abeilles domestiques n'ont pas cette capacité de faire vibrer les fleurs. Dans le cas du fraisier, les bourdons peuvent par contre poser des problèmes. Un surbutinage peut être observé notamment en période de mauvais temps, lorsque la floraison se trouve ralentie. Bernard Vaissière explique ce phénomène : « par manque de pollen, les bourdons vont se mettre à visiter les fleurs en les vibrant à outrance. Or, la fleur de fraisier n’est pas adaptée au vibrage et ce vibrage intensif les abîme. Les fleurs donnent alors des fruits déformés, ou avortent. Sur tomate, ce problème de surbutinage ne se pose généralement pas de façon aiguë, sauf très rarement en tout début de floraison. En effet, la morphologie des fleurs de tomate est adaptée au vibrage. »

Bien installer les ruches

En règle générale, il convient d'introduire les insectes pollinisateurs en début de floraison. Les colonies sont apportées sur fraise lorsque l’on a en moyenne une fleur tous les 10 m de rang environ, lorsque s’épanouissent les premières fleurs femelles sur melon et courgette, et dès la floraison des premiers bouquets sur tomate. Sur melon, il est cependant important d'attendre que la plante soit bien charpentée avant d'introduire les abeilles. En effet, dès qu'un melon est noué, la croissance des feuilles et des racines sera ralentie. Si la plante est trop faible lors de l'apport des pollinisateurs, l'appareil végétatif risque d'avoir des difficultés à fournir les éléments nécessaires à la bonne alimentation des fruits. Ceci aura une incidence directe sur le rendement et la qualité des melons obtenus.

Concernant l'apport des abeilles, des apiculteurs pratiquent spécialement la pollinisation des cultures. Ils sont regroupés au sein de Groupements d'apiculteurs pollinisateurs professionnels (Grapp Méditerranée, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes). Les abeilles sont fournies en ruchettes, qui sont de petites ruches avec cinq cadres contenant une colonie allant de 5000 à 10000 individus. Le coût de « location » est généralement d'environ 250 F par ruchette et par mois. Pour que l'activité de butinage ne soit pas interrompue en cas de mauvais temps ou de vent, ces ruchettes devront être placées à l'intérieur de l'abri. Il est préférable de les disposer de telle façon que les abeilles aient à survoler la culture pour faciliter le repérage des premières fleurs (sachant que les abeilles se dirigent vers la lumière donc vers le sud) et que leur entrée soit orientée vers le soleil levant et vers l'intérieur de l'abri. Par exemple, pour une structure orientée nord-sud, il est recommandé de placer la ruchette d'abeilles dans l'angle nord-ouest de la structure avec l'entrée orientée vers l'est. Il est aussi préférable de les mettre sur un support plutôt qu’à même le sol, souvent froid au matin.

Protéger les butineurs

Enfin, il est conseillé d’effectuer une ouverture d'environ 15-20 cm de diamètre dans le film plastique de l'abri à proximité de l’entrée de la ruche pour que les abeilles puissent aller à l'extérieur. Afin d'éviter les pertes de butineuses et lorsqu’il y a de nombreux tunnels disposés côte à côte, il peut encore être utile de faire des repères de couleur sur le plastique proche de l'entrée extérieure pour faciliter le repérage des abeilles. S’il n’y a pas de point d’eau disponible à proximité des abris, il faudra placer près de la ruche un seau d'eau avec un morceau d'éponge afin que les abeilles puissent s'y abreuver. Celles-ci y prélèvent l'eau pour élever les jeunes (le couvain) et réguler la température de la ruche.

Quant aux bourdons, ils sont disponibles tout au long de l'année auprès de plusieurs fournisseurs, en particulier ceux qui distribuent des auxiliaires des cultures. Le coût des colonies de bourdons varie de 250 à 500 F, selon leur taille (contenant de 40 à 80 individus à la livraison). Généralement installée au centre de l'abri, la ruchette de bourdons doit être surélevée et abritée dans la végétation ou par une plaque de polystyrène, car les bourdons craignent particulièrement les températures élevées (supérieures à 30°C).

Les températures excessives sont également néfastes, non seulement pour les abeilles, mais encore pour la qualité du pollen et la fécondation des fleurs. Il est donc indispensable de bien aérer les abris. Enfin, il faut penser qu’abeilles et bourdons sont vivants. Il faut donc les protéger ! Pendant la période de pollinisation active, il est préférable d'éviter les traitements phytosanitaires. Anne Capy de l'Association provençale de recherche et d'expérimentation légumière et Daniel Izard du Groupement de développement agricole en culture sous abris de la chambre d'Agriculture du Vaucluse conseillent : « lors d'une intervention, il est possible de fermer et sortir les ruchettes de bourdons, mais pour une période n'excédant pas un ou deux jours. Pour les abeilles, n'utiliser que des produits non toxiques autorisés en période de floraison, traiter le soir et demander conseil à l’apiculteur. »

Mériam Espuna

 

Cultures spécialisées : Cultures maraîchères à fruits

La pollinisation, une clé de la production

 

En cultures précoces sous abris, rendement et qualité des « légumes fruits » peuvent être affectés par un défaut de pollinisation. L'introduction d'insectes pollinisateurs, permet souvent de remédier efficacement à ce problème.

En cultures maraîchères à fruits (tomate, melon, fraise, courgette), la pollinisation est un paramètre capital de la production puisqu'elle conditionne la formation des fruits (hormis chez la plupart des variétés de concombre et chez certaines variétés de tomate dites parthénocarpiques, c’est-à-dire capables de produire des fruits sans graine). Or, les insectes, qui sont les principaux agents pollinisateurs de ces cultures, sont souvent rares sous abris, voire absents dans les cultures les plus précoces. De plus, les flux d’air y sont généralement très faibles. Fruits déformés et faibles rendements peuvent alors être des problèmes rencontrés par défaut de pollinisation. Bernard Vaissière de l'Inra d'Avignon en explique les causes : « on sait depuis longtemps que la taille d'un fruit est étroitement corrélée au nombre de graines qu'il contient, celui-ci dépendant directement du niveau de pollinisation. Nous avons mené des expérimentations sur melon qui ont en outre montré que le niveau de pollinisation avait un effet sur la forme des fruits, leur teneur en sucres et leur qualité gustative. Sur d'autres plantes, une pollinisation insuffisante ou hétérogène de la fleur se traduira par des déformations du fruit : courgettes “ pointues ” ou fraises “ plates” par exemple ».

Des colonies d’insectes pour polliniser

Dans des conditions de culture précoce sous abri, il est donc indispensable de donner un coup de pouce à la pollinisation en introduisant des colonies d’insectes pollinisateurs, abeilles ou bourdons selon la culture. Dans la majorité des cas, on peut utiliser des abeilles domestiques, Apis mellifera. Celles-ci donnent de bons résultats pour la pollinisation des courgettes, fraises et melons. Les colonies commerciales de bourdons de l'espèce Bombus terrestris sont aussi utilisées sur tomate, dans des conditions climatiques particulières ou encore lorsqu’il n’y a pas de ruches d'abeilles disponibles. Par rapport aux abeilles, les bourdons présentent l'avantage de butiner à des températures basses, conditions parfois rencontrées en cultures très précoces. Ils sont particulièrement bien adaptés pour polliniser la tomate. En effet, les fleurs de tomate ont la particularité d'avoir une pollinisation de type vibratile : pour que le pollen sorte des étamines et aille polliniser le stigmate (partie femelle), il faut faire vibrer la fleur. Or, les bourdons récoltent spontanément le pollen des fleurs de tomate en les faisant vibrer. Les abeilles domestiques n'ont pas cette capacité de faire vibrer les fleurs. Dans le cas du fraisier, les bourdons peuvent par contre poser des problèmes. Un surbutinage peut être observé notamment en période de mauvais temps, lorsque la floraison se trouve ralentie. Bernard Vaissière explique ce phénomène : « par manque de pollen, les bourdons vont se mettre à visiter les fleurs en les vibrant à outrance. Or, la fleur de fraisier n’est pas adaptée au vibrage et ce vibrage intensif les abîme. Les fleurs donnent alors des fruits déformés, ou avortent. Sur tomate, ce problème de surbutinage ne se pose généralement pas de façon aiguë, sauf très rarement en tout début de floraison. En effet, la morphologie des fleurs de tomate est adaptée au vibrage. »

Bien installer les ruches

En règle générale, il convient d'introduire les insectes pollinisateurs en début de floraison. Les colonies sont apportées sur fraise lorsque l’on a en moyenne une fleur tous les 10 m de rang environ, lorsque s’épanouissent les premières fleurs femelles sur melon et courgette, et dès la floraison des premiers bouquets sur tomate. Sur melon, il est cependant important d'attendre que la plante soit bien charpentée avant d'introduire les abeilles. En effet, dès qu'un melon est noué, la croissance des feuilles et des racines sera ralentie. Si la plante est trop faible lors de l'apport des pollinisateurs, l'appareil végétatif risque d'avoir des difficultés à fournir les éléments nécessaires à la bonne alimentation des fruits. Ceci aura une incidence directe sur le rendement et la qualité des melons obtenus.

Concernant l'apport des abeilles, des apiculteurs pratiquent spécialement la pollinisation des cultures. Ils sont regroupés au sein de Groupements d'apiculteurs pollinisateurs professionnels (Grapp Méditerranée, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes). Les abeilles sont fournies en ruchettes, qui sont de petites ruches avec cinq cadres contenant une colonie allant de 5000 à 10000 individus. Le coût de « location » est généralement d'environ 250 F par ruchette et par mois. Pour que l'activité de butinage ne soit pas interrompue en cas de mauvais temps ou de vent, ces ruchettes devront être placées à l'intérieur de l'abri. Il est préférable de les disposer de telle façon que les abeilles aient à survoler la culture pour faciliter le repérage des premières fleurs (sachant que les abeilles se dirigent vers la lumière donc vers le sud) et que leur entrée soit orientée vers le soleil levant et vers l'intérieur de l'abri. Par exemple, pour une structure orientée nord-sud, il est recommandé de placer la ruchette d'abeilles dans l'angle nord-ouest de la structure avec l'entrée orientée vers l'est. Il est aussi préférable de les mettre sur un support plutôt qu’à même le sol, souvent froid au matin.

Protéger les butineurs

Enfin, il est conseillé d’effectuer une ouverture d'environ 15-20 cm de diamètre dans le film plastique de l'abri à proximité de l’entrée de la ruche pour que les abeilles puissent aller à l'extérieur. Afin d'éviter les pertes de butineuses et lorsqu’il y a de nombreux tunnels disposés côte à côte, il peut encore être utile de faire des repères de couleur sur le plastique proche de l'entrée extérieure pour faciliter le repérage des abeilles. S’il n’y a pas de point d’eau disponible à proximité des abris, il faudra placer près de la ruche un seau d'eau avec un morceau d'éponge afin que les abeilles puissent s'y abreuver. Celles-ci y prélèvent l'eau pour élever les jeunes (le couvain) et réguler la température de la ruche.

Quant aux bourdons, ils sont disponibles tout au long de l'année auprès de plusieurs fournisseurs, en particulier ceux qui distribuent des auxiliaires des cultures. Le coût des colonies de bourdons varie de 250 à 500 F, selon leur taille (contenant de 40 à 80 individus à la livraison). Généralement installée au centre de l'abri, la ruchette de bourdons doit être surélevée et abritée dans la végétation ou par une plaque de polystyrène, car les bourdons craignent particulièrement les températures élevées (supérieures à 30°C).

Les températures excessives sont également néfastes, non seulement pour les abeilles, mais encore pour la qualité du pollen et la fécondation des fleurs. Il est donc indispensable de bien aérer les abris. Enfin, il faut penser qu’abeilles et bourdons sont vivants. Il faut donc les protéger ! Pendant la période de pollinisation active, il est préférable d'éviter les traitements phytosanitaires. Anne Capy de l'Association provençale de recherche et d'expérimentation légumière et Daniel Izard du Groupement de développement agricole en culture sous abris de la chambre d'Agriculture du Vaucluse conseillent : « lors d'une intervention, il est possible de fermer et sortir les ruchettes de bourdons, mais pour une période n'excédant pas un ou deux jours. Pour les abeilles, n'utiliser que des produits non toxiques autorisés en période de floraison, traiter le soir et demander conseil à l’apiculteur. »

Mériam Espuna