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L'Evènement :
6-7-8 juin : Deauville acceuille le congrès
du CNJA
Le Calvados, un
concentré de Normandie
Lait, viande bovine et grandes cultures, cest sur
ces trois piliers que repose lagriculture du Calvados,
qui laisse aussi une place à des productions normandes
spécifiques comme le cidre, lélevage équin
ou le lin. Le département sappuie sur une transformation
agro-alimentaire puissante (laiteries, sucrerie, abattoirs, cidreries,
etc.) et a su conserver une tradition du terroir inégalée
: pas moins de neuf AOC y sont présentes cinq laitières,
quatre cidricoles , ce qui constitue certainement un record.
Thibault Van Ryckeghem, Condé-sur-Ifs
Une culture lucrative mais risquée, le lin
Très difficile de sinstaller dans la plaine de
Caen : trop peu dexploitations à reprendre par les
jeunes, et à des prix très élevés.
« Jai eu un vrai coup de bol », reconnaît
Thibault Van Ryckeghem, jeune agriculteur à Condé-sur-Ifs.
Depuis toujours féru de grandes cultures, il est dabord
aide-familial sur lexploitation de sa mère, une
centaine dhectares à Rocquancourt. Une situation
qui nest pas durable pour faire vivre deux ménages
et le pousse à chercher à sinstaller en individuel.
La chance, ce fut lAdasea qui linforme dune
opportunité à Condé-sur-Ifs. Une ferme louée
par la commune, 70 ha, avec des terres de qualité très
variable. « Beaucoup disaient que cette ferme nétait
pas viable », raconte-t-il. Mais il ne fallait pas trop
hésiter ». Parmi les candidats, cest lui qui
lemporte. En 1999, il sassocie en Gaec avec sa mère.
Au total, lexploitation fait 180 ha, sur trois sites éloignés
de 10 à 20 km (Condé, Rocquancourt, Boulon), avec
une trentaine dhectares de médiocre qualité
(fonds de vallée, terres superficielles).
« Par ici, pour vivre décemment, il faut 100
ha par agriculteur ». Thibault a donc fait de choix de
limiter au maximum les intrants et sefforce de faire des
cultures à forte valeur : la betterave (8 ha), les semences
de blé hybride et, spécialité normande,
le lin textile. Depuis deux ans, la matière est à
la mode et la demande est forte. Le lin serait-il la nouvelle
panacée de la plaine de Caen ? Pas vraiment, car on ne
simprovise pas liniculteur. Pas de technicien spécialisé,
peu de produits de traitement, une plante très sensible,
qui fatigue les terres
Le savoir-faire requis ne se cantonne
pas à la culture. Après larrachage commence
la phase la plus délicate, le rouissage : livré
à lalternance du soleil et de la pluie, les enzymes
du lin décomposent naturellement les ciments pectiques
pour libérer les fibres textiles, « la filasse ».
Ce nest quau bout de cent jours de rouissage au champ
que le lin est récolté et livré à
la coopérative linière de Cagny.
Le bilan des deux premières récoltes est très
positif : un bon rendement, un taux de filasse élevé,
un prix rémunérateur. « Mais si les conditions
climatiques ne sont pas favorables au rouissage, le résultat
peut être catastrophique », prévient-il. Le
risque est dautant plus fort que lexploitation est
située à la limite de la zone propice à
la culture du lin. Thibault Van Ryckeghem garde donc la tête
froide : la sole de lin sera cette année limitée
cette année à 18 ha. « Mais en voyant dans
la rue une femme vêtue de cette matière noble quest
le lin, on peut être fier de notre travail » conclut-il.
Sandrine Fosse, Bréville
Un parcours de linstallation très chargé
Au départ, Sandrine était comptable. Cest
lorsquelle rencontre Philippe, un agriculteur qui deviendra
lhomme de sa vie, quelle découvrira sa vocation
pour lélevage allaitant. Lopportunité
de sinstaller a été le départ en retraite
de ses beaux-parents. Lexploitation, polyculture et élevage
allaitant, sera reprise à la fois par Philippe et Sandrine,
qui vont constituer cette année une EARL. Linstallation
de Sandrine consistera en la reprise de latelier de vaches
charolaises et la mise aux normes des bâtiments délevage.
Un projet qui pèse lourd sur le plan financier, car il
faut construire un nouveau bâtiment de 900 m2 et une fumière
couverte de 280 m2. « Cest déjà pas
facile de sinstaller car les exploitations sont de plus
en plus chères. La mise aux normes est un frein supplémentaire,
car malgré les subventions, il reste au moins 40 % à
notre charge », constate Sandrine. « En même
temps, on préfère la faire maintenant car dans
deux ou trois ans, on ne sait pas où en seront les subventions
». Mais la mise aux normes a un côté positif,
reconnaît-elle : « elle permet de moderniser le fonctionnement
de lélevage ».
Actuellement Sandrine effectue le parcours de linstallation
aidée. Dabord, le stage six mois. Sandrine a déjà
fait valider deux mois comme comptable sur lexploitation.
« Le stage six mois, cest très bien en principe,
car en restant chez soi, on ne fait que
ce quon a à faire et quon a toujours fait
», constate-t-elle. Mais elle déplore les difficultés
quelle a rencontrées pour trouver une exploitation
daccueil. « Le fait dêtre une fille est
un handicap, beaucoup de maîtres de stages refusent, surtout
en élevage. Ils veulent quelquun de déjà
formé ».
Cest finalement sur une exploitation laitière,
à Pont-lEvêque, quelle effectue son
stage, car elle na pas trouvé en vache allaitante.
Les maîtres de stages étaient à moins de
50 km. Sandrine trouve cette limite un peu stricte pour des jeunes
qui ont déjà une vie professionnelle et familiale.
Cela fait cinq ans quelle travaille sur lexploitation
de son mari. Elle aurait préféré rentrer
tous les soirs. « Le travail que je faisais avant, je dois
le rattraper le week-end ».
En même temps, Sandrine fait aussi son stage de préparation
à linstallation (Spi), assez copieux dans le Calvados
puisquil dure 100 heures et comprend la réalisation
de lEpi. Une journée par semaine, il faut donc aller
à Caen
Mais bientôt, Sandrine en aura fini
avec cet emploi du temps très chargé : au 1er juillet,
tout devra être bouclé pour satteler à
la récolte du tabac. Cette diversification lancée
sur 3,6 ha lan dernier occupe Sandrine tout lété,
car il faut gérer une équipe de cinq cueilleurs
à mi-temps ! Plus tard, après le 1er octobre, date
prévue pour linstallation, Sandrine pourra enfin
se consacrer pleinement à ses chères charolaises.
Cyrille Hoste, Jort
De lhorticulture à lélevage porcin,
la diversification jusquà ses limites
Diplôme agricole en poche, Cyrille Hoste sest
installé en octobre 1998 en Gaec avec ses parents à
Jort, à la limite de la plaine de Caen et du pays dAuge.
Son projet a consisté à reprendre une exploitation
de 50 ha avec un troupeau de vaches allaitantes, sur la commune.
« Jai eu de la chance, constate-t-il. Je connais
des camarades décoles qui cherchent encore des exploitations
à reprendre » Au total, le Gaec fait aujourdhui
280 ha et emploie, outre les associés, un salarié
agricole à plein temps et un à mi-temps. Le travail
ne manque pas, car la famille Hoste a opté de longue date,
pour la diversification, choix judicieux dans cette région
de petites terres.
Outre les grandes cultures habituelles, lexploitation
compte une production de fleurs coupées en serres tunnel,
fait rare dans la région. « On faisait du grossissement
de bulbes pour la coop Can, cest comme ça quon
a commencé ». Les fleurs, principalement des lis,
des tulipes et des glaïeuls, sont produits onze mois sur
douze et vendus dans les supermarchés et sur les marchés
de la région. Cest principalement la mère
de Cyrille qui sen occupe.
Le Gaec comporte aussi un atelier de 900 porcs, engraissés
avec les céréales de lexploitation et vendus
à la coopérative Agralco. Ce nest pas tout
: il y a aussi un atelier de taurillons (35 places) et la vingtaine
de vaches charolaises reprise lors de linstallation, qui
permettent de valoriser les 20 ha dherbe du Gaec. Cest
Cyrille qui soccupe de lélevage bovin. Rien
ne ly prédisposait pourtant. Au lycée agricole,
cest à lélevage laitier quon
faisait la part belle. « Lélevage allaitant,
jappréhendais un peu au départ », reconnaît-il.
Mais aujourdhui il a le sentiment davoir trouvé
sa voie. Confirmation de son père « Cyrille est
plus éleveur que moi ».
Mais avec toutes ces productions, le Gaec est arrivé
aux limites de la diversification. « Il y a trop de travail
sur lexploitation, constate Cyrille. Les fleurs, cest
7 jours sur 7, sans parler de lélevage ».
Le fait que lexploitation soit dispersée sur cinq
sites accroît encore la charge. La question commence à
se faire jour de revoir le système dexploitation,
quitte à le simplifier. Mais la marge de manuvre
est étroite. Une chose est sûre, Cyrille Hoste sest
trouvé une vocation déleveur, il entend bien
le rester.
Nicolas Chauffray, Le Plessis-Grimoult
Une passion pour la normande
Cest par le registre départemental dinstallation
que Nicolas Chauffray a trouvé sa ferme, une exploitation
laitière de 35 ha en fermage avec 156 000 l de lait à
Saint-Martin-de-Sallen dans le Bocage virois. Ça nétait
pas si évident car les exploitations sont nombreuses dans
le canton, avec beaucoup de jeunes déjà installés.
« Il devient difficile de trouver du foncier, à
moins dy mettre le prix ». Il était auparavant
aide-familial sur la ferme laitière parentale, à
quelques kilomètres de là, au Plessis-Grimoult.
Il a rejoint le Gaec en qualité de nouvel associé,
pour limiter les coûts et avoir une activité moins
astreignante. « En individuel, il faut être là
tout les week-ends ; et quand il y a un problème on est
tout seul ».
Les deux cheptels ont donc été rassemblés
au Plessis-Grimoult.
Cest là que réside son projet dinstallation
: construire une nouvelle stabulation de 80 places. Nicolas a
hâte que les travaux démarrent : cest prévu
pour septembre, mais avec la tempête, les artisans sont
débordés. Les vaches vont passer encore un automne
difficile, trop serrées dans la stabulation actuelle.
Il faut sattendre pour quelques mois à des problèmes
de mammites et de baisse de qualité du lait.
Autre chantier important, lharmonisation du troupeau.
Nicolas a repris un troupeau dune vingtaine de primholstein,
« sans génétique ». Mais sa vraie passion,
cest la race normande. Il a de qui tenir, car ses parents
font partie des élevages en pointe en génétique
normande. Commentaire sur la race : « les vaches sont plus
lourdes que les primholstein, donc plus intéressantes
à la réforme. Compte tenu de la valorisation en
AOC, on a un niveau de rentabilité similaire malgré
une production moins importante. Mais il est vrai que la génétique
normande est en retard, notamment au niveau du pis ». De
par son caractère mixte, la normande présente aussi
une bonne aptitude à lengraissement. Cest
ainsi que le Gaec élève une vingtaine de bufs,
appelés « rajeunis », cest-à-dire
vendus à 30 mois. Plus lourds, ils ont tendance à
faire trop de gras.
Nicolas Chauffray ne se cantonne pas à lélevage.
Outre 80 ha dherbage, lexploitation comporte 70 ha
de cultures : blé, pois, maïs etc, orge, colza. «
A Saint-Martin-de-Sallen, la végétation est plus
précoce, ça permet déchelonner le
calendrier des travaux », explique-t-il. Comme quoi, exploiter
sur deux sites distants peut avoir aussi un avantage.
« En direct du terroir », Louvigny
Une « success-story » de la vente directe
Un magasin pour vendre en commun des produits de la ferme
: lidée a mis longtemps à mûrir mais
elle en valait la peine. Cinq mois après son ouverture,
« En direct du terroir », point de vente fermier
de Louvigny, près de Caen, est un succès. Les prévisions
de chiffre daffaires sont à la hauteur des espérances.
Retour sur un succès « agricolo-commercial »
sans équivalent en Basse-Normandie. Il y a quatre ans,
un groupe déleveurs réfléchit sur
la façon de mieux valoriser en commun leur viande bovine.
Une étude montre quil y a de la place pour la vente
directe dune production bovine de qualité, par le
biais dune boucherie-charcuterie. Un bon moyen de répondre
aux aspirations alimentaires des consommateurs : qualité
et sécurité.
Cest en 1999 que le projet prend un tour concret : un
pas-de-porte (une ancienne épicerie Proxi) est à
vendre dans le centre de Louvigny. Les cinq associés fondateurs
trouvent plusieurs appuis pour aller au bout du projet. Les jeunes
de la Maison familiale de Maltot, à quelques encablures
de Louvigny, réalisent une étude de faisabilité.
Le maire pèse de tout son poids pour que la vente du magasin
se fasse aux éleveurs. car pour la commune il est crucial
de maintenir un commerce dans le centre du bourg. La chambre
de commerce leur accorde le « passeport Entreprendre en
France », qui permet de monter le projet sur le plan, financier
et stratégique, avec le suivi dun conseiller.
Le 10 novembre 1999, laffaire est enfin conclue. En
vingt jours, les travaux sont faits pour ouvrir début
décembre. « On voulait faire les fêtes de
fin dannée coûte que coûte »,
précise Hubert Delaplanche, lun des cinq gérants.
Avec 120 m2 de surface de vente, le projet initial de boucherie-charcuterie
sest élargi à dautres produits fermiers
: lait, fruits et légumes, cidre et pommeau. Les consommateurs
affluent. Quatre emplois sont créés : une vendeuse,
un boucher-désosseur et deux charcutiers. En faisant appel
à dautres producteurs. A présent, ce sont
à présent 90 produits fermiers différents
qui sont vendus au magasin.
Le succès doit beaucoup à lentente entre
les cinq agriculteurs : Didier Levasseur, Hubert Delaplanche,
Hubert Londes, Raphaël Ghewy et Etienne Duval. des hommes
aux parcours variés mais complémentaires, avec
des rôles bien définis. Et une obligation : quil
y ait toujours un agriculteur au magasin.
Et lactivité agricole dans tout ça ? Selon
Hubert Delaplanche, le bilan est très positif pour les
exploitations « outre une meilleure valorisation des produits
(mouton, poulet, lapin, ufs, viande bovine, veau de lait,
produits laitiers), il y a un meilleur taux de renouvellement
du cheptel, cest plus intéressant économiquement
». Mais la meilleure preuve de réussite est encore
à venir : à la fin de lannée, un jeune
agriculteur devrait sinstaller en élevage ovin,
avec comme débouché le magasin de Louvigny.
Stéphane Grandval, Grandouet
Une ferme 100 % AOC
Le pays dAuge, ses pommiers et ses vaches laitières.
Un cliché ? Pas seulement. Avec lengouement pour
les produits du terroir, le lait et le cidre sont plus que jamais
les deux mamelles de cette région à cheval sur
le Calvados et lOrne. Exemple près de Cambremer,
chez François et Stéphane Grandval. Un Gaec dune
centaine dhectares, dont 23 ha de pommiers (haute tige
et basse tige) pour la production de cidre, avec un quota de
420 000 l de lait, livré à la laiterie artisanale
de Saint-Loup-de-Fribois pour la production de camembert.
Stéphane sest installé en 1997. «
Mon père commençait à être débordé.
Latelier cidricole prenait de lenvergure et mon père
avait des responsabilités professionnelles croissantes
dans le cidre ». Linstallation a lieu par la reprise
de 30 ha avec un quota de 110 000 l de lait. « En principe,
jaurais pu minstaller sur lexistant. Mais pour
constituer un Gaec, il faut apporter quelque chose ». Dans
lexploitation, les rôles sont bien répartis
: à Stéphane la responsabilité de lélevage
laitier, à son père latelier cidricole. Le
cheptel est constitué de 65 primholstein, une race
pour laquelle Stéphane avoue sa préférence
par rapport à la normande. « Jai fait un rapport
de stage sur les cahiers des charges des AOC : la normande napporte
pas davantage décisif. Sil fallait normandiser
le troupeau, il faudrait 10 à 15 vaches en plus, ce qui
veut dire 15 % de travail en plus ». Une nouvelle stabulation
a été construite en septembre 1999 ; linvestissement
a reçu une subvention de 350 000 F pour la mise aux normes,
notamment une fumière couverte. « Cette mise aux
normes est bonne chose, constate Stéphane. Avant, il y
avait risque découlement des jus dans la rivière
en contrebas ». Ce nouveau bâtiment va permettre
la reconversion de lancienne stabulation en cave à
cidre, car latelier actuel est un peu à létroit
avec le développement de la vente à la ferme. La
gamme est large : à côté du cidre, la «
Cave François Grandval » propose du calvados
elle dispose dun alambic flambant neuf , et du pommeau
du jus de pomme muté au calvados. Tous produits
qui résultent du pressage des pommes à cidre, dont
une dizaine de variétés sont présentes sur
lexploitation. Pour maintenir la qualité, le verger
doit être régulièrement renouvelé.
Les Grandval replantent environ un hectare de pommiers de haute
tige par an. Les paysages enchanteurs du pays dAuge ont
encore de beaux jours devant eux. |