N° 550 | MAI 2000

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Définitions

 

Elevage : En bref

 

Batiments

Décontaminer dans les règles de l’art

 

La propreté des bâtiments d’élevage est une des meilleures garanties de la santé animale. Mais la décontamination des locaux, opération contraignante et qui nécessite du temps, doit obéir à des règles scrupuleuses pour être efficace.

Au cours de l’année, les bâtiments d’élevage sont progressivement souillés par les animaux. Les matières fécales, les poussières ou les dépôts organiques présents sur les parois ou dans les litières sont autant de réservoirs pour les bactéries, les virus ou les parasites. Cette pression microbienne favorise l’apparition de troubles pathologiques, parfois lourds de conséquences : salmonellose sur les volailles, fièvre aphteuse sur les porcs, ou encore diarrhée néonatale sur les veaux. A ce titre, la décontamination des bâtiments concerne toutes les espèces animales.

Un triptyque nettoyage-désinfection- vide sanitaire

Le protocole de décontamination est très clair et se décompose en trois étapes. Elles sont obligatoirement précédées par l’évacuation des litières, la vidange des fosses et la sortie du petit matériel d’élevage, nettoyé et désinfecté à part.

La première opération consiste à tremper abondamment à l’eau, en cycles courts et répétés, l’ensemble des parois du bâtiment (murs, sols, plafonds, caillebotis, préfosses), puis à appliquer un détergent bactéricide dégraissant avec un canon à mousse (embout spécial adapté sur les nettoyeurs à haute pression). Après une demi-heure, les parois sont décapées de haut en bas à l’eau chaude (40 à 50 °C) au nettoyeur à haute pression (100 bar). « Cette étape de nettoyage est primordiale, explique Hervé Pirouelle, vétérinaire à l’Institut technique du porc. Elle permet l’élimination complète des souillures organiques, et, avec elles, de 90 % des germes présents dans l’environnement. Il ne faut pas hésiter à y consacrer beaucoup de temps, car c’est de cette phase dont va dépendre l’efficacité de la décontamination. »

Dans les locaux non bétonnés, les sols en terre battue doivent préalablement être raclés, grattés puis balayés, en insistant particulièrement sur les aires d’entrée et de sortie, avec le même souci d’éliminer les matières organiques.

L’opération suivante est la désinfection. Elle peut être effectuée 24 à 48 h après le décapage, sur des parois encore humides. Plusieurs techniques sont envisageables : la désinfection de surface, par pulvérisation de liquide ou de mousse, ou la désinfection de volume, par nébulisation, thermonébulisation ou atomisation. « Ces méthodes sont toutes efficaces, poursuit Hervé Pirouelle. L’éleveur doit établir son choix en fonction de critères pratiques, tels que la facilité de mise en œuvre dans un système donné ». Le désinfectant utilisé doit pour sa part répondre à des exigences très spécifiques. Pierre Drouin, chef de l’unité épidémiologie et qualité en aviculture de Ploufragan, précise que « le produit doit bien entendu être agréé pour la désinfection des bâtiments d’élevage, mais aussi bénéficier de la triple homologation bactéricide, fongicide et virucide. Ces caractéristiques sont garanties pour une dilution précise par un numéro d’agrément, délivré par l’AFSAA et figurant sur l’emballage ». Certaines spécialités peuvent présenter des spectres d’action encore plus large, les rendant actives sur les ookystes de coccidies ou de cryptosporidies.

Pour les sols en terre battue, la désinfection peut être réalisée par l’épandage de soude caustique en paillettes (3 à 5 kg pour 100 m2, suivi d’un arrosage) ou de chaux vive (40 kg pour 100 m2). Compte tenu de leur toxicité, ces produits doivent être manipulés avec des gants, lunettes, bottes et combiaison de protection. « En s’hydratant, la chaux vive donne de la chaux éteinte, tout en produisant beaucoup de chaleur. Les risques d’incendie sont réels en présence de paille ou de résidus de litière. Il est indispensable de laisser un délai de 8 à 10 jours entre l’épandage de chaux et la mise en place de la nouvelle litière, de sorte que la chaux vive ait le temps de s’éteindre », souligne Pierre Drouin. Une autre technique consiste à utiliser la chaleur pour désinfecter les sols. Le passage très lent (moins de 0,5 km/h) d’une flamme sur le sol (brûleurs à gaz adaptables sur le tracteur), ou l’utilisation d’eau bouillante (95 °C à la sortie du tuyau) ont une action efficace sur les bactéries et les virus, mais également sur les parasites tels que les protozoaires ou les poux. Christian Mage, chercheur à l’Institut de l’élevage bovin, recommande particulièrement cette dernière méthode. « L’infestation des jeunes bovins, très sensibles au parasitisme, peut être fortement réduite par la désinfection des locaux à l’eau bouillante. Cette technique nécessite l’emploi d’un matériel spécifique : vapeur d’eau à 140 °C et pression de 110 bar pour les murs et le matériel. Associée à un traitement des veaux, elle procure une protection contre les poux pendant plus de trois mois, et divise par trois le nombre d’animaux infestés par les coccidies ou les cryptosporidies. »

La dernière opération consiste à procéder au vide sanitaire. L’instauration de cette barrière sanitaire garantie l’efficacité de la désinfection et limite les risques de recontamination. Sa durée minimale correspond au temps nécessaire au séchage complet du bâtiment. Afin d’accélérer cette étape, il est toujours possible d’installer des chauffages mobiles. Dans les élevages bovins, dans la mesure où les animaux sortent à l’herbe pendant une partie de l’année, on recommande un vide d’au moins un mois.

Dans tous les cas, le vide sanitaire seul n’est pas suffisant pour diminuer la contamination d’un bâtiment. Il ne pourra jamais compenser un nettoyage incomplet ou une mauvaise désinfection.

Lorsque les travaux de décontamination sont réalisés par une entreprise spécialisée, l’efficacité de la procédure peut être contrôlée en pratiquant des tests bactériologiques.

La bonne mise en œuvre de la décontamination est aujourd’hui une sécurité sanitaire essentielle pour les éleveurs. La conception et l’aménagement des bâtiments doivent être pensés en vue de faciliter cette intervention jugée parfois contraignante et fastidieuse par les producteurs. n

Vincent Lasseret