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Batiments
Décontaminer
dans les règles de lart
La propreté des bâtiments délevage
est une des meilleures garanties de la santé animale.
Mais la décontamination des locaux, opération contraignante
et qui nécessite du temps, doit obéir à
des règles scrupuleuses pour être efficace.
Au cours de lannée, les bâtiments délevage
sont progressivement souillés par les animaux. Les matières
fécales, les poussières ou les dépôts
organiques présents sur les parois ou dans les litières
sont autant de réservoirs pour les bactéries, les
virus ou les parasites. Cette pression microbienne favorise lapparition
de troubles pathologiques, parfois lourds de conséquences
: salmonellose sur les volailles, fièvre aphteuse sur
les porcs, ou encore diarrhée néonatale sur les
veaux. A ce titre, la décontamination des bâtiments
concerne toutes les espèces animales.
Un triptyque nettoyage-désinfection-
vide sanitaire
Le protocole de décontamination est très clair
et se décompose en trois étapes. Elles sont obligatoirement
précédées par lévacuation des
litières, la vidange des fosses et la sortie du petit
matériel délevage, nettoyé et désinfecté
à part.
La première opération consiste à tremper
abondamment à leau, en cycles courts et répétés,
lensemble des parois du bâtiment (murs, sols, plafonds,
caillebotis, préfosses), puis à appliquer un détergent
bactéricide dégraissant avec un canon à
mousse (embout spécial adapté sur les nettoyeurs
à haute pression). Après une demi-heure, les parois
sont décapées de haut en bas à leau
chaude (40 à 50 °C) au nettoyeur à haute pression
(100 bar). « Cette étape de nettoyage est primordiale,
explique Hervé Pirouelle, vétérinaire à
lInstitut technique du porc. Elle permet lélimination
complète des souillures organiques, et, avec elles, de
90 % des germes présents dans lenvironnement. Il
ne faut pas hésiter à y consacrer beaucoup de temps,
car cest de cette phase dont va dépendre lefficacité
de la décontamination. »
Dans les locaux non bétonnés, les sols en terre
battue doivent préalablement être raclés,
grattés puis balayés, en insistant particulièrement
sur les aires dentrée et de sortie, avec le même
souci déliminer les matières organiques.
Lopération suivante est la désinfection.
Elle peut être effectuée 24 à 48 h après
le décapage, sur des parois encore humides. Plusieurs
techniques sont envisageables : la désinfection de surface,
par pulvérisation de liquide ou de mousse, ou la désinfection
de volume, par nébulisation, thermonébulisation
ou atomisation. « Ces méthodes sont toutes efficaces,
poursuit Hervé Pirouelle. Léleveur doit établir
son choix en fonction de critères pratiques, tels que
la facilité de mise en uvre dans un système
donné ». Le désinfectant utilisé doit
pour sa part répondre à des exigences très
spécifiques. Pierre Drouin, chef de lunité
épidémiologie et qualité en aviculture de
Ploufragan, précise que « le produit doit bien entendu
être agréé pour la désinfection des
bâtiments délevage, mais aussi bénéficier
de la triple homologation bactéricide, fongicide et virucide.
Ces caractéristiques sont garanties pour une dilution
précise par un numéro dagrément, délivré
par lAFSAA et figurant sur lemballage ». Certaines
spécialités peuvent présenter des spectres
daction encore plus large, les rendant actives sur les
ookystes de coccidies ou de cryptosporidies.
Pour les sols en terre battue, la désinfection peut
être réalisée par lépandage
de soude caustique en paillettes (3 à 5 kg pour 100 m2,
suivi dun arrosage) ou de chaux vive (40 kg pour 100 m2).
Compte tenu de leur toxicité, ces produits doivent être
manipulés avec des gants, lunettes, bottes et combiaison
de protection. « En shydratant, la chaux vive donne
de la chaux éteinte, tout en produisant beaucoup de chaleur.
Les risques dincendie sont réels en présence
de paille ou de résidus de litière. Il est indispensable
de laisser un délai de 8 à 10 jours entre lépandage
de chaux et la mise en place de la nouvelle litière, de
sorte que la chaux vive ait le temps de séteindre
», souligne Pierre Drouin. Une autre technique consiste
à utiliser la chaleur pour désinfecter les sols.
Le passage très lent (moins de 0,5 km/h) dune flamme
sur le sol (brûleurs à gaz adaptables sur le tracteur),
ou lutilisation deau bouillante (95 °C à
la sortie du tuyau) ont une action efficace sur les bactéries
et les virus, mais également sur les parasites tels que
les protozoaires ou les poux. Christian Mage, chercheur à
lInstitut de lélevage bovin, recommande particulièrement
cette dernière méthode. « Linfestation
des jeunes bovins, très sensibles au parasitisme, peut
être fortement réduite par la désinfection
des locaux à leau bouillante. Cette technique nécessite
lemploi dun matériel spécifique : vapeur
deau à 140 °C et pression de 110 bar pour les
murs et le matériel. Associée à un traitement
des veaux, elle procure une protection contre les poux pendant
plus de trois mois, et divise par trois le nombre danimaux
infestés par les coccidies ou les cryptosporidies. »
La dernière opération consiste à procéder
au vide sanitaire. Linstauration de cette barrière
sanitaire garantie lefficacité de la désinfection
et limite les risques de recontamination. Sa durée minimale
correspond au temps nécessaire au séchage complet
du bâtiment. Afin daccélérer cette
étape, il est toujours possible dinstaller des chauffages
mobiles. Dans les élevages bovins, dans la mesure où
les animaux sortent à lherbe pendant une partie
de lannée, on recommande un vide dau moins
un mois.
Dans tous les cas, le vide sanitaire seul nest pas suffisant
pour diminuer la contamination dun bâtiment. Il ne
pourra jamais compenser un nettoyage incomplet ou une mauvaise
désinfection.
Lorsque les travaux de décontamination sont réalisés
par une entreprise spécialisée, lefficacité
de la procédure peut être contrôlée
en pratiquant des tests bactériologiques.
La bonne mise en uvre de la décontamination est
aujourdhui une sécurité sanitaire essentielle
pour les éleveurs. La conception et laménagement
des bâtiments doivent être pensés en vue de
faciliter cette intervention jugée parfois contraignante
et fastidieuse par les producteurs. n
Vincent Lasseret
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