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Viticultures
Flavescence dorée
La cicadelle, ennemie
à abattre
La flavescence est impossible à traiter lorsqu'elle
est déclarée : une souche touchée est condamnée.
Seuls moyens de lutte : arracher et traiter contre la cicadelle,
vecteur de la maladie.
Dannées en années, le champ de la flavescence
dorée s'étend dans le vignoble français.
Apparue pour la première fois en Armagnac dans les années
cinquante, cette grave maladie de la vigne a connu une explosion
au milieu des années quatre-vingts dans le département
de l'Aude. Aujourd'hui les régions Poitou-Charentes, Aquitaine,
Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont concernées,
à divers degrés. Derniers vignobles touchés
en 1999 : Cahors, la Vienne et le Gard. « Une vigne mère
de greffons est également atteinte dans le Beaujolais
», ajoute encore Bruno de La Rocque, expert national vigne
du Service de la protection des végétaux. Le risque
que la maladie sétende aux régions limitrophes
est grand. La vigilance quant à l'apparition de symptômes
dans les vignes est donc essentielle. Maladie de quarantaine,
la présence de la flavescence dorée doit obligatoirement
être déclarée auprès des services
officiels.
Les dégâts provoqués par cette maladie
sont très sérieux. Son évolution dans un
vignoble peut être très rapide. La rentabilité
d'une exploitation et l'avenir d'un secteur viticole peuvent
alors être sérieusement mis en péril. Les
conséquences du développement de la flavescence
sur un cep sont graves. On a d'abord une perte totale de récolte
sur les rameaux exprimant les symptômes. Phénomène
qui s'étend les années suivantes à l'ensemble
du cep, jusqu'à entraîner son dépérissement.
Et dans la parcelle, l'épidémie évolue très
vite. Or, lorsque la maladie est déclarée sur une
souche, il est impossible de la traiter directement. Seule solution
: l'arrachage des souches atteintes et le traitement pour lutter
contre la cicadelle de la flavescence, insecte qui transmet la
maladie.
Trois symptômes significatifs
Les symptômes de la flavescence dorée sont les
mêmes que ceux de la maladie du bois noir, deux maladies
sont aussi nommées « jaunisses de la vigne ».
Ils apparaissent au mois d'août. On observe tout d'abord
un enroulement et une coloration des feuilles : rougissement
sur cépages rouges et jaunissement sur cépages
blancs. Les deux autres symptômes significatifs de ces
jaunisses sont une destruction des grappes et une absence d'aoûtement
des sarments. Il en résulte que les grains se dessèchent
et tombent, tandis que les sarments restent verts et sont mous,
donnant des souches avec un port retombant.
Si l'ensemble de ces symptômes se présente, on
se trouve face à une jaunisse. Un diagnostic en laboratoire
dira s'il s'agit de flavescence dorée ou de maladie du
bois noir. Cette dernière est beaucoup moins grave car
son évolution reste limitée à quelques souches
isolées. Tous les ceps atteints par la maladie de la flavescence
dorée représentent des foyers infectieux. Ils doivent
être systématiquement arrachés et lorsque
la contamination atteint un certain seuil, de 20 ou 30 % selon
les départements (suivant les arrêtés préfectoraux),
c'est toute ou partie de la parcelle qui devra être arrachée.
La flavescence dorée est causée par un phytoplasme
(parfois également nommé mycoplasme, c'est un micro-organisme
proche des bactéries avec pour différence une absence
de paroi) qui est transmis par la cicadelle de la flavescence
dorée ou cicadelle jaune, Scaphoïdeus titanus. Cette
cicadelle ressemble beaucoup à la cicadelle verte (ou
cicadelle des grillures). Leur couleur permet de les différencier.
Seul moyen de lutte, le traitement insecticide contre les cicadelles
de la flavescence dorée est obligatoire sur tout le territoire
français sur les vignes mères de porte-greffes
et de greffons, ainsi que sur les pépinières. Sur
vignes, le caractère obligatoire et les modalités
de la lutte sont définis par des arrêtés
préfectoraux dans chaque département.
Pour maîtriser la cicadelle jaune, trois traitements
sont nécessaires. Leurs dates sont définies à
partir de la biologie de cet insecte. A leur naissance, les larves
de cicadelle sont saines. C'est en se nourrissant sur un cep
malade que les larves ou les adultes vont acquérir le
phytoplasme. Après un mois d'incubation, ils pourront
transmettre la maladie à un autre cep, par piqûre
du feuillage. C'est le stade adulte qui va propager la maladie
d'un secteur à l'autre.
La cicadelle de la flavescence n'a qu'une seule génération
par an mais les éclosions sont très échelonnées.
Elles s'étalent grossièrement de la deuxième
semaine de mai à fin juin. La période de contamination
commence donc environ début juin et va jusqu'à
fin septembre. Ainsi, le premier traitement à effectuer
se situe environ dans la deuxième semaine de juin. Les
deuxième et troisième traitements seront faits
à deux ou trois semaines d'intervalles. Mais, ces périodes
de traitement varient d'une région et d'une année
à l'autre. Elles sont donc données par les avertissements
agricoles. Les deux premiers traitements sont destinés
à éliminer les cicadelles présentes sur
la parcelle tandis que le troisième vise à détruire
des cicadelles provenant éventuellement de parcelles voisines.
Pullulations d'acariens
Un grand nombre d'insecticides sont disponibles pour lutter
contre les cicadelles. Mais il est conseillé de connaître
l'effet du produit choisi sur la faune auxiliaire (typhlodromes)
prédatrice des acariens. En effet, certains vont détruire
ces insectes, ce qui peut entraîner une pullulation des
acariens phytophages. La plupart des insecticides neurotoxiques
sont susceptibles de provoquer un tel déséquilibre.
Pendant l'hiver, un autre traitement ovicide, avec des oléo-parathion,
est possible en complément des traitements sur larves
et adultes. En agriculture biologique, un seul produit, le Bio
Insect, est homologué contre la cicadelle de la flavescence,
à l'heure où cet article est écrit. D'autres
produits, également à base de roténone,
pourraient être homologués d'ici le début
de la campagne. « La faible persistance daction de
cette matière active oblige à des traitements répétés.
C'est entre cinq et sept qui seront nécessaires pour maîtriser
la cicadelle. Il en résulte un coût très
élevé de la lutte contre la flavescence en culture
bio », explique Bruno de La Rocque.
Outre cette lutte directe contre la cicadelle de la flavescence,
des mesures prophylactiques sont fortement conseillées.
L'utilisation d'un matériel végétal sain
est importante. Bruno de La Rocque recommande : « il est
vivement conseillé aux viticulteurs de s'assurer d'acheter
des greffons soumis au traitement à l'eau chaude. Cette
pratique est actuellement en développement. De plus en
plus de pépiniéristes ainsi que deux chambres d'agriculture
sont maintenant équipés du matériel nécessaire.
» Le traitement à l'eau chaude permet de détruire
le phytoplasme qui pourrait éventuellement être
présent dans le bois. Cette technique est délicate
et un matériel particulier doit être utilisé.
En effet, la température de traitement ne doit être
ni trop faible ni trop élevée, afin de détruire
le phytoplasme sans avoir d'effet négatif sur la reprise
des bois. Autre mesure prophylactique : l'épamprage printanier
du tronc avant l'apparition des larves permet de limiter sensiblement
les populations de larves de cicadelles.
Quels résultats peut-on espérer de la lutte
lorsque l'on se trouve dans une zone contaminée ? L'expérience
de l'Aude, où c'est dans les 5 000 hectares qui ont été
arrachés il y a une dizaine d'années, a montré
une forte réduction de la pression de la maladie. Mais
Bruno de La Rocque est prudent : « dans les zones où
les arrachages ont été massifs, on observe une
régression très nette de la maladie. Mais des symptômes
dispersés sont tout de même observés après
replantation, ce qui est inquiétant et montre qu'il ne
faut pas baisser la garde. Sur des zones d'arrachage de petits
foyers ponctuels, il est plus difficile de mesurer l'efficacité
de la lutte : il faudra encore du recul pour en juger les effets.
»
Quoi quil en soit, la lutte contre ce fléau reste
cruciale.
Mériam Espuna
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