N° 550 | MAI 2000

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Viticultures

Flavescence dorée

La cicadelle, ennemie à abattre

La flavescence est impossible à traiter lorsqu'elle est déclarée : une souche touchée est condamnée. Seuls moyens de lutte : arracher et traiter contre la cicadelle, vecteur de la maladie.

D’années en années, le champ de la flavescence dorée s'étend dans le vignoble français. Apparue pour la première fois en Armagnac dans les années cinquante, cette grave maladie de la vigne a connu une explosion au milieu des années quatre-vingts dans le département de l'Aude. Aujourd'hui les régions Poitou-Charentes, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont concernées, à divers degrés. Derniers vignobles touchés en 1999 : Cahors, la Vienne et le Gard. « Une vigne mère de greffons est également atteinte dans le Beaujolais », ajoute encore Bruno de La Rocque, expert national vigne du Service de la protection des végétaux. Le risque que la maladie s’étende aux régions limitrophes est grand. La vigilance quant à l'apparition de symptômes dans les vignes est donc essentielle. Maladie de quarantaine, la présence de la flavescence dorée doit obligatoirement être déclarée auprès des services officiels.

Les dégâts provoqués par cette maladie sont très sérieux. Son évolution dans un vignoble peut être très rapide. La rentabilité d'une exploitation et l'avenir d'un secteur viticole peuvent alors être sérieusement mis en péril. Les conséquences du développement de la flavescence sur un cep sont graves. On a d'abord une perte totale de récolte sur les rameaux exprimant les symptômes. Phénomène qui s'étend les années suivantes à l'ensemble du cep, jusqu'à entraîner son dépérissement. Et dans la parcelle, l'épidémie évolue très vite. Or, lorsque la maladie est déclarée sur une souche, il est impossible de la traiter directement. Seule solution : l'arrachage des souches atteintes et le traitement pour lutter contre la cicadelle de la flavescence, insecte qui transmet la maladie.

Trois symptômes significatifs

Les symptômes de la flavescence dorée sont les mêmes que ceux de la maladie du bois noir, deux maladies sont aussi nommées « jaunisses de la vigne ». Ils apparaissent au mois d'août. On observe tout d'abord un enroulement et une coloration des feuilles : rougissement sur cépages rouges et jaunissement sur cépages blancs. Les deux autres symptômes significatifs de ces jaunisses sont une destruction des grappes et une absence d'aoûtement des sarments. Il en résulte que les grains se dessèchent et tombent, tandis que les sarments restent verts et sont mous, donnant des souches avec un port retombant.

Si l'ensemble de ces symptômes se présente, on se trouve face à une jaunisse. Un diagnostic en laboratoire dira s'il s'agit de flavescence dorée ou de maladie du bois noir. Cette dernière est beaucoup moins grave car son évolution reste limitée à quelques souches isolées. Tous les ceps atteints par la maladie de la flavescence dorée représentent des foyers infectieux. Ils doivent être systématiquement arrachés et lorsque la contamination atteint un certain seuil, de 20 ou 30 % selon les départements (suivant les arrêtés préfectoraux), c'est toute ou partie de la parcelle qui devra être arrachée.

La flavescence dorée est causée par un phytoplasme (parfois également nommé mycoplasme, c'est un micro-organisme proche des bactéries avec pour différence une absence de paroi) qui est transmis par la cicadelle de la flavescence dorée ou cicadelle jaune, Scaphoïdeus titanus. Cette cicadelle ressemble beaucoup à la cicadelle verte (ou cicadelle des grillures). Leur couleur permet de les différencier. Seul moyen de lutte, le traitement insecticide contre les cicadelles de la flavescence dorée est obligatoire sur tout le territoire français sur les vignes mères de porte-greffes et de greffons, ainsi que sur les pépinières. Sur vignes, le caractère obligatoire et les modalités de la lutte sont définis par des arrêtés préfectoraux dans chaque département.

Pour maîtriser la cicadelle jaune, trois traitements sont nécessaires. Leurs dates sont définies à partir de la biologie de cet insecte. A leur naissance, les larves de cicadelle sont saines. C'est en se nourrissant sur un cep malade que les larves ou les adultes vont acquérir le phytoplasme. Après un mois d'incubation, ils pourront transmettre la maladie à un autre cep, par piqûre du feuillage. C'est le stade adulte qui va propager la maladie d'un secteur à l'autre.

La cicadelle de la flavescence n'a qu'une seule génération par an mais les éclosions sont très échelonnées. Elles s'étalent grossièrement de la deuxième semaine de mai à fin juin. La période de contamination commence donc environ début juin et va jusqu'à fin septembre. Ainsi, le premier traitement à effectuer se situe environ dans la deuxième semaine de juin. Les deuxième et troisième traitements seront faits à deux ou trois semaines d'intervalles. Mais, ces périodes de traitement varient d'une région et d'une année à l'autre. Elles sont donc données par les avertissements agricoles. Les deux premiers traitements sont destinés à éliminer les cicadelles présentes sur la parcelle tandis que le troisième vise à détruire des cicadelles provenant éventuellement de parcelles voisines.

Pullulations d'acariens

Un grand nombre d'insecticides sont disponibles pour lutter contre les cicadelles. Mais il est conseillé de connaître l'effet du produit choisi sur la faune auxiliaire (typhlodromes) prédatrice des acariens. En effet, certains vont détruire ces insectes, ce qui peut entraîner une pullulation des acariens phytophages. La plupart des insecticides neurotoxiques sont susceptibles de provoquer un tel déséquilibre. Pendant l'hiver, un autre traitement ovicide, avec des oléo-parathion, est possible en complément des traitements sur larves et adultes. En agriculture biologique, un seul produit, le Bio Insect, est homologué contre la cicadelle de la flavescence, à l'heure où cet article est écrit. D'autres produits, également à base de roténone, pourraient être homologués d'ici le début de la campagne. « La faible persistance d’action de cette matière active oblige à des traitements répétés. C'est entre cinq et sept qui seront nécessaires pour maîtriser la cicadelle. Il en résulte un coût très élevé de la lutte contre la flavescence en culture bio », explique Bruno de La Rocque.

Outre cette lutte directe contre la cicadelle de la flavescence, des mesures prophylactiques sont fortement conseillées. L'utilisation d'un matériel végétal sain est importante. Bruno de La Rocque recommande : « il est vivement conseillé aux viticulteurs de s'assurer d'acheter des greffons soumis au traitement à l'eau chaude. Cette pratique est actuellement en développement. De plus en plus de pépiniéristes ainsi que deux chambres d'agriculture sont maintenant équipés du matériel nécessaire. » Le traitement à l'eau chaude permet de détruire le phytoplasme qui pourrait éventuellement être présent dans le bois. Cette technique est délicate et un matériel particulier doit être utilisé. En effet, la température de traitement ne doit être ni trop faible ni trop élevée, afin de détruire le phytoplasme sans avoir d'effet négatif sur la reprise des bois. Autre mesure prophylactique : l'épamprage printanier du tronc avant l'apparition des larves permet de limiter sensiblement les populations de larves de cicadelles.

Quels résultats peut-on espérer de la lutte lorsque l'on se trouve dans une zone contaminée ? L'expérience de l'Aude, où c'est dans les 5 000 hectares qui ont été arrachés il y a une dizaine d'années, a montré une forte réduction de la pression de la maladie. Mais Bruno de La Rocque est prudent : « dans les zones où les arrachages ont été massifs, on observe une régression très nette de la maladie. Mais des symptômes dispersés sont tout de même observés après replantation, ce qui est inquiétant et montre qu'il ne faut pas baisser la garde. Sur des zones d'arrachage de petits foyers ponctuels, il est plus difficile de mesurer l'efficacité de la lutte : il faudra encore du recul pour en juger les effets. »

Quoi qu’il en soit, la lutte contre ce fléau reste cruciale.

Mériam Espuna