N° 548 | MARS 2000

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Les mesures gouvernementales annoncées

 

Trois questions à Paul Bony, secrétaire général adjoint du CNJA, en charge du dossier ovin : «Nous demandons un soutien de 100 F par tête de brebis»

 

 

 

 

 

 

 

Un plan pour rien ?

 

S’il est en agriculture un dossier récurrent, c’est bien celui du mouton. Depuis trente ans se sont succédé des usines à gaz réglementaires qui ont fait la preuve de leur inefficacité et parfois de leurs effets pervers. Il n’est pas sûr que le plan national ovin annoncé fasse mieux.

A l’approche du printemps et de la fête de Pâques, période traditionnelle de pointe pour la consommation de mouton, qui trouve à ce moment-là sa pleine image de viande festive, l’ambiance n’y est pas chez les éleveurs ovins. Après une brève et très relative embellie, due voici quelques années à la baisse de consommation de viande bovine (l’effet vache folle), c’est de nouveau le marasme. Depuis des années, la profession demande, pour cet élevage peu et mal pris en compte par les règlements européens, une politique nationale volontariste. Elle a même, lasse de « tirer la sonnette d’alarme » face à la totale indifférence de Paris et de Bruxelles, commencé à hausser le ton et de passer à des actions de terrain dans les régions moutonnières (JA Janvier 2000, P. 20).

 

Déficit commercial de 2,78 milliards de F

Le gouvernement vient de répondre enfin, avec l’annonce d’un plan national ovin, dont la teneur a été rendue publique le 14 février par Jean Glavany dans le Lot.

« Peut-on imaginer une France sans moutons ? », se demande en préambule le texte du plan ministériel. « Clairement non », répond-il aussitôt. Pourtant, c’est bien la question qui est posée au monde agricole.

Quelques chiffres significatifs. L’effectif du troupeau ne cesse de décroître, au rythme d’environ 1 % par an. En 1999, il est passé sous la barre des 7 millions de têtes. Des 52 000 éleveurs français, 55 % sont âgés de plus de 55 ans. 15 000 exploitations ont cessé cette production, soit près du quart (22,5 % précisément, selon la Fédération nationale ovine). Les abattages, de 1998 à 1999, ont reculé de 3,2 %. 158 400 animaux en moins. Ce qui, soit dit en passant, pose des problèmes pas seulement aux seuls agriculteurs, mais aussi aux salariés des abattoirs, qui se retrouvent en chômage technique ou en réductions d’effectifs. Enfin cette baisse de production s’aggrave d’une baisse continue des cours : 27,30 F le kilo-carcasse en 1997, 24,92 en 1998, 24,10 en 1999. Soit une baisse de près de 12 %. Et la commercialisation des sous-produits, la laine et les peaux, est à tout le mieux une opération blanche pour l’éleveur.

Cette production ovine couvre aujourd’hui moins de la moitié de la consommation nationale. Un déficit qui a coûté à la balance du commerce extérieur français 2,78 milliards de F.

Cette situation est d’autant plus paradoxale que la France, qui s’approvisionne sur les marchés anglais, irlandais, néo-zélandais, est elle-même exportatrice ovine. En viande (11 000 tec, tonnes d’équivalent-carcasse) et en animaux vivants (980 000 bêtes en 1999, un plus de 5,1 % sur 1998). Sa principale cliente est l’Espagne, très demandeuse en agneaux légers : 440 000 têtes en 1999. Viennent ensuite l’Italie, les Pays-Bas, et, de plus en plus, la Grèce. C’est dire qu’il y a sur le marché européen une spécificité du mouton français, qui lui assure une clientèle que ne rebutent pas ses prix plus élevés que ceux de la massive production néo-zélandaise.

 

Quelle extensification ?

Autre avantage potentiel : le mouton est un atout majeur pour les zones défavorisées et à handicaps naturels. Certaines, même, n’ont guère d’autre choix. Les perspectives d’extensification et de gestion des espaces naturels lui redonnent une actualité économique. N’entend-on pas redire, à chaque retour de l’été – et donc des incendies de forêt – dans les régions méridionales, qu’un troupeau de moutons équivaut à un Canadair ? Mais là encore il faut compter avec les effets pervers de certains règlements européens. Un tiers des éleveurs de moutons travaille en troupeaux mixtes bovins-ovins. Or les accords de Berlin, qui ont entériné à partir du 1er janvier 2000 la réforme de la Politique agricole commune, ont attribué un soutien à l’extensification de l’élevage bovin basé sur le chargement UGB à l’hectare. La partie bovine du cheptel est comptée et primée, la partie ovine comptée elle aussi pour le calcul du chargement, mais non pour l’accès aux primes. Ces élevages vont donc avoir tout intérêt à se débarrasser très vite de leurs moutons, et le déficit ovin français va s’en trouver encore aggravé. Le risque de quasi-disparition du mouton français n’est donc pas virtuel. Sauf à lui opposer une volonté politique forte, et les moyens concrets de cette politique. Le plan national ovin, estiment les professionnels, ne manifeste ni l’une, ni les autres. n

Georges CHATAIN