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Sil est en agriculture un dossier récurrent,
cest bien celui du mouton. Depuis trente ans se sont succédé
des usines à gaz réglementaires qui ont fait la
preuve de leur inefficacité et parfois de leurs effets
pervers. Il nest pas sûr que le plan national ovin
annoncé fasse mieux.
A lapproche du printemps et de la fête de Pâques,
période traditionnelle de pointe pour la consommation
de mouton, qui trouve à ce moment-là sa pleine
image de viande festive, lambiance ny est pas chez
les éleveurs ovins. Après une brève et très
relative embellie, due voici quelques années à
la baisse de consommation de viande bovine (leffet vache
folle), cest de nouveau le marasme. Depuis des années,
la profession demande, pour cet élevage peu et mal pris
en compte par les règlements européens, une politique
nationale volontariste. Elle a même, lasse de « tirer
la sonnette dalarme » face à la totale indifférence
de Paris et de Bruxelles, commencé à hausser le
ton et de passer à des actions de terrain dans les régions
moutonnières (JA Janvier 2000, P. 20).
Déficit commercial de 2,78 milliards
de F
Le gouvernement vient de répondre enfin, avec lannonce
dun plan national ovin, dont la teneur a été
rendue publique le 14 février par Jean Glavany dans le
Lot.
« Peut-on imaginer une France sans moutons ? »,
se demande en préambule le texte du plan ministériel.
« Clairement non », répond-il aussitôt.
Pourtant, cest bien la question qui est posée au
monde agricole.
Quelques chiffres significatifs. Leffectif du troupeau
ne cesse de décroître, au rythme denviron
1 % par an. En 1999, il est passé sous la barre des 7
millions de têtes. Des 52 000 éleveurs français,
55 % sont âgés de plus de 55 ans. 15 000 exploitations
ont cessé cette production, soit près du quart
(22,5 % précisément, selon la Fédération
nationale ovine). Les abattages, de 1998 à 1999, ont reculé
de 3,2 %. 158 400 animaux en moins. Ce qui, soit dit en passant,
pose des problèmes pas seulement aux seuls agriculteurs,
mais aussi aux salariés des abattoirs, qui se retrouvent
en chômage technique ou en réductions deffectifs.
Enfin cette baisse de production saggrave dune baisse
continue des cours : 27,30 F le kilo-carcasse en 1997, 24,92
en 1998, 24,10 en 1999. Soit une baisse de près de 12
%. Et la commercialisation des sous-produits, la laine et les
peaux, est à tout le mieux une opération blanche
pour léleveur.
Cette production ovine couvre aujourdhui moins de la
moitié de la consommation nationale. Un déficit
qui a coûté à la balance du commerce extérieur
français 2,78 milliards de F.
Cette situation est dautant plus paradoxale que la France,
qui sapprovisionne sur les marchés anglais, irlandais,
néo-zélandais, est elle-même exportatrice
ovine. En viande (11 000 tec, tonnes déquivalent-carcasse)
et en animaux vivants (980 000 bêtes en 1999, un plus de
5,1 % sur 1998). Sa principale cliente est lEspagne, très
demandeuse en agneaux légers : 440 000 têtes en
1999. Viennent ensuite lItalie, les Pays-Bas, et, de plus
en plus, la Grèce. Cest dire quil y a sur
le marché européen une spécificité
du mouton français, qui lui assure une clientèle
que ne rebutent pas ses prix plus élevés que ceux
de la massive production néo-zélandaise.
Quelle extensification ?
Autre avantage potentiel : le mouton est un atout majeur pour
les zones défavorisées et à handicaps naturels.
Certaines, même, nont guère dautre choix.
Les perspectives dextensification et de gestion des espaces
naturels lui redonnent une actualité économique.
Nentend-on pas redire, à chaque retour de lété
et donc des incendies de forêt dans les régions
méridionales, quun troupeau de moutons équivaut
à un Canadair ? Mais là encore il faut compter
avec les effets pervers de certains règlements européens.
Un tiers des éleveurs de moutons travaille en troupeaux
mixtes bovins-ovins. Or les accords de Berlin, qui ont entériné
à partir du 1er janvier 2000 la réforme de la Politique
agricole commune, ont attribué un soutien à lextensification
de lélevage bovin basé sur le chargement
UGB à lhectare. La partie bovine du cheptel est
comptée et primée, la partie ovine comptée
elle aussi pour le calcul du chargement, mais non pour laccès
aux primes. Ces élevages vont donc avoir tout intérêt
à se débarrasser très vite de leurs moutons,
et le déficit ovin français va sen trouver
encore aggravé. Le risque de quasi-disparition du mouton
français nest donc pas virtuel. Sauf à lui
opposer une volonté politique forte, et les moyens concrets
de cette politique. Le plan national ovin, estiment les professionnels,
ne manifeste ni lune, ni les autres. n
Georges CHATAIN
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