N° 548 | MARS 2000

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La famille des effluents s'agrandit

 

Pulvérisateurs et normes de sécurité et d'environnement

 

Machinisme

Les pulvés se mettent aux normes

 

Les pulvérisateurs vont bientôt faire l’objet d’une norme environnementale. Mais les pratiques des agriculteurs feront encore longtemps la différence quant à l’impact de leur pulvé sur l’environnement.

Les pulvérisateurs sont un des maillons les plus sensibles de la chaîne que constitue la protection raisonnée des cultures. la norme européenne « environnement » qui devrait être adoptée cette année donnera des prescriptions pour les pulvérisateurs et les distributeurs d’engrais. Les constructeurs seront libres de s’y conformer ou pas, partiellement ou totalement. Un vendeur de matériel ne pourra donc en aucun cas arguer du caractère obligatoire de la norme pour abuser un client. A l’inverse, un acheteur pourra profiter de la norme pour renforcer ses exigences. Sur un plan financier, l’incidence est loin d’être neutre. « Le prix du pulvérisateur de base qu’est le porté manuel en 12 m est susceptible de passer du simple au double sous le simple effet du respect de la norme, explique Denis Ollivier, ingénieur agro-équipement au sein de Trame et animateur de Phyto-Mieux. Le surcoût va passer dans un treuil nécessaire au réglage de la hauteur de rampe, dans une cuve de rinçage, des anti-goutte performants, etc. Sachant que le pulvérisateur est un matériel que l’on conserve longtemps et que la réglementation est toujours susceptible de se durcir, un choix judicieux peut consister à investir à deux dans un pulvérisateur aux normes, sans grever son budget. »

Mais que les acheteurs récents de pulvérisateurs se rassurent : le projet de norme environnement n’est pas nouveau. Bon nombre de constructeurs ont intégré ses principales disposition dans les matériels.

Une norme peu exigeante avec la dérive

Cette norme ne doit pas laisser penser que le pulvérisateur moyen était jusqu’à présent un engin dangereux pour l’environnement. Dangereux, non, mais perfectible. La précision des volumes pulvérisés et la qualité de répartition, dans le sens longitudinal et transversal, sont assurées depuis longtemps grâce aux régulations et à leur asservissement croissant à la vitesse d’avancement. Grâce aux dispositifs d’amortissement et de stabilisation de rampe. Quant au phénomène de dérive, il n’a que très peu été pris en compte dans la norme, sous l’angle de la hauteur de rampe à régler, pour limiter la prise au vent des jets de pulvérisation. La norme a fait l’impasse sur une solution efficace et peu coûteuse telle que l’utilisation de buses anti- dérive. Mais les utilisateurs font parfois les bons choix sans y être forcés. « Les buses anti-dérive font une percée significative au niveau des achats de pulvérisateurs neufs, estime Michel Morel responsable marketing chez Tecnoma. En ce qui nous concerne, nous livrons quatre jeux de buses sur des porte-buses qui peuvent en recevoir cinq. On constate de plus en plus souvent que, pour un débit donné, les clients optent pour un jeu de buses classiques doublé d’un jeu de buses anti- dérive. En fonction des conditions de traitement, ils passent de l’un à l’autre sans modifier leurs paramètres de pulvérisation. » Certaines études montrent que l’impact de la dérive sur l’environnement est très important. Dans le pire des cas (faible hygrométrie et vent important), c’est jusqu’à 40 à 50 % du volume pulvérisé qui peut être dévié de la cible. La buse anti-dérive constitue le meilleur compromis technico-économique. Mais dans des conditions plus difficiles, les systèmes d’assistance d’air s’avèrent plus efficaces et permettent même de faire des économies de produit. Selon William Florot, responsable marketing chez Hardi, « les utilisateurs de pulvérisateurs Twin Force (à assistance d’air) économisent 16 % de produits phytos. »

Dernière conséquence de la lutte anti-dérive : l’impact sur le salissement du pulvérisateur. Un détail ? Pas si sûr à l’heure où l’on commence à parler d’effluents phytosanitaires, dont feraient partie les eaux de lavage extérieur du pulvérisateur (voir encadré). « C’est un autre bénéfice des buses anti-dérive, qu’il s’agisse de buses basse pression, à pastille de calibrage ou à injection d’air, souligne François Magnier, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture de la Somme. Elles limitent significativement la production d’embruns et par là-même le salissement des rampes et de l’appareil. »

Le problème du fond de cuve

Dans la hiérarchie des problèmes environnementaux liés à l’emploi d’un pulvérisateur, celui du fond de cuve figure en bonne place. Il faut distinguer le fond de cuve généré par une mauvaise appréciation du volume de bouillie requis lors du dernier passage, et les volumes morts inhérents à la conception du pulvérisateur, et impossibles à pulvériser (volumes contenus dans les tuyaux, dans le puisard, etc.). Pour le fond de cuve, c’est à l’opérateur de calculer au minimum en appréciant au mieux la surface restant à traiter. La cuve de rinçage offre une certaine sécurité à cet égard : elle permet de finir le traitement avec une solution diluée, ou bien de reconstituer le mélange au champ.

Ce détournement d’usage de la cuve de rinçage n’est pas complètement satisfaisante. Certes. Mais il faut savoir que la présence d’une cuve de rinçage n’est pas obligatoire en l’état de la réglementation actuelle. Elle figurera néanmoins dans la norme environnement.

Réduire les volumes morts

De leur côté, les constructeurs portent leurs efforts sur la réduction des volumes morts. « La gestion du fond de cuve commence avec le système d’agitation à l’intérieur de la cuve, déclare Jean-Marc Lemaire, directeur commercial chez Rau Agrotechnic. Plus l’agitation sera efficace, plus la concentration de la bouillie sera constante, moins le fond de cuve sera concentré en matière active. Nos efforts portent également sur la forme de cuves. Enfin, la présence d’une vanne d’arrêt de retour en cuve, activée en fin de pulvérisation par commande manuelle ou électrique réduit considérablement les volumes morts. Si l’on fait ensuite un bon usage de la cuve de rinçage, on revient à la ferme avec un pulvérisateur propre, opérationnel pour le traitement suivant. Le respect de cette procédure est non seulement favorable à l’environnement mais il concourt aussi au bon fonctionnement du pulvérisateur et à sa longévité. »

Le rôle de l’opérateur est déterminant

A terme, on peut penser que l’agriculture de précision permettra d’affiner certaines interventions. Mais pour la pulvérisation robotisée, il faudra attendre plus longtemps.La technicité et l’habileté de l’opérateur restent prépondérantes.

Globalement, la situation actuelle est très perfectible. Le pulvérisateur, sa mise en route, son entretien, son nettoyage, manquent de considération de la part de bon nombre d’utilisateurs. Les arguments économiques tels que le rapport entre le budget phytosanitaire annuel et le prix d’un jeu de buses n’ont que très peu d’échos. Les arguments incitatifs tels que le diagnostic volontaire guère plus. Quant à la TGAP, il ne faudrait pas qu’elle dissuade les bonnes volontés et conduise au résultat inverse de celui initialement recherché.

Raphaël Lecocq