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Le pissenlit, une
plante de ressources
Connu pour ses vertus médicales, le pissenlit est
aussi une plante comestible. Accommodé de différentes
façons selon les régions, il devient alors un mets
savoureux.
Cest entre le solstice d'hiver et l'équinoxe,
avant que le printemps se manifeste officiellement dans le calendrier,
qu'apparaissent dans les prairies et sur les pelouses les fleurs
jaunes d'or du pissenlit. Elles disputent à la pâquerette
et au coucou la mission, ou le privilège, d'annoncer la
résurrection de la nature. Avec, sur ces deux fleurs rivales,
un avantage : le pissenlit est depuis la nuit des temps un grand
ami de l'homme. Il l'a aidé à se nourrir et à
se soigner. Il lui offre encore, maintenant que les disettes
ont disparu des sociétés d'opulence, et que la
cueillette des dons spontanés de la nature tend à
devenir un plaisir sophistiqué, quelques régals
rustiques. Et tonifiants : le pissenlit n'est pas seulement,
comme l'indique son nom, un diurétique recommandé
par les herboristes lorsque la corporation existait encore, avant
d'être supprimée, pendant l'occupation nazie, par
le pouvoir du maréchal Pétain, sous la pression,
prétendent les méchantes langues, du lobby des
pharmaciens, qui y voyaient une concurrence à éliminer.
C'est aussi une plante dépurative, stomachique, apéritive,
antiscorbutique, tonifiante, vantée à travers les
siècles par les mages de l'Antiquité, les apothicaires
du Moyen Age, et les homéopathes contemporains. Elle a
même donné son nom à une manière de
cure, la taraxacothéraphie, du vocable grec que les savants
botanistes lui ont attribué.
Mais elle a d'autres vertus, plus savoureuses, celles-là.
Toutes les régions bocagères connaissent la recette
du pissenlit au lard. Elle nécessite des lardons pas trop
gras, qu'il faut laisser rissoler dans la poêle jusqu'à
ce qu'ils aient rendu toute leur graisse, et qu'ils soient croquants
sous la dent. Verser le tout brûlant sur la salade, déglacer
la poêle chaude avec du vinaigre (à l'échalote,
ou à l'un de ces somptueux vinaigres balsamiques qui sont
l'une des spécialités de l'Italie centrale), verser
une seconde fois, et « fatiguer » prestement la salade,
comme on dit en Occitanie.
Des traditions régionales diverses ajoutent à
cette méthode classique quelques variations. En Massif
Central des marrons bouillis. Dans le Sud-Ouest des haricots.
En Bourbonnais des ufs durs ou mollets, et des croûtons
de pain frit. En Périgord, les lardons et leur graisse
sont parfois remplacés par une huile de noix, en Berry
par quelques cuillerées de crème fraîche
mélangées au vinaigre. C'est ce même Berry
qui semble avoir tiré du pissenlit le plus de variations.
Par exemple en le mariant, toujours en salade, avec un reste
(découpé en petits dés) de pot-au-feu de
buf ou de poule, rave et carottes comprises. En le cuisinant
aussi, en le hachant dans une pâte à crêpe
et en faisant cuire dans une poêle à feu très
vif. Enfin en détachant du cur de la plante en étoile
les petites boules vertes qui n'en sont pas encore les fleurs,
et en aromatisant une omelette. Une recette qui demande une patience
extrême, car il faut cueillir beaucoup pour obtenir un
simple verre de ces mêmes bourgeons. Lesquels peuvent aussi
être conservés en condiment au vinaigre, comme des
câpres.
En progressant plus avant dans le bizarre, on trouve aussi
des préparations dont on ne saurait trop dire s'il s'agit
de vieilles recettes oubliées ou d'innovations néo-rurales
portées par la mode bio. Un miel de pissenlit, qui, comme
la confiture de rose, est issu des fleurs cuites à petit
feu dans un sirop de sucre. Un apéritif, obtenu à
partir de la macération des fleurs et du rhizome (la partie
souterraine de la plante qui, comme pour la gentiane, porte l'essentiel
de la forte personnalité de la plante) dans l'alcool,
avec mélange de miel ou de sucre, et bien sûr de
vin, à la manière des préparations ancestrales
à base de bogues de noix verte ou de feuilles de pêcher.
Antoine Menoux |