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Lhoroscope
des arbres
Les tempêtes de décembre ont ravagé un
patrimoine arboré souvent plusieurs fois centenaire. Et
porteur de vieilles traditions humaines.
Le Zodiaque est une invention de pays
sans nuages et sans hivers. Comme le calendrier lunaire :
dans le ciel qui ne bouge pas, et des années sans saisons.
La lune est lélément le plus visiblement
mouvant de la nature et donc le mieux adapté à
mesurer le cycle du temps. Et dès que les premières
civilisations ont cherché à deviner la volonté
des dieux, cest dans les mouvements respectifs de lastre
nocturne et des douze constellations qui ceinturent le ciel au
niveau de léquateur quelles ont essayé
de se prévoir un avenir et lire leur destin individuel
et collectif.
Dans les pays les plus tempérés, au ciel souvent
couvert, aux saisons de plus en plus contrastées, la lecture
des astres devenait problématique. Cest donc sur
terre que les premiers hommes et leurs premiers devins tentèrent
de trouver les signes lisibles des intentions du destin. Ainsi
les peuples celtes, germains et slaves sinventèrent
un horoscope des arbres.
Les enfants nés en hiver étaient évidemment
voués aux conifères, qui restaient verts lorsque
la nature semblait mourir.
Lif en décembre, très révéré
par les Gaulois, donnait la force et la longévité.
Le natif du sapin, en janvier, était de nature entêtée,
optimiste et fidèle ; le pin, en février était
porteur de sagesse et de prudence. En avril le saule conférait
la souplesse et la tolérance. Les arbres tutélaires
des mois chauds étaient les grandes essences nobles des
forêts européennes, le chêne en mai conférait
la puissance et la gloire, le frêne en juin le goût
de la liberté et lindépendance desprit,
lorme en juillet la force de caractère et la plénitude
des capacités, le peuplier en août la générosité
et le sens du concret. Avec lautomne arrivait le temps
des arbres nourriciers, le pommier octroyait en septembre laltruisme
et le respect de la nature, le noisetier en octobre la modestie
et le goût des voluptés, le châtaignier en
novembre la force nourricière et le soutien aux faibles.
Cette idée dun arbre tutélaire a varié
selon les aires climatiques. Lolivier, primordial dans
les sociétés méditerranéennes était
porteur à la fois dharmonie et de générosité ;
le peuplier était quasi sacré pour les peuples
déleveurs semi-nomades dAsie centrale, sans
doute parce que dans ces terres arides il signalait de loin la
présence de leau. Lérable nordique
conférait force et sens de la collectivité aux
natifs de la fin de lété. Les esprits forts
remarqueront que tous ces arbres tutélaires, comme dailleurs
les signes du Zodiaque ne conféraient à leurs natifs
que des vertus positives.Ils en renforceront leur scepticisme
; mais on peut y voir aussi un hommage rendu à la dignité ;
tout humain porte en lui les éléments de sa grandeur
et son salut. Et après tout, il nest pas plus absurde
de croire aux forces telluriques dici-bas quaux constellations
des confins de lunivers.
Ces croyances ont été tôt combattues par
lEglise, en même temps que la vénération
pour les dolmens et les menhirs. Il en reste quelques légendes
régionales, comme celle de ces chênes limousins
qui se mettraient à saigner si on tentait de les couper.
Mais elles ont disparu, contrairement à celles des horoscopes
zodiacaux, qui restent, eux, bien tenaces. Il en reste un rapport
affectif et esthétique entre les ruraux et les beaux arbres
de leur environnement quotidien. Qui explique pourquoi, dans
la tempête qui vient de dévaster les campagnes,
ce nest pas seulement une perte économique qui est
à déplorer mais aussi la destruction dun
patrimoine souvent plusieurs fois centenaire.
Antoine Menoux |