N° 547 | FEVRIER 2000

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 L’horoscope des arbres

Les tempêtes de décembre ont ravagé un patrimoine arboré souvent plusieurs fois centenaire. Et porteur de vieilles traditions humaines.

Le Zodiaque est une invention de pays sans nuages et sans hivers. Comme le calendrier lunaire : dans le ciel qui ne bouge pas, et des années sans saisons. La lune est l’élément le plus visiblement mouvant de la nature et donc le mieux adapté à mesurer le cycle du temps. Et dès que les premières civilisations ont cherché à deviner la volonté des dieux, c’est dans les mouvements respectifs de l’astre nocturne et des douze constellations qui ceinturent le ciel au niveau de l’équateur qu’elles ont essayé de se prévoir un avenir et lire leur destin individuel et collectif.

Dans les pays les plus tempérés, au ciel souvent couvert, aux saisons de plus en plus contrastées, la lecture des astres devenait problématique. C’est donc sur terre que les premiers hommes et leurs premiers devins tentèrent de trouver les signes lisibles des intentions du destin. Ainsi les peuples celtes, germains et slaves s’inventèrent un horoscope des arbres.

Les enfants nés en hiver étaient évidemment voués aux conifères, qui restaient verts lorsque la nature semblait mourir.

L’if en décembre, très révéré par les Gaulois, donnait la force et la longévité. Le natif du sapin, en janvier, était de nature entêtée, optimiste et fidèle ; le pin, en février était porteur de sagesse et de prudence. En avril le saule conférait la souplesse et la tolérance. Les arbres tutélaires des mois chauds étaient les grandes essences nobles des forêts européennes, le chêne en mai conférait la puissance et la gloire, le frêne en juin le goût de la liberté et l’indépendance d’esprit, l’orme en juillet la force de caractère et la plénitude des capacités, le peuplier en août la générosité et le sens du concret. Avec l’automne arrivait le temps des arbres nourriciers, le pommier octroyait en septembre l’altruisme et le respect de la nature, le noisetier en octobre la modestie et le goût des voluptés, le châtaignier en novembre la force nourricière et le soutien aux faibles.

Cette idée d’un arbre tutélaire a varié selon les aires climatiques. L’olivier, primordial dans les sociétés méditerranéennes était porteur à la fois d’harmonie et de générosité ; le peuplier était quasi sacré pour les peuples d’éleveurs semi-nomades d’Asie centrale, sans doute parce que dans ces terres arides il signalait de loin la présence de l’eau. L’érable nordique conférait force et sens de la collectivité aux natifs de la fin de l’été. Les esprits forts remarqueront que tous ces arbres tutélaires, comme d’ailleurs les signes du Zodiaque ne conféraient à leurs natifs que des vertus positives.Ils en renforceront leur scepticisme ; mais on peut y voir aussi un hommage rendu à la dignité ; tout humain porte en lui les éléments de sa grandeur et son salut. Et après tout, il n’est pas plus absurde de croire aux forces telluriques d’ici-bas qu’aux constellations des confins de l’univers.

Ces croyances ont été tôt combattues par l’Eglise, en même temps que la vénération pour les dolmens et les menhirs. Il en reste quelques légendes régionales, comme celle de ces chênes limousins qui se mettraient à saigner si on tentait de les couper. Mais elles ont disparu, contrairement à celles des horoscopes zodiacaux, qui restent, eux, bien tenaces. Il en reste un rapport affectif et esthétique entre les ruraux et les beaux arbres de leur environnement quotidien. Qui explique pourquoi, dans la tempête qui vient de dévaster les campagnes, ce n’est pas seulement une perte économique qui est à déplorer mais aussi la destruction d’un patrimoine souvent plusieurs fois centenaire.

Antoine Menoux