|
Un appui efficace
pour léleveur
Les éleveurs de bovins sont de plus en plus nombreux
à utiliser un chien de troupeau pour le confort de travail,
le gain de temps et la possibilité de travailler en toute
autonomie sans faire appel aux voisins.
Dès que lon goûte
au chien de troupeau, on ne peut plus sen passer »,
estime Jean-Yves Fer, producteur
ovin dans le Finistère et moniteur de dressage agréé
par lInstitut de lélevage. Si les chiens de
conduite troupeau sont historiquement plus familiers aux éleveurs
ovins (dont certains possèdent aussi un autre type de
chiens de travail, pour la protection de leurs troupeaux face
aux prédateurs naturels), aujourdhui ce sont bien
les éleveurs de bovins qui généralisent
lutilisation de ce précieux auxiliaire de travail.
Après une phase dinvestissement de deux ans (achat,
logement nourriture, dressage), le chien de troupeau savère
toujours rentable car il permet de réaliser des gains :
de confort, de temps et de sécurité du travail.
« Majoritairement utilisé en productions ovine
et bovine, les producteurs de volailles ou de porcs ont su aussi
tirer profit de ses qualités pour en faire un collaborateur
efficace », ajoute Robert Rivalain, président
de lABC (Association Border Collie 29), en charge de lorganisation
du championnat de France des chiens de troupeau (Loperec, le
6 août prochain).
Sur un déplacement entre la pâture et létable,
lutilisation du chien permet de gagner dix minutes Dans
une exploitation laitière, cela représente une
économie de quinze à trente minutes par traite.
Elle permet aussi daméliorer son autonomie :
plus besoin de regrouper les voisins ou la famille pour déplacer
les animaux. Un homme et son chien suffisent et sont rapidement
disponibles. Ils sont également moins stressants pour
le troupeau quun groupe de personnes.
La sécurité dans le travail constitue lun
des intérêts principaux du chien de troupeau :
pour léleveur, il est parfois pénible, voire
impossible de courir après un lot de génisses égarées.
Le chien, en quelques minutes regroupe les échappées.
Au moment de la pesée ou du chargement des taurillons
dans un camion, le chien se faufile facilement entre les bêtes
et évite de dangereuses manuvres à lhomme.
Il est également plus facile avec lui de manipuler le
troupeau sur la route.
Soigner la génétique
Première étape :
le choix du chien. Ne font de bons chiens de troupeaux que des
chiens issus de lignées travaillant sur troupeau. Ainsi
les Border-collie, venus dEcosse et apparus en France dans
les années soixante, remportent les suffrages des éleveurs.
Différentes associations assurent sa promotion par la
sélection, le placement de chiots inscrits, les formations
au dressage et lorganisation de concours de démonstration.
Ces clubs assurent également le prix abordable de ces
chiens (environ 1 600 F HT) dune part pour que de
plus en plus déleveurs en disposent, et dautre
part pour éviter lapparition de gros élevages
commerciaux. Parmi les Bergers des Pyrénées (dont
il faut limiter le tempérament aboyeur), les Beaucerons
(également appelé Berger de Beauce ou Bas Rouge)
ou les Briards, certaines lignées présentent aussi
de bonnes aptitudes pour le travail sur troupeaux. Un éleveur
disposant dun chien et désireux de connaître
son éventuelle aptitude au dressage peut démarrer
un dressage : le moniteur pourra ainsi faire un diagnostic
de ses qualités dans des conditions réelles.
Il est plus économique de dresser soi-même son
chien, même sil sagit dun investissement
durant les deux premières années. Car il est difficile
de trouver un chien déjà dressé et cest
souvent coûteux de sen procurer un. On a vu des chiens
payés entre 15 000 et 20 000 F.
Seconde étape : léducation du chiot
qui dure environ huit mois : socialisation, notion de bien
et de mal, propreté, établissement du lien dexclusivité
avec le maître (qui doit aussi établir la dépendance
du chien en lui donnant lui-même la nourriture dans une
gamelle et non en libre-service).
Troisième étape : le dressage proprement
dit. « Dès huit mois, on peut démarrer
le dressage par des actions simples comme larrêt
au bord du troupeau et des ordres de direction », estime
Jean-Yves Fer. Il est donc vivement conseillé de suivre
un stage de dressage. Depuis 1986, lInstitut de lElevage,
avec le ministère de lAgriculture et la Société
centrale canine conduisent des formations suivies chaque année
par 1 500 stagiaires, sur trois à six jours espacés
dun mois pour environ 200 F/journée.
Quatrième étape : lutilisation. Un
chien de troupeau est utilisable à partir de lâge
de deux ans. Sil est convenablement nourri, logé
et utilisé, il pourra rester en activité jusquà
douze ou treize ans.
« Il faut réfléchir à la génétique,
au logement et à la nourriture du chien de troupeau comme
on le fait pour les autres animaux : pour obtenir les meilleurs
résultats, il faut une bonne génétique,
un logement correct (un chenil) et une nourriture adaptée.
Ainsi, le chenil ne doit pas être une prison mais un élément
du bien-être de lanimal et, en même temps,
un élément de son dressage afin détablir
une relation dexclusivité maître - animal.
Cela ne veut pas dire quil faut le priver de jouer avec
les enfants de la famille, mais quil faut rester maître
de ses activités et de son temps. », souligne
Jean-Yves Fer. En nutrition, il faut privilégier léquilibre
alimentaire et adapter le taux protéique au travail fourni :
au moins 25 % de protéines, voire 30 %, et 20 % de matières
grasses pour les chiens destive, sollicités jusquà
huit heures par jour.
Peu de contre-indications au dressage et à lutilisation
dun chien de troupeau : seuls des gens extrêmement
nerveux ou avec un problème de voix ou daptitude
au déplacement pourraient connaître des difficultés.
Pour les autres, les qualités requises sont le sens de
lanimal, le sens de lobservation de son comportement,
la patience et la cohérence dans son propre comportement
et quelques minutes à passer chaque jour avec son animal.
Toutes qualités que les éleveurs possèdent
déjà.
Yanne Boloh |