N° 547 | FEVRIER 2000

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 Un appui efficace pour l’éleveur

 

Les éleveurs de bovins sont de plus en plus nombreux à utiliser un chien de troupeau pour le confort de travail, le gain de temps et la possibilité de travailler en toute autonomie sans faire appel aux voisins.

Dès que l’on goûte au chien de troupeau, on ne peut plus s’en passer », estime Jean-Yves Fer, producteur ovin dans le Finistère et moniteur de dressage agréé par l’Institut de l’élevage. Si les chiens de conduite troupeau sont historiquement plus familiers aux éleveurs ovins (dont certains possèdent aussi un autre type de chiens de travail, pour la protection de leurs troupeaux face aux prédateurs naturels), aujourd’hui ce sont bien les éleveurs de bovins qui généralisent l’utilisation de ce précieux auxiliaire de travail. Après une phase d’investissement de deux ans (achat, logement nourriture, dressage), le chien de troupeau s’avère toujours rentable car il permet de réaliser des gains : de confort, de temps et de sécurité du travail.

« Majoritairement utilisé en productions ovine et bovine, les producteurs de volailles ou de porcs ont su aussi tirer profit de ses qualités pour en faire un collaborateur efficace », ajoute Robert Rivalain, président de l’ABC (Association Border Collie 29), en charge de l’organisation du championnat de France des chiens de troupeau (Loperec, le 6 août prochain).

Sur un déplacement entre la pâture et l’étable, l’utilisation du chien permet de gagner dix minutes Dans une exploitation laitière, cela représente une économie de quinze à trente minutes par traite. Elle permet aussi d’améliorer son autonomie : plus besoin de regrouper les voisins ou la famille pour déplacer les animaux. Un homme et son chien suffisent et sont rapidement disponibles. Ils sont également moins stressants pour le troupeau qu’un groupe de personnes.

La sécurité dans le travail constitue l’un des intérêts principaux du chien de troupeau : pour l’éleveur, il est parfois pénible, voire impossible de courir après un lot de génisses égarées. Le chien, en quelques minutes regroupe les échappées. Au moment de la pesée ou du chargement des taurillons dans un camion, le chien se faufile facilement entre les bêtes et évite de dangereuses manœuvres à l’homme. Il est également plus facile avec lui de manipuler le troupeau sur la route.

Soigner la génétique

Première étape : le choix du chien. Ne font de bons chiens de troupeaux que des chiens issus de lignées travaillant sur troupeau. Ainsi les Border-collie, venus d’Ecosse et apparus en France dans les années soixante, remportent les suffrages des éleveurs. Différentes associations assurent sa promotion par la sélection, le placement de chiots inscrits, les formations au dressage et l’organisation de concours de démonstration. Ces clubs assurent également le prix abordable de ces chiens (environ 1 600 F HT) d’une part pour que de plus en plus d’éleveurs en disposent, et d’autre part pour éviter l’apparition de gros élevages commerciaux. Parmi les Bergers des Pyrénées (dont il faut limiter le tempérament aboyeur), les Beaucerons (également appelé Berger de Beauce ou Bas Rouge) ou les Briards, certaines lignées présentent aussi de bonnes aptitudes pour le travail sur troupeaux. Un éleveur disposant d’un chien et désireux de connaître son éventuelle aptitude au dressage peut démarrer un dressage : le moniteur pourra ainsi faire un diagnostic de ses qualités dans des conditions réelles.

Il est plus économique de dresser soi-même son chien, même s’il s’agit d’un investissement durant les deux premières années. Car il est difficile de trouver un chien déjà dressé et c’est souvent coûteux de s’en procurer un. On a vu des chiens payés entre 15 000 et 20 000 F.

Seconde étape : l’éducation du chiot qui dure environ huit mois : socialisation, notion de bien et de mal, propreté, établissement du lien d’exclusivité avec le maître (qui doit aussi établir la dépendance du chien en lui donnant lui-même la nourriture dans une gamelle et non en libre-service).

Troisième étape : le dressage proprement dit. « Dès huit mois, on peut démarrer le dressage par des actions simples comme l’arrêt au bord du troupeau et des ordres de direction », estime Jean-Yves Fer. Il est donc vivement conseillé de suivre un stage de dressage. Depuis 1986, l’Institut de l’Elevage, avec le ministère de l’Agriculture et la Société centrale canine conduisent des formations suivies chaque année par 1 500 stagiaires, sur trois à six jours espacés d’un mois pour environ 200 F/journée.

Quatrième étape : l’utilisation. Un chien de troupeau est utilisable à partir de l’âge de deux ans. S’il est convenablement nourri, logé et utilisé, il pourra rester en activité jusqu’à douze ou treize ans.

« Il faut réfléchir à la génétique, au logement et à la nourriture du chien de troupeau comme on le fait pour les autres animaux : pour obtenir les meilleurs résultats, il faut une bonne génétique, un logement correct (un chenil) et une nourriture adaptée. Ainsi, le chenil ne doit pas être une prison mais un élément du bien-être de l’animal et, en même temps, un élément de son dressage afin d’établir une relation d’exclusivité maître - animal. Cela ne veut pas dire qu’il faut le priver de jouer avec les enfants de la famille, mais qu’il faut rester maître de ses activités et de son temps. », souligne Jean-Yves Fer. En nutrition, il faut privilégier l’équilibre alimentaire et adapter le taux protéique au travail fourni : au moins 25 % de protéines, voire 30 %, et 20 % de matières grasses pour les chiens d’estive, sollicités jusqu’à huit heures par jour.

Peu de contre-indications au dressage et à l’utilisation d’un chien de troupeau : seuls des gens extrêmement nerveux ou avec un problème de voix ou d’aptitude au déplacement pourraient connaître des difficultés. Pour les autres, les qualités requises sont le sens de l’animal, le sens de l’observation de son comportement, la patience et la cohérence dans son propre comportement et quelques minutes à passer chaque jour avec son animal. Toutes qualités que les éleveurs possèdent déjà.

Yanne Boloh