N° 547 | FEVRIER 2000

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Cinq races de mildiou

 

 

 

 Le mildiou gagne du terrain

 

Redouté des producteurs du Sud-Ouest, le mildiou du tournesol a fait un bond cette année en Poitou-Charentes, il est apparu dans le Sud-Est et sévit désormais aussi dans des régions situées plus au nord comme le Centre, la Vallée de la Loire ou la Bourgogne. Heureusement, il existe des variétés résistantes aux nouvelles races de mildiou.

Le champignon responsable du mildiou du tournesol, Plasmopara helianthi, est observé en France depuis très longtemps. Il a été contrôlé par la sélection génétique au début des années soixante-dix. C’est d’ailleurs l’obtention des premiers hybrides résistants au mildiou qui a permis la culture du tournesol dans notre pays à partir de 1978. Depuis, toutes les variétés inscrites en France sont systématiquement résistantes à cette première race de mildiou qui a été appelée race européenne ou race 1.

Depuis le milieu des années quatre-vingt, de nouvelles races de mildiou ont fait leur apparition : les races A plutôt dans le centre de la France (dans l’Indre notamment), et la race B, dans la moitié sud. Jusqu’à ces dernières années, ces nouvelles races n’avaient entraîné que des attaques ponctuelles et d’intensité assez faible. Pour éviter un développement de ces nouvelles souches de champignon sur le territoire français, le gouvernement avait décidé il y a quelques années, de rendre obligatoire le traitement des semences à base de métalaxyl sur les variétés sensibles.

Mais voilà, depuis 1996, malgré le traitement des semences, de nombreuses parcelles sont touchées par le mildiou. La maladie s’est d’abord déclarée dans le Sud-Ouest, avec des chutes de rendement pouvant aller jusqu’à 80 ou 90 %. Depuis, elle ne cesse de progresser. Malgré le traitement, de nombreuses parcelles ont été touchées. Que s’est-il passé ?

Explosion du mildiou en Poitou-Charentes en 1999

« Entre 1 500 et 2 000 ha ont été concernés en 1999 à plus de 50 % en Poitou-Charentes, estime Jean-Luc Lespinas, responsable de cette région au Cetiom, et le mildiou a atteint entre 5 et 15 % de pieds dans un nombre très important de parcelles ». En 1999, le mildiou a véritablement explosé en Poitou-Charentes mais il a aussi touché d’autres régions. « Cette année, dans le sud Touraine, on a enregistré des attaques très sérieuses, indique Bernard Rioual de l’Union Set. On a noté jusqu’à 40 ou même 50 % de pieds nanifiés ou fortement touchés, dans une même parcelle avec des pertes sur les rendements sans doute très importantes ».

Les symptômes du mildiou sont faciles à repérer. « Très vite après la levée, les feuilles commencent à pâlir, avec l’apparition de décolorations blanches sur leur face inférieure, explique un agriculteur de la Vienne. De nombreuses plantes restent naines ». La maladie se manifeste ensuite par la perte de plantes et la régression de boutons. Des repousses touchées par le mildiou peuvent provoquer la contamination des plantes voisines.

Des souches résistantes au traitement de semences

Plusieurs phénomènes seraient responsables de ce retour du mildiou : « l’apparition de la maladie peut s’expliquer soit par un lessivage du traitement des semences, soit par la présence de souches de mildiou résistantes au métalaxyl », explique Alain Bacqué, chef de produit tournesol chez Rustica Prograin Génétique.

Ce qui caractérise le mildiou est avant tout sa dépendance vis-à-vis de la pluviométrie. « En 1999, les conditions climatiques ont été extrêmement favorables au mildiou dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes, constate Denis Tourvieille, responsable du laboratoire de pathologie tournesol de l’Inra à Clermont-Ferrand. Nous nous attendions à de telles attaques, nous n’avons donc pas été surpris. »

De façon générale, le mildiou se développe dans les parcelles contaminées par des souches résistantes au traitement de semences par le métalaxyl.

Mais dans les parcelles où les souches sont faiblement résistantes au traitement de semences, si au moment du semis le temps est pluvieux, un lessivage de la matière active peut suffire pour permettre au mildiou de s’exprimer.

En fait, le risque mildiou est très élevé si la pluviométrie est importante dans les dix jours qui entourent le semis (5 J. avant et 5 J. après). Les techniciens ont également tous noté une présence plus forte du mildiou dans les zones où le tournesol est cultivé depuis longtemps et revient régulièrement dans la rotation.

Contaminations primaires et secondaires

Dans les parcelles atteintes par la maladie, deux phénomènes se succèdent. Les contaminations primaires qui constituent le risque numéro un entraînent une disparition complète des plantes dès le mois de mai-juin et se traduisent par une perte automatique de rendement. Le deuxième phénomène en jeu est celui des contaminations secondaires : à partir des premières plantes touchées dans la même parcelle ou dans une parcelle voisine. Ces infections sont plus insidieuses. On ne les remarque pas facilement mais elles peuvent aussi provoquer un certain nanisme des plantes, la présence de capitules échaudés ou stériles donc des pertes de rendement. Les contaminations secondaires peuvent produire des graines viables mais porteuses du champignon. En France, les parcelles de production de semences sont suivies de très près, aucune semence ne peut être atteinte par le mildiou. Par contre, dans un pays où les services officiels sont moins vigilants, les semences peuvent véhiculer le champignon de région en région et lorsqu’elles sont exportées, de pays en pays.

Une réponse génétique

« Je considère aujourd’hui le mildiou comme une épée de Damoclès, indique François Limouzin, du service agronomique d’Agralys dans le Centre. Pour lutter contre, nous avons à notre disposition une solution génétique, il ne faut pas hésiter à l’utiliser. »

Les sélectionneurs se sont en effet intéressés très tôt à la résistance au mildiou. De nombreuses variétés sont aujourd’hui résistantes à ces nouvelles formes de mildiou. En convertissant son hybride Albena en Albena RM (comme « Résistant à toutes les races de mildiou »), Rustica Prograin Génétique a donné le coup d’envoi de la reconversion des hybrides inscrits au catalogue officiel. Le semencier n’a pas été le seul à mener cette démarche, Semences Cargill, devenu aujourd’hui Dekalb, propose une version résistante au mildiou de ses principales variétés. Novartis, Force Limagrain, Maïsadour, Ragt, Pau Semences, Caussade… ont fait de même. Dans tous les groupes de précocité, des variétés résistantes ont été inscrites. Pour les semis 2000, les semenciers estiment que des semences sont disponibles pour couvrir les deux tiers du marché.

Des variétés résistantes sans traitement de semences

Denis Tourvieille conseille aux agriculteurs d’utiliser cette année des variétés résistantes à toutes les races de mildiou. Il leur conseille aussi de ne plus utiliser de semences traitées au métalaxyl. « Il faut bien comprendre que l’apparition de souches résistantes au métalaxyl est due à l’utilisation systématique depuis quelques années du métalaxyl, explique-t-il. C’est une matière active qui agit sur un seul site et qui dit « unisite », dit un jour ou l’autre contournement par les champignons. Le métalaxyl est actuellement le seul fongicide efficace contre le mildiou, il faut absolument le préserver pour pouvoir l’utiliser à nouveau le jour où une nouvelle race de la maladie fera son apparition ».

Avec les nouvelles races de mildiou, le phénomène est allé très vite : en moins de six ans, toutes les zones importantes de production du tournesol en France ont été touchées par les résistances au métalaxyl. C’est parce que la pression de la matière active a été très forte, et elle a été très forte parce que l’on a employé du métalaxyl partout. « Aujourd’hui, la génétique nous a apporté une solution, nous avons à notre disposition des variétés résistantes à toutes les races de mildiou, il faut les utiliser et cesser de traiter les semences au métalaxyl, ajoute le chercheur. Il faut aussi noter que le métalaxyl n’est efficace que sur les contaminations primaires alors que la résistance des variétés RM est efficace sur toutes les attaques de mildiou même les plus tardives ».

Béatrice Carlier