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Le mildiou
gagne du terrain
Redouté des producteurs du Sud-Ouest, le mildiou du
tournesol a fait un bond cette année en Poitou-Charentes,
il est apparu dans le Sud-Est et sévit désormais
aussi dans des régions situées plus au nord comme
le Centre, la Vallée de la Loire ou la Bourgogne. Heureusement,
il existe des variétés résistantes aux nouvelles
races de mildiou.
Le champignon responsable du mildiou
du tournesol, Plasmopara helianthi, est observé
en France depuis très longtemps. Il a été
contrôlé par la sélection génétique
au début des années soixante-dix. Cest dailleurs
lobtention des premiers hybrides résistants au mildiou
qui a permis la culture du tournesol dans notre pays à
partir de 1978. Depuis, toutes les variétés inscrites
en France sont systématiquement résistantes à
cette première race de mildiou qui a été
appelée race européenne ou race 1.
Depuis le milieu des années quatre-vingt, de nouvelles
races de mildiou ont fait leur apparition : les races A
plutôt dans le centre de la France (dans lIndre notamment),
et la race B, dans la moitié sud. Jusquà
ces dernières années, ces nouvelles races navaient
entraîné que des attaques ponctuelles et dintensité
assez faible. Pour éviter un développement de ces
nouvelles souches de champignon sur le territoire français,
le gouvernement avait décidé il y a quelques années,
de rendre obligatoire le traitement des semences à base
de métalaxyl sur les variétés sensibles.
Mais voilà, depuis 1996, malgré le traitement
des semences, de nombreuses parcelles sont touchées par
le mildiou. La maladie sest dabord déclarée
dans le Sud-Ouest, avec des chutes de rendement pouvant aller
jusquà 80 ou 90 %. Depuis, elle ne cesse de progresser.
Malgré le traitement, de nombreuses parcelles ont été
touchées. Que sest-il passé ?
Explosion du mildiou en Poitou-Charentes
en 1999
« Entre 1 500 et 2 000 ha ont été
concernés en 1999 à plus de 50 % en Poitou-Charentes,
estime Jean-Luc Lespinas, responsable de cette région
au Cetiom, et le mildiou a atteint entre 5 et 15 % de pieds
dans un nombre très important de parcelles ». En
1999, le mildiou a véritablement explosé en Poitou-Charentes
mais il a aussi touché dautres régions. «
Cette année, dans le sud Touraine, on a enregistré
des attaques très sérieuses, indique Bernard
Rioual de lUnion Set. On a noté jusquà
40 ou même 50 % de pieds nanifiés ou fortement touchés,
dans une même parcelle avec des pertes sur les rendements
sans doute très importantes ».
Les symptômes du mildiou sont faciles à repérer.
« Très vite après la levée, les feuilles
commencent à pâlir, avec lapparition de décolorations
blanches sur leur face inférieure, explique un agriculteur
de la Vienne. De nombreuses plantes restent naines ».
La maladie se manifeste ensuite par la perte de plantes et
la régression de boutons. Des repousses touchées
par le mildiou peuvent provoquer la contamination des plantes
voisines.
Des souches résistantes au traitement
de semences
Plusieurs phénomènes seraient responsables de
ce retour du mildiou : « lapparition de la
maladie peut sexpliquer soit par un lessivage du traitement
des semences, soit par la présence de souches de mildiou
résistantes au métalaxyl », explique
Alain Bacqué, chef de produit tournesol chez Rustica Prograin
Génétique.
Ce qui caractérise le mildiou est avant tout sa dépendance
vis-à-vis de la pluviométrie. « En 1999,
les conditions climatiques ont été extrêmement
favorables au mildiou dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes,
constate Denis Tourvieille, responsable du laboratoire de
pathologie tournesol de lInra à Clermont-Ferrand.
Nous nous attendions à de telles attaques, nous navons
donc pas été surpris. »
De façon générale, le mildiou se développe
dans les parcelles contaminées par des souches résistantes
au traitement de semences par le métalaxyl.
Mais dans les parcelles où les souches sont faiblement
résistantes au traitement de semences, si au moment du
semis le temps est pluvieux, un lessivage de la matière
active peut suffire pour permettre au mildiou de sexprimer.
En fait, le risque mildiou est très élevé
si la pluviométrie est importante dans les dix jours qui
entourent le semis (5 J. avant et 5 J. après). Les techniciens
ont également tous noté une présence plus
forte du mildiou dans les zones où le tournesol est cultivé
depuis longtemps et revient régulièrement dans
la rotation.
Contaminations primaires et secondaires
Dans les parcelles atteintes par la
maladie, deux phénomènes se succèdent. Les
contaminations primaires qui constituent le risque numéro
un entraînent une disparition complète des plantes
dès le mois de mai-juin et se traduisent par une perte
automatique de rendement. Le deuxième phénomène
en jeu est celui des contaminations secondaires : à
partir des premières plantes touchées dans la même
parcelle ou dans une parcelle voisine. Ces infections sont plus
insidieuses. On ne les remarque pas facilement mais elles peuvent
aussi provoquer un certain nanisme des plantes, la présence
de capitules échaudés ou stériles donc des
pertes de rendement. Les contaminations secondaires peuvent produire
des graines viables mais porteuses du champignon. En France,
les parcelles de production de semences sont suivies de très
près, aucune semence ne peut être atteinte par le
mildiou. Par contre, dans un pays où les services officiels
sont moins vigilants, les semences peuvent véhiculer le
champignon de région en région et lorsquelles
sont exportées, de pays en pays.
Une réponse génétique
« Je considère aujourdhui le mildiou
comme une épée de Damoclès, indique
François Limouzin, du service agronomique dAgralys
dans le Centre. Pour lutter contre, nous avons à notre
disposition une solution génétique, il ne faut
pas hésiter à lutiliser. »
Les sélectionneurs se sont en effet intéressés
très tôt à la résistance au mildiou.
De nombreuses variétés sont aujourdhui résistantes
à ces nouvelles formes de mildiou. En convertissant son
hybride Albena en Albena RM (comme « Résistant
à toutes les races de mildiou »), Rustica Prograin
Génétique a donné le coup denvoi de
la reconversion des hybrides inscrits au catalogue officiel.
Le semencier na pas été le seul à
mener cette démarche, Semences Cargill, devenu aujourdhui
Dekalb, propose une version résistante au mildiou de ses
principales variétés. Novartis, Force Limagrain,
Maïsadour, Ragt, Pau Semences, Caussade
ont fait de
même. Dans tous les groupes de précocité,
des variétés résistantes ont été
inscrites. Pour les semis 2000, les semenciers estiment que des
semences sont disponibles pour couvrir les deux tiers du marché.
Des variétés résistantes
sans traitement de semences
Denis Tourvieille conseille aux agriculteurs dutiliser
cette année des variétés résistantes
à toutes les races de mildiou. Il leur conseille aussi
de ne plus utiliser de semences traitées au métalaxyl.
« Il faut bien comprendre que lapparition de souches
résistantes au métalaxyl est due à lutilisation
systématique depuis quelques années du métalaxyl,
explique-t-il. Cest une matière active qui
agit sur un seul site et qui dit « unisite », dit
un jour ou lautre contournement par les champignons. Le
métalaxyl est actuellement le seul fongicide efficace
contre le mildiou, il faut absolument le préserver pour
pouvoir lutiliser à nouveau le jour où une
nouvelle race de la maladie fera son apparition ».
Avec les nouvelles races de mildiou, le phénomène
est allé très vite : en moins de six ans,
toutes les zones importantes de production du tournesol en France
ont été touchées par les résistances
au métalaxyl. Cest parce que la pression de la matière
active a été très forte, et elle a été
très forte parce que lon a employé du métalaxyl
partout. « Aujourdhui, la génétique
nous a apporté une solution, nous avons à notre
disposition des variétés résistantes à
toutes les races de mildiou, il faut les utiliser et cesser de
traiter les semences au métalaxyl, ajoute le chercheur.
Il faut aussi noter que le métalaxyl nest efficace
que sur les contaminations primaires alors que la résistance
des variétés RM est efficace sur toutes les attaques
de mildiou même les plus tardives ».
Béatrice Carlier |