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La solarisation
une technique prometeuse
La solarisation consiste à renvoyer vers la vigne
la lumière du soleil arrivant au sol, grâce à
un revêtement réfléchissant. Des raisins
de table d'une meilleure qualité gustative et des vins
différents en sont les effets. Certains vignobles testent
l'intérêt de cette nouvelle technique.
Le soleil, apportant lumière
et chaleur, est parmi les éléments nécessaires
à l'élaboration d'un bon raisin. Mais que se passerait-il
si la plante recevait un surplus d'énergie solaire ?
C'est la question que se sont posé des chercheurs de l'Inra.
Des expérimentations quils ont réalisées
est née une nouvelle technique, la solarisation, qui donne
des résultats des plus intéressants. Elle consiste
à placer au pied des vignes un revêtement réfléchissant,
renvoyant ainsi vers la plante la lumière arrivant au
sol. Il faut noter que cela n'a rien en commun avec une autre
technique, également nommée solarisation, utilisée
en cultures maraîchères. Cette dernière technique
consiste à chauffer le sol avec une bâche de plastique
transparente, afin d'assainir la terre avant la plantation. Les
principes en sont donc totalement différents, ainsi que
les effets.
La solarisation de la vigne par un revêtement réfléchissant
amène d'une façon générale une augmentation
du rendement et une amélioration de la qualité
du raisin. Concernant le premier point, c'est une augmentation
du poids et de la taille des baies qui est notée. Du point
de vue de la qualité, les résultats sont beaucoup
plus faciles à appréhender sur le raisin de table
que sur le vin, puisque le fruit ne subit pas la vinification.
Marc Chovelon, ingénieur à la station expérimentale
de la Tapy (Vaucluse), commente les résultats obtenus :
« Nous faisons des expérimentations depuis trois
ans sur deux variétés, l'une rouge, l'autre blanche :
muscat de Hambourg et Italia. Nous avons remarqué d'une
façon générale une avancée de la
maturité, une coloration plus marquée et plus homogène
des raisins et des déchets de vendange moindres. »
Par ailleurs, François-Xavier Sauvage, ingénieur
à l'Inra, a organisé les dégustations de
ces raisins. Celles-ci révèlent une nette amélioration
de la qualité gustative des raisins « solarisés
». Les analyses en laboratoire confirment que les fruits
solarisés ont une tendance à être plus colorés,
et à contenir moins d'acidité, plus de sucres et
d'arômes.
Une typicité des vins renforcée
Pour le raisin de cuve, il est plus
délicat après la vinification d'apprécier
la différence entre un vin issu d'une vigne solarisée
et un vin issu d'une vigne non solarisée. Jean-Pierre
Robin, chercheur à l'Institut des produits de la Vigne
de l'Inra de Montpellier et « père »
de la solarisation, présente les résultats :
« dans la majorité des cas, les vins «
solarisés » sont jugés différents
des vins non « solarisés » et sont souvent
mieux notés. La couleur des vins rouges présente
des nuances plus mauves et la typicité liée au
cépage apparaît généralement renforcée
». Les expérimentations ayant donné lieu
à ces résultats ont été réalisées
sur divers cépages, différentes parcelles et dans
différentes conditions culturales. Toutefois, devant la
multiplicité des cépages, des terroirs et des conduites,
on ne peut savoir à l'avance si la solarisation apportera
un plus ou non. La méthode est donc à tester au
cas par cas. Comment expliquer les effets de la solarisation ?
Jean-Pierre Robin répond : « la surface
de feuilles exposées à la lumière étant
augmentée, la photosynthèse dans la plante est
plus importante. Il en résulte notamment une augmentation
de la teneur en sucre et en azote soluble total ». Outre
ces aspects quantitatifs et qualitatifs, des effets secondaires
ont été notés. En particulier, il y aurait
une tendance à l'augmentation de la résistance
de la vigne vis-à-vis du botrytis. Cela reste à
confirmer.
Mais, pour que le revêtement réfléchissant
remplisse sa fonction, il faut bien évidemment qu'il soit
exposé au soleil ! A sa pose, un certain nombre de
paramètres doivent être pris en compte. Hauteur
des souches, espacement entre les rangs et orientation des rangs
(nord-sud ou est-ouest) sont autant de données qui vont
déterminer la durée d'insolation du revêtement
au cours de la journée. Il faut donc faire en sorte qu'il
soit le plus longtemps exposé au soleil.
Un autre point important est la nature de ce revêtement.
Si les premiers essais de l'Inra en 1991 utilisaient un simple
film d'aluminium collé sur du polystyrène (acheté
en magasin de bricolage), il a ensuite bien évolué.
C'est un revêtement réalisé par la société
Texinov SA (spécialisée dans les géo et
agro-textiles) qui est maintenant utilisé. Il a bien évidemment
fait l'objet d'un dépôt de brevet et son nom est
le Vitexsol®, Vi pour vigne, Tex pour textile, et Sol pour
sol et soleil. Il est constitué d'un tissage de fines
lamelles d'aluminium protégées par un film transparent,
cousues de fils en polypropylène.
Solide et résistant
Un tissage particulier en fait un tissu
multi-facettes, qui donne une réflexion multi-directionnelle
de la lumière. Solide, résistant à l'oxydation
et perméable, le Vitexsol®, s'il est bien traité,
peut être utilisé pendant environ 4 ans. D'une largeur
de 50 cm ou 1 m, le revêtement est posé le long
des rangs, de part et d'autre des pieds de vigne. Mis en place
entre la nouaison et la véraison, il est retiré
après la récolte. Ces opérations sont pour
l'instant manuelle mais des systèmes d'automatisation
seraient envisageables si la technique devait se développer.
Une fois posé, le revêtement reste au sol pendant
plusieurs mois, mais il ne gêne pas la conduite normale
de la vigne. Résistant, il ne craint pas le passage du
tracteur. Il est cependant conseillé d'éviter de
rouler dessus après la pluie, car l'enfoncement des roues
dans la terre mouillée pourrait provoquer son déchirement.
Perméable, l'eau et les particules entraînées
par la pluie passent au travers du maillage. Dans certains cas,
il s'est même avéré que la présence
du revêtement avait empêché l'érosion
du sol lors de pluies violentes. La technique n'ayant pas encore
été testée sur des terrains en pente, on
ne sait si des problèmes liés à l'écoulement
des eaux pourraient se présenter dans ce cas.
D'un coût relativement élevé puisqu'encore
au stade du prototype, la solarisation intéresse cependant
les professionnels. Plusieurs vignobles font actuellement des
essais, et le Vitexsol® pourrait bientôt briller aux
quatre coins de France. En expérimentation sur des arbres
fruitiers, il pourrait également gagner les vergers. C'est
donc une affaire à suivre dans les champs. Et du côté
des laboratoires, le travail continue aussi. Les études
en cours portent sur la couleur du revêtement réfléchissant.
En effet, la plante possède des photorécepteurs,
qui sont comme des « yeux », qui détectent
les couleurs et vont agir sur le fonctionnement de la plante.
D'après les premières expérimentations,
le raisin obtenu sur une plante illuminée de rouge est
plus intéressant que s'il s'agit de vert ou de bleu. Tous
les résultats liés à la solarisation soulignent
l'influence de la quantité et de qualité de la
lumière réfléchie par la surface du sol,
sur la qualité du raisin. Les propriétés
optiques des sols sont par conséquent à considérer
comme des paramètres importants dans les explications
de « l'effet terroir ».
Il est intéressant de noter au passage que cette application
très concrète est née de recherches menées
à l'origine dans un but fondamental. « Nous étudions
l'impact de l'environnement sur les processus biologiques de
la plante impliqués dans la qualité du raisin.
C'est en partie cette qualité qui préside à
celle du vin qui sera finalement élaboré »,
rappelle Jean-Pierre Robin.
Mériam Espuna |