N° 547 | FEVRIER 2000

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Etats-Unis

L’agriculture familiale se rebiffe

Les exploitations familiales traditionnelles ont refusé de donner un nouveau mandat à leur président, sanctionnant l’échec du modèle américain d’agriculture industrielle ultralibérale incarné par le Fair Act.

Dean Kleckner, président de l’American Farm Bureau, le plus gros syndicat agricole américain, n’a pas été réélu lors de la dernière convention annuelle en janvier. C’est une première dans l’histoire récente de ce syndicat, qui comprend plusieurs millions d’adhérents, pour l’essentiel des exploitants familiaux de taille moyenne (de 250 à 500 ha). Ils ont sanctionné le décalage entre le discours officiel ultralibéral de l’organisation (qu’on a entendu à Seattle) et les préoccupations de la base, qui ressemblent singulièrement à celles des européens : concentration de l’agri- business et de ses services (transports ferroviaires et fluviaux), écrasement des marges, course à la productivité associée à la baisse des prix, transformation des agriculteurs en « serf de la terre » – expression du ministre américain de l’Agriculture – par le développement de la contractualisation et de l’intégration.

On assiste à une « dualisation » croissante de l’agriculture américaine : d’un côté une majorité de petites fermes (la moitié ont un chiffre d’affaires agricole de moins de 65 000 F et ne pèsent que 2 % des livraisons totales), de l’autre 70 000 fermes (4 % du total) qui ont des recettes de plus de 3,2 millions de F (soit 57 % du total). Cette industrialisation touche l’agro-fourniture et l’agroalimentaire : les quatre premières firmes contrôlaient en 1997 25 % de la capacité de stockage de grain, 54 % de l’abattage de porc (contre 34 % en 1980) et 80 % de l’abattage de bœuf (contre 36 % en 1980) ! Le secteur coopératif n’échappe pas à la concentration. On est passé de 2 072 coopératives laitières en 1950 à 230 en 1998. Les quatre plus grosses totalisent 39 % du lait collecté aux Etats-Unis. La plus grande d’entre elles, Dairy Farmers of America, représente 23 % de la collecte totale, soit 16,3 millions de t.

De nombreux agriculteurs sentent leurs coopératives leur échapper à mesure qu’elles grandissent et adoptent les pratiques des entreprises du privé. Ainsi, des agriculteurs du Minnesota se sont-ils récemment opposé à la fusion de leur coopérative avec une autre du Middle West. L’ensemble aurait constitué un poids lourd coopératif de 115 milliards de F.

Cette industrialisation se traduit par l’apparition d’ateliers géants (en 1998, 1900 exploitations de plus de 5 000 porcs ont représenté 42 % de la production porcine) et d’une intégration accrue des agriculteurs dans une vaste chaîne agro-alimentaire. Les zones rurales américaines, où vivent un cinquième des Américains, s’en trouvent fortement fragilisées.

La gravité de la situation des farmers a conduit le gouvernement à débloquer une aide exceptionnelle de 56,5 milliards de F en 1999, qui s’ajoute aux 33 milliards d’aides directes au revenu prévues par le Fair Act (la « pac » américaine). En outre, les loan deficiency payments, aides au volumes produits – que l’Union européenne considère comme des subventions à l’exportation déguisées – ont bondi de 11,7 milliards de F en 1998 à 43,5 milliards en 1999. Au total, en 1999, les agriculteurs américains ont reçu 148 milliards de F d’aides directes, soit le double de 1998 et le triple des années antérieures : on est loin des 50 milliards de F prévus initialement par le Fair Act. Présenté au monde comme un modèle de politique agricole, dont l’ultime finalité devait être la baisse des aides agricoles, le Fair Act s’est avéré en fin de compte comme un échec patent des années Clinton.

(source Agri US Analyse, Euroconsultants)