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Etats-Unis
Lagriculture
familiale se rebiffe
Les exploitations familiales traditionnelles
ont refusé de donner un nouveau mandat à leur président,
sanctionnant léchec du modèle américain
dagriculture industrielle ultralibérale incarné
par le Fair Act.
Dean Kleckner, président de lAmerican
Farm Bureau, le plus gros syndicat agricole américain,
na pas été réélu lors de la
dernière convention annuelle en janvier. Cest une
première dans lhistoire récente de ce syndicat,
qui comprend plusieurs millions dadhérents, pour
lessentiel des exploitants familiaux de taille moyenne
(de 250 à 500 ha). Ils ont sanctionné le décalage
entre le discours officiel ultralibéral de lorganisation
(quon a entendu à Seattle) et les préoccupations
de la base, qui ressemblent singulièrement à celles
des européens : concentration de lagri- business
et de ses services (transports ferroviaires et fluviaux), écrasement
des marges, course à la productivité associée
à la baisse des prix, transformation des agriculteurs
en « serf de la terre » expression du ministre
américain de lAgriculture par le développement
de la contractualisation et de lintégration.
On assiste à une « dualisation » croissante
de lagriculture américaine : dun côté
une majorité de petites fermes (la moitié ont un
chiffre daffaires agricole de moins de 65 000 F et
ne pèsent que 2 % des livraisons totales), de lautre
70 000 fermes (4 % du total) qui ont des recettes de plus
de 3,2 millions de F (soit 57 % du total). Cette industrialisation
touche lagro-fourniture et lagroalimentaire :
les quatre premières firmes contrôlaient en 1997
25 % de la capacité de stockage de grain, 54 % de labattage
de porc (contre 34 % en 1980) et 80 % de labattage de buf
(contre 36 % en 1980) ! Le secteur coopératif néchappe
pas à la concentration. On est passé de 2 072
coopératives laitières en 1950 à 230 en
1998. Les quatre plus grosses totalisent 39 % du lait collecté
aux Etats-Unis. La plus grande dentre elles, Dairy Farmers
of America, représente 23 % de la collecte totale, soit
16,3 millions de t.
De nombreux agriculteurs sentent leurs coopératives
leur échapper à mesure quelles grandissent
et adoptent les pratiques des entreprises du privé. Ainsi,
des agriculteurs du Minnesota se sont-ils récemment opposé
à la fusion de leur coopérative avec une autre
du Middle West. Lensemble aurait constitué un poids
lourd coopératif de 115 milliards de F.
Cette industrialisation se traduit par lapparition dateliers
géants (en 1998, 1900 exploitations de plus de 5 000
porcs ont représenté 42 % de la production porcine)
et dune intégration accrue des agriculteurs dans
une vaste chaîne agro-alimentaire. Les zones rurales américaines,
où vivent un cinquième des Américains, sen
trouvent fortement fragilisées.
La gravité de la situation des farmers a conduit le
gouvernement à débloquer une aide exceptionnelle
de 56,5 milliards de F en 1999, qui sajoute aux 33 milliards
daides directes au revenu prévues par le Fair Act
(la « pac » américaine). En outre, les loan
deficiency payments, aides au volumes produits que
lUnion européenne considère comme des subventions
à lexportation déguisées ont
bondi de 11,7 milliards de F en 1998 à 43,5 milliards
en 1999. Au total, en 1999, les agriculteurs américains
ont reçu 148 milliards de F daides directes, soit
le double de 1998 et le triple des années antérieures :
on est loin des 50 milliards de F prévus initialement
par le Fair Act. Présenté au monde comme un modèle
de politique agricole, dont lultime finalité devait
être la baisse des aides agricoles, le Fair Act sest
avéré en fin de compte comme un échec patent
des années Clinton.
(source Agri US Analyse, Euroconsultants) |