N° 547 | FEVRIER 2000

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Les propositions du Ceja

Questions à Philippe Appeltans (Belgique)

 

 

 

Séminaire Ceja sur l’installation

Une politique européenne reste à bâtir

Il reste beaucoup à faire pour que l’installation soit une véritable politique européenne. Au séminaire de Cahors, les travaux ont permis d’avancer des pistes d’action.

En tenant leur séminaire sur l’installation à Cahors (du 20 au 23 janvier), les jeunes du Centre européen des jeunes agriculteurs (Ceja), accueillis par le CDJA du Lot, étaient en terrain conquis. La région Midi-Pyrénées mène en effet depuis cinq ans une politique volontariste qui a permis de passer de 612 installations aidées en 1994 à 827 en 1998. Marianne Dutoit, présidente du CRJA, a expliqué le dispositif très complet de la région à une centaine de jeunes agriculteurs européens venus de tous les pays de l’Union européenne, et même au-delà : le séminaire du Ceja a accueilli des délégations de République tchèque, de Pologne, de Hongrie et de Chypre. Force est de constater que la prise de conscience de l’importance de la relève des générations n’est pas la même dans tous les pays. La France fait d’ailleurs figure d’exception par l’ampleur de sa politique d’installation – illustrée par des intervenants des Safer, du Cnasea, du Crédit agricole, du ministère de l’Agriculture, etc. –, et par son efficacité : 97 % de taux de réussite des installations après dix ans. Ce dispositif a impressionné les participants, mais nombre d’entre eux considèrent l’installation des jeunes comme une conséquence de la politique agricole plutôt qu’une fin en soi. De fait, au-delà de la politique d’installation en tant que telle, les débats ont surtout porté sur les freins à l’installation qui sont le point commun à tous les pays : la formation des jeunes, l’accès au foncier et les droits à produire. Animée par Eric Trochon et Jérôme Despey, administrateurs du CNJA, une table ronde consacrée à la formation a montré que globalement, les jeunes de l’UE avaient aujourd’hui un bon bagage, mais que l’articulation avec l’installation faisait souvent défaut. C’est pourquoi de nombreuses questions ont porté sur le stage six mois, initiative spécifique à la France, qui permet au jeune de mûrir son projet d’installation en se confrontant à un contexte agricole radicalement différent.

Quant à la seconde table ronde, consacrée aux droits à produire, elle a montré à quel point les situations étaient variables d’un pays à l’autre. A côté d’une France où les droits ne sont pas marchands et restent administrés, les Pays-Bas ont fait le choix inverse. Comme le constate un interlocuteur néerlandais, « il y a d’un côté les entreprises qui peuvent acquérir les droits et se développent très bien ; de l’autre celles pour qui les droits sont trop chers et qui décrochent. Ainsi, 25 % des agriculteurs néerlandais vivent aujourd’hui au-dessous du seuil de pauvreté. Et pour ceux qui sont non agriculteurs, il est quasiment impossible d’acquérir des droits et donc de s’installer ». Les droits à produire marchands sont donc devenus un réel problème, « qui finit par créer des distorsions agricoles insupportables dans un marché unique », a constaté un participant grec.

Pascal Coste a aussi apporté sa contribution au débat en proposant d’étendre les aides à l’installation à tous les secteurs car « la politique de l’installation ne peut être confondue avec une politique de maîtrise de la production ». Il en a appelé à « une politique européenne de droits à produire non marchands, déliés du foncier » et à la « nécessité de renforcer les organisations comme le Ceja pour que les jeunes pèsent au niveau européen ». Une transition toute faite pour Arnold Puech d’Alissac, président du Ceja, qui, en synthèse des travaux, a dressé ce qui pourrait constituer un jour l’ébauche d’une vraie politique pour le renouvellement des exploitations agricoles dans l’Union. L’Europe de l’installation est peut-être née à Cahors.