N° 547 | FEVRIER 2000

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 Jean-Luc Duval
vice-président du CNJA

 

Les relations avec la distribution,un vrai travail syndical

 

A fixer des rendez-vous longtemps à l’avance, on court le risque de décevoir les invités et, plus encore, d’offenser ceux qui découvrent au dernier moment qu’ils ne le sont pas ! C’est ce qui vient d’arriver aux pouvoirs publics lors de la tenue des Assises de la distribution et du commerce.

A peine consultés pour préparer ces Assises, nous n’avons appris qu’en recevant les cartons d’invitation que nous n’étions carrément pas prévus au programme. Inacceptable ! surtout quand on a été les premiers à réclamer une vraie mise à plat des relations producteurs – distributeurs et producteurs – transformateurs. La réaction du CNJA se devait d’être vive, et de frapper les esprits.

D’où notre position prise à la veille de ces Assises : dressant le constat d’un abus de position dominante de la part de l’aval agroalimentaire, le CNJA réclame :

• L’abolition pure et simple des ristournes ;

• Le contrôle des pratiques de coopération commerciale dont les abus doivent être rendus pénalement sanctionnables ;

• Un moratoire sur l’extension des GMS ;

• L’encadrement de leurs marges, afin de mettre un terme aux écarts exorbitants que l’on constate régulièrement entre prix payé au producteur et prix à la consommation, notamment sur les produits frais.

D’où, également, la facture envoyée à chaque enseigne de grande distribution : d’un montant total de plus de seize milliards de francs, elle ne représentait jamais que 5,5 % du CA alimentaire cumulé de toutes les enseignes de grande distribution… pourcentage de chiffre d’affaires régulièrement appliqué par ces mêmes enseignes pour déterminer le montant des ristournes qu’elles arrachent à leurs fournisseurs.

Cette pression syndicale est en train de payer. Il semble que le gouvernement, après avoir fait preuve d’un amateurisme consternant dans la préparation des Assises, ait pris conscience du rôle que peuvent, et que veulent jouer les agriculteurs dans la tenue de ce débat qui nous concerne au premier chef. Lionel Jospin a, dans ses annonces, largement repris ce que la profession proposait.

Mais comme le dit l’adage, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, et nous devons rester vigilants. Le Premier ministre doit savoir qu’il est attendu au tournant.

Pour se faire entendre, il faut décidément, parfois, monter le ton. Mais pour réfléchir et pour travailler efficacement, il est plus utile de se concentrer sereinement. Il y a un temps pour tout. Les entreprises de l’aval agroalimentaire doivent savoir que notre volonté n’est pas de les traîner dans la boue à qui mieux mieux : ne versons pas dans cette démagogie que nous reprochons si souvent à ceux qui nous gouvernent.

Maintenant que ces laborieuses Assises sont passées, veillons à ce que les relations entre les maillons de la filière soient assainies durablement en faisant jouer à l’Etat tout son rôle, mais rien que son rôle.

Je le rappelle : nous n’attendrons pas tout de l’Etat, loin de là. C’est, du reste, pour cette raison que nous poursuivons notre travail engagé dans le cadre de Terre Attitude, lieu de rencontre inédit entre des acteurs qui ont plutôt l’habitude de ne pas se comprendre et de diverger dans leurs approches. Sachons travailler pour le long terme : l’avenir de notre métier passe par celui de toute la chaîne dont nous ne sommes que l’un des maillons, même si, à bien des égards, c’est le maillon principal.

P.-S. : à ce jour, aucune enseigne ne nous a réglé la facture que nous lui avons fait parvenir…