N° 546 | JANVIER 2000

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Calculez votre taux de charge

 

 

 

L’achat de matériel agricole (1)

Les vraies questions à se poser

Avant d’en arriver au choix du matériel et de ses caractéristiques techniques, l’agriculteur qui envisage un achat important doit analyser la situation de son exploitation et évaluer ses besoins réels. Nous entamons aujourd’hui une série de rendez-vous pratiques qui vous accompagneront tout au long de votre parcours de mécanisation.

«Et si c’était le moment de changer mon tracteur ou ma moissonneuse batteuse ? ». A cette question récurrente à laquelle ils sont confrontés quotidiennement, les conseillers agricoles disposent aujourd’hui d’outils et de grilles de réflexion qui, à défaut d’être universels et infaillibles permettent d’éviter quelques faux pas. Au-delà du « coup de foudre » pour un nouveau modèle de tracteur, ou de la crise de jalousie aiguë à l’encontre d’un voisin mieux équipé   deux élans souvent tempérés par l’état de la trésorerie !   la réflexion sur un achat potentiel intervient souvent à des moments clés de la vie de l’exploitation. Qu’il s’agisse, bien entendu, de l’installation, de l’agrandissement de l’exploitation, du changement de production ou de la modification de la main-d’œuvre, la décision finale repose sur un compromis entre plusieurs critères : l’économie et la technique, le court et le long terme, l’équipement individuel et collectif.

 

Quelle disponibilité pour le matériel ?

« A la question : mon tracteur est usé, par quoi vais-je le remplacer ? Il faut substituer la question : quels sont les travaux à réaliser avec le nouveau matériel ? » notent, en guise de préambule, les auteurs du Guide d’achat du matériel agricole à l’usage des conseillers édité par le BCMA. Une des premières démarches consiste à recenser les travaux à accomplir avec le nouveau matériel tout au long de la campagne, mois par mois, en ayant soin de bien déterminer la durée d’utilisation du matériel, mais aussi les périodes de pointe afin d’envisager des solutions en cas de concurrences entre outils. Il convient aussi de pouvoir comparer le nombre de jours d’utilisation de la machine au nombre de jours disponibles. Un indicateur particulièrement intéressant pour évaluer le niveau de risque, la raison voulant que le nombre de jours nécessaires n’excède pas 80 % du nombre moyen de jours disponibles.

L’exploitant devra aussi savoir faire la part des choses s’il envisage de se « suréquiper » pour répondre à un besoin ponctuel. Il sera sans doute plus raisonnable de faire intervenir un prestataire extérieur ou d’utiliser la Cuma pour travailler une parcelle difficile plutôt que d’opter pour un tracteur développant 30 ch de plus que nécessaire. Le calcul du taux de charge (voir encadré) pourra s’avérer très instructif.

 

Acheter seul ou travailler en groupe

Choisir c’est avant tout trouver un compromis. La formule est d’autant plus juste que l’achat d’une machine, un tracteur par exemple, ne peut se raisonner sur les seuls critères technico-économiques. Des contraintes de sécurité, de confort, voire de respect de l’environnement s’imposent de plus en plus au moment de la réflexion. La question d’un achat en propriété ou en copropriété, d’une location, ou de l’utilisation dans le cadre d’une Cuma ou d’un cercle d’échanges peut alors se poser.

L’équation sera, le plus souvent, de nature comptable et financière : quel coût vais-je devoir supporter ? Dans tous les cas investir équivaut à introduire des charges nouvelles dans l’entreprise et ce, malgré les réductions de charges sociales ou d’impôts que peut générer l’achat. L’exploitation supporte toujours un coût résiduel, qui est d’autant plus important que l’investissement est élevé. Une étude comparative sur les conséquences financières d’un achat de tracteur (sur 7 ans) citée par le BCMA, confirme cette théorie. Selon que l’exploitant choisisse acquérir un tracteur de 130 ch (325 000 F) ou une machine de 160 ch (400 000 F) le différentiel de départ 75 000 F ne fondra que très partiellement. Même si les réductions d’impôt et de cotisations MSA sont de plus de 25 000 F dans le cas de l’achat du tracteur le plus puissant, le remboursement des annuités s’envole de plus de 90 000 F. Au final, au bout de 7 ans, et en tenant compte de la valeur finale du matériel (107 000 F ou 132 000 F), l’exploitant aura dû supporter un effort de quelque 40 000 F s’il a choisi de miser sur 30 ch supplémentaires en puissance.

 

Penser à la location

L’analyse des besoins et des possibilités de l’exploitation, en terme de mécanisation, permet d’envisager des alternatives à l’achat. Copropriété, location ou mécanisation partagée s’avèrent parfois plus intéressantes après avoir calculé dans le détail le coût d’utilisation du matériel. Chacune de ces formules présente un certain nombre d’avantages et quelques inconvénients. Ainsi, la copropriété, solution très souple adaptée à un petit nombre d’utilisateurs, doit-elle être parfaitement cadrée sur un plan juridique. Les copropriétaires, trop confiants, oublient souvent de contractualiser cette indivision, tant au niveau de sa durée que de la gestion au quotidien du matériel acquis. Les Cuma, dont le fonctionnement et la « philosophie » sont aujourd’hui bien appréhendés par la majorité des agriculteurs, répondent à un double souci de gestion et de mise en commun de son expérience professionnelle. Un engagement qui fait hésiter certains exploitants qui préfèrent travailler en entraide (gratuité et réciprocité des échanges) ou faire appel à un cercle d’échanges (l’agriculteur peut être demandeur ou prestataire de services). En cas de faible durée d’utilisation d’un matériel ou d’exigence particulière sur un type de matériel l’exploitant fera plutôt appel à une entreprise de travaux agricole, à moins qu’il ne choisisse la location, pour quelques jours ou pour toute une campagne. Ces deux dernières solutions, qui ne peuvent répondre qu’à un besoin bien défini et ponctuel ne nécessitent aucun investissement ; la location offrant même la possibilité à l’agriculteur de « tester » un matériel qu’il sera peut-être conduit à acheter ultérieurement.

PIERRE DESCHAMPS,
EN COLLABORATION AVEC LE BUREAU
DU MACHINISME AGRICOLE (BCMA)