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Lachat de
matériel agricole (1)
Les vraies questions
à se poser
Avant den arriver au
choix du matériel et de ses caractéristiques techniques,
lagriculteur qui envisage un achat important doit analyser
la situation de son exploitation et évaluer ses besoins
réels. Nous entamons aujourdhui une série
de rendez-vous pratiques qui vous accompagneront tout au long
de votre parcours de mécanisation.
«Et si cétait
le moment de changer mon tracteur ou ma moissonneuse batteuse ?
». A cette question récurrente à laquelle
ils sont confrontés quotidiennement, les conseillers agricoles
disposent aujourdhui doutils et de grilles de réflexion
qui, à défaut dêtre universels et infaillibles
permettent déviter quelques faux pas. Au-delà
du « coup de foudre » pour un nouveau modèle
de tracteur, ou de la crise de jalousie aiguë à lencontre
dun voisin mieux équipé deux élans
souvent tempérés par létat de la trésorerie !
la réflexion sur un achat potentiel intervient
souvent à des moments clés de la vie de lexploitation.
Quil sagisse, bien entendu, de linstallation,
de lagrandissement de lexploitation, du changement
de production ou de la modification de la main-duvre,
la décision finale repose sur un compromis entre plusieurs
critères : léconomie et la technique,
le court et le long terme, léquipement individuel
et collectif.
Quelle disponibilité pour
le matériel ?
« A la question : mon
tracteur est usé, par quoi vais-je le remplacer ?
Il faut substituer la question : quels sont les travaux
à réaliser avec le nouveau matériel ?
» notent, en guise de
préambule, les auteurs du Guide dachat du matériel
agricole à lusage des conseillers édité
par le BCMA. Une des premières démarches consiste
à recenser les travaux à accomplir avec le nouveau
matériel tout au long de la campagne, mois par mois, en
ayant soin de bien déterminer la durée dutilisation
du matériel, mais aussi les périodes de pointe
afin denvisager des solutions en cas de concurrences entre
outils. Il convient aussi de pouvoir comparer le nombre de jours
dutilisation de la machine au nombre de jours disponibles.
Un indicateur particulièrement intéressant pour
évaluer le niveau de risque, la raison voulant que le
nombre de jours nécessaires nexcède pas 80
% du nombre moyen de jours disponibles.
Lexploitant devra aussi savoir faire la part des choses
sil envisage de se « suréquiper » pour
répondre à un besoin ponctuel. Il sera sans doute
plus raisonnable de faire intervenir un prestataire extérieur
ou dutiliser la Cuma pour travailler une parcelle difficile
plutôt que dopter pour un tracteur développant
30 ch de plus que nécessaire. Le calcul du taux de charge
(voir encadré) pourra savérer très
instructif.
Acheter seul ou travailler en groupe
Choisir cest avant tout trouver un compromis. La formule
est dautant plus juste que lachat dune machine,
un tracteur par exemple, ne peut se raisonner sur les seuls critères
technico-économiques. Des contraintes de sécurité,
de confort, voire de respect de lenvironnement simposent
de plus en plus au moment de la réflexion. La question
dun achat en propriété ou en copropriété,
dune location, ou de lutilisation dans le cadre dune
Cuma ou dun cercle déchanges peut alors se
poser.
Léquation sera, le plus souvent, de nature comptable
et financière : quel coût vais-je devoir supporter ?
Dans tous les cas investir équivaut à introduire
des charges nouvelles dans lentreprise et ce, malgré
les réductions de charges sociales ou dimpôts
que peut générer lachat. Lexploitation
supporte toujours un coût résiduel, qui est dautant
plus important que linvestissement est élevé.
Une étude comparative sur les conséquences financières
dun achat de tracteur (sur 7 ans) citée par le BCMA,
confirme cette théorie. Selon que lexploitant choisisse
acquérir un tracteur de 130 ch (325 000 F) ou une
machine de 160 ch (400 000 F) le différentiel de
départ 75 000 F ne fondra que très partiellement.
Même si les réductions dimpôt et de
cotisations MSA sont de plus de 25 000 F dans le cas de
lachat du tracteur le plus puissant, le remboursement des
annuités senvole de plus de 90 000 F. Au final,
au bout de 7 ans, et en tenant compte de la valeur finale du
matériel (107 000 F ou 132 000 F), lexploitant
aura dû supporter un effort de quelque 40 000 F sil
a choisi de miser sur 30 ch supplémentaires en puissance.
Penser à la location
Lanalyse des besoins et des possibilités de lexploitation,
en terme de mécanisation, permet denvisager des
alternatives à lachat. Copropriété,
location ou mécanisation partagée savèrent
parfois plus intéressantes après avoir calculé
dans le détail le coût dutilisation du matériel.
Chacune de ces formules présente un certain nombre davantages
et quelques inconvénients. Ainsi, la copropriété,
solution très souple adaptée à un petit
nombre dutilisateurs, doit-elle être parfaitement
cadrée sur un plan juridique. Les copropriétaires,
trop confiants, oublient souvent de contractualiser cette indivision,
tant au niveau de sa durée que de la gestion au quotidien
du matériel acquis. Les Cuma, dont le fonctionnement et
la « philosophie » sont aujourdhui bien appréhendés
par la majorité des agriculteurs, répondent à
un double souci de gestion et de mise en commun de son expérience
professionnelle. Un engagement qui fait hésiter certains
exploitants qui préfèrent travailler en entraide
(gratuité et réciprocité des échanges)
ou faire appel à un cercle déchanges (lagriculteur
peut être demandeur ou prestataire de services). En cas
de faible durée dutilisation dun matériel
ou dexigence particulière sur un type de matériel
lexploitant fera plutôt appel à une entreprise
de travaux agricole, à moins quil ne choisisse la
location, pour quelques jours ou pour toute une campagne. Ces
deux dernières solutions, qui ne peuvent répondre
quà un besoin bien défini et ponctuel ne
nécessitent aucun investissement ; la location offrant
même la possibilité à lagriculteur
de « tester » un matériel quil sera
peut-être conduit à acheter ultérieurement.
PIERRE DESCHAMPS,
EN COLLABORATION AVEC LE BUREAU
DU MACHINISME AGRICOLE (BCMA) |