N° 546 | JANVIER 2000

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 ELEVAGE OVIN

Réformer d’urgence

Fatigués de tirer la sonnette d’alarme, les éleveurs de moutons décident de passer à l’action. Pour obtenir enfin la réforme de leur OCM.

«Les producteurs d’ovins en ont assez de mourir en silence. Depuis dix ans ils ont perdu 15 % de leur capacité de production, 3 000 emplois par an et leur revenu ne cesse de baisser alors qu’il est le plus faible de la profession ». Cette déclaration commune, le 15 décembre, de la FNSEA et la Fédération nationale ovine, lasses de « tirer la sonnette d’alarme depuis de nombreux mois », résonne comme un ultimatum. Les deux organisations, et le CNJA avec elles, y annoncent « une série d’actions dans les semaines à venir pour amener les pouvoirs publics à trancher : veulent-ils encore une production ovine en France ? »

L’élevage du mouton est en effet depuis deux décennies en état de sinistre permanent. S’il a connu un court répit voici quelques années suite à la crise de la vache folle et à la baisse de consommation du bœuf, ce répit n’a pas enrayé un déclin de deux décennies. En 1998 la baisse a repris à l'accéléré avec une baisse de 8,7 % de la cotation nationale. De 27,30 F le kilo en 1997, elle est passée à 24,92 F en 1998 et à 24,10 F pour les huit premiers mois de 1999. L’élevage ovin est en queue de liste pour le revenu, toutes productions confondues.

Au début de la décennie 80, le troupeau des brebis-mères avoisinait les 10 millions de têtes, et le taux d’autosuffisance en viande de mouton était de 80 %. Aujourd’hui, le cheptel reproducteur est à 7,5 millions et ne fournit plus que 49,6 % de la consommation hexagonale. Et le secteur ovin est aujourd’hui confronté à la difficulté de renouvellement des générations : 50 % des éleveurs (ils étaient 53 845 en 1998, 2 % de moins que l’année précédente) ont aujourd’hui plus de cinquante ans, et 30 % seulement ont une perspective de reprise.

Le paradoxe, c’est que c’est une production favorable à l’installation : investissements moindres, rotation rapide du capital. Elle intéresse d’ailleurs les jeunes : 535 installations en 1996, 544 en 1998. Et qu’elle est en parfaite adéquation avec la réflexion actuelle sur l’occupation du territoire, l’extensification, et l’agriculture durable. On a assez parlé du rôle des troupeaux de moutons dans le débroussaillage et la prévention des incendies de forêt.

Les producteurs estiment que l’organisation commune de marché ovine, n’est plus adaptée. Cette OCM, qui repose sur un contingentement des importations à droits nuls pour les pays tiers, la maîtrise de la production par de plafonds, un stabilisateur, et surtout un soutien au revenu par la PCO, la prime de compensation ovine. Le calcul de la PCO, commune à toute l’Europe, se fait d’après un système complexe, prix de base plus coefficients et stabilisateurs, qui ne rééquilibre plus les pertes de revenu suscitées par l’OCM.

Alors que dans la réforme de l’organisation viande bovine, Bruxelles a fait entrer les nouveaux critères liés aux nouvelles fonctions de l’agriculture et à l’occupation du territoire, avec des mesures de soutien à l’extensification, de telles mesures restent absentes dans la filière ovine ; alors que l’élevage du mouton est le type même d’activité favorable à l’extensification et à l’occupation du territoire.

Le groupe ovin du CNJA, pour sa part, propose plusieurs pistes de réflexion : une prime au maintien du troupeau allaitant, équivalente à la PMTVA bovine, une prime aux systèmes extensifs (calquée, elle aussi, sur le modèle bovin), un soutien à la production d’agneaux de boucherie, actuellement mise à mal par l’import. Et en tous cas la mise en place de commissions de travail qui prenne le problème à bras le corps.