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ELEVAGE OVIN
Réformer
durgence
Fatigués de tirer la sonnette dalarme, les
éleveurs de moutons décident de passer à
laction. Pour obtenir enfin la réforme de leur OCM.
«Les producteurs dovins
en ont assez de mourir en silence. Depuis dix ans ils ont perdu
15 % de leur capacité de production, 3 000 emplois
par an et leur revenu ne cesse de baisser alors quil est
le plus faible de la profession ».
Cette déclaration commune, le 15 décembre, de la
FNSEA et la Fédération nationale ovine, lasses
de « tirer la sonnette dalarme depuis de nombreux
mois », résonne comme un ultimatum. Les deux
organisations, et le CNJA avec elles, y annoncent «
une série dactions dans les semaines à venir
pour amener les pouvoirs publics à trancher : veulent-ils
encore une production ovine en France ? »
Lélevage du mouton est
en effet depuis deux décennies en état de sinistre
permanent. Sil a connu un court répit voici quelques
années suite à la crise de la vache folle et à
la baisse de consommation du buf, ce répit na
pas enrayé un déclin de deux décennies.
En 1998 la baisse a repris à l'accéléré
avec une baisse de 8,7 % de la cotation nationale. De 27,30 F
le kilo en 1997, elle est passée à 24,92 F en 1998
et à 24,10 F pour les huit premiers mois de 1999. Lélevage
ovin est en queue de liste pour le revenu, toutes productions
confondues.
Au début de la décennie
80, le troupeau des brebis-mères avoisinait les 10 millions
de têtes, et le taux dautosuffisance en viande de
mouton était de 80 %. Aujourdhui, le cheptel reproducteur
est à 7,5 millions et ne fournit plus que 49,6 % de la
consommation hexagonale. Et le secteur ovin est aujourdhui
confronté à la difficulté de renouvellement
des générations : 50 % des éleveurs
(ils étaient 53 845 en 1998, 2 % de moins que lannée
précédente) ont aujourdhui plus de cinquante
ans, et 30 % seulement ont une perspective de reprise.
Le paradoxe, cest que cest
une production favorable à linstallation :
investissements moindres, rotation rapide du capital. Elle intéresse
dailleurs les jeunes : 535 installations en 1996,
544 en 1998. Et quelle est en parfaite adéquation
avec la réflexion actuelle sur loccupation du territoire,
lextensification, et lagriculture durable. On a assez
parlé du rôle des troupeaux de moutons dans le débroussaillage
et la prévention des incendies de forêt.
Les producteurs estiment que lorganisation
commune de marché ovine, nest plus adaptée.
Cette OCM, qui repose sur un contingentement des importations
à droits nuls pour les pays tiers, la maîtrise de
la production par de plafonds, un stabilisateur, et surtout un
soutien au revenu par la PCO, la prime de compensation ovine.
Le calcul de la PCO, commune à toute lEurope, se
fait daprès un système complexe, prix de
base plus coefficients et stabilisateurs, qui ne rééquilibre
plus les pertes de revenu suscitées par lOCM.
Alors que dans la réforme de
lorganisation viande bovine, Bruxelles a fait entrer les
nouveaux critères liés aux nouvelles fonctions
de lagriculture et à loccupation du territoire,
avec des mesures de soutien à lextensification,
de telles mesures restent absentes dans la filière ovine ;
alors que lélevage du mouton est le type même
dactivité favorable à lextensification
et à loccupation du territoire.
Le groupe ovin du CNJA, pour sa part,
propose plusieurs pistes de réflexion : une prime
au maintien du troupeau allaitant, équivalente à
la PMTVA bovine, une prime aux systèmes extensifs (calquée,
elle aussi, sur le modèle bovin), un soutien à
la production dagneaux de boucherie, actuellement mise
à mal par limport. Et en tous cas la mise en place
de commissions de travail qui prenne le problème à
bras le corps. |