N° 546 | JANVIER 2000

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« Les quatre ruptures des années quatre-vingt-dix »

 

 

UNIVERSITE D'HIVER

Agriculteur : un métier à repenser 

Les présidents de CDJA et de CRJA ont planché pendant trois jours sur l’avenir du métier d’agriculteur. Un travail qui va nourrir le prochain rapport d’orientation.

Comment concevons-nous le métier d’agriculteur pour les années à venir ? Cette question mérite d’être posée à l’heure où les rapports entre agriculture et société sont en train de changer profondément. Initiée lors du rapport d’orientation de 1998, la réflexion se poursuit dans le syndicalisme jeune. Elle a été au cœur des travaux de l’Université d’hiver, qui s’est déroulée à Taissy (Marne) du 7 au 9 décembre dernier. Groupes de travail, interventions extérieures, tables rondes ont nourri un débat auquel ont participé une cinquantaine de présidents de CDJA et de CRJA. L’agronome Marcel Mazoyer a dénoncé la « politique agricole mondiale indifférenciée » (le libre-échange), qui ne fait qu’exacerber la recherche de productivité dans les pays développés, au détriment du nombre d’agriculteurs, et surtout de la paysannerie du tiers-monde, qui est incapable de tenir le choc. A la place de cette machine mondiale à détruire l’agriculture, il préconise la création de bloc de pays de même niveau de développement, à l’instar de l’Europe.

Autre moment fort de l’Université d’hiver, la table ronde rassemblant Jacques de Bohan, président de Champagne Céréales, Philippe Lardier, directeur de la communication de BASF, Jean-François Molle, directeur de la sécurité sanitaire de Danone, et Christian Decerle, président de Charolais Stratégie et de la FDSEA 71. Le débat a mis en évidence une fracture qui traverse le monde agricole. D’une part, une agriculture pleinement insérée dans l’économie de marché mondialisée, sans états d’âme. De l’autre une agriculture plus politique et syndicale, qui veut échapper à la tyrannie des marchés en pariant sur la multifonctionnalité. Mais dans les deux cas, un « consommateur-roi », de plus en plus exigeant et méfiant.

 

Des idées à creuser pour le rapport d’orientation

Ces interventions ont nourri les réflexions des groupes de travail autour de l’avenir du métier d’agriculteur. Les présidents de CDJA et de CRJA. ont dégagé quatre points : un métier valorisant pour l’homme, en phase avec la société, moderne et responsable ; un métier qui reste basé sur le vivant et qui conserve un esprit d’entreprise nécessaire ; un métier qui apporte un revenu basé sur des activités marchandes ; enfin un métier fier, porteur de valeurs et capable de se renouveler. Des pistes d’actions ont été tracées : la communication et l’ouverture aux autres catégories du monde rural ; l’implication plus forte, localement et dans l’amont (coopération) ; la formation ; la valeur ajoutée. Ces pistes intéressantes vont être approfondies pour le rapport d’orientation. Rendez-vous en juin au congrès de Deauville.