N° 546 | JANVIER 2000

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Pascal Coste
président du CNJA

 

 


Des idées claires pour l’agriculture de demain


Ça y est : l’an 2000, nous y sommes. Et c’est nous, les jeunes d’aujourd’hui, qui allons définir le visage de l’agriculture du nouveau millénaire.

C’est un immense chantier. Nous venons de franchir une étape : la loi d’orientation est votée, la Politique agricole commune est redéfinie pour six ans, et le cycle de négociations pluriannuel de l’OMC est amorcé. A présent, place au terrain ! Plusieurs défis sont à relever.

Premièrement, continuer à boucher les trous d’un Agenda 2000 qui ressemble à un gruyère. Je pense en particulier au plan protéines qu’il est urgent de mettre en place au niveau européen, ainsi qu’au secteur oléagineux, pour lequel la Commission doit mettre en place un système de filet de sécurité et de compensation, si elle n’a pas fait le choix d’abandonner ce secteur aux Américains.

Plus généralement, nous devons obtenir :
de la Commission qu’elle prenne ses responsabilités sur la gestion des marchés ;
de la réforme en cours sur les organisations de producteurs qu’elle renforce le pouvoir économique des agriculteurs.
des prochaines Assises de la distribution qu’elles créent les conditions d’une répartition équitable de la valeur ajoutée pour tous les maillons de la filière. Nous y parviendrons par le dialogue, commencé à Terre Attitude, mais aussi par l’implication des pouvoirs publics, notamment à travers la loi sur les nouvelles régulations économiques.

Deuxièmement : mettre en place des CTE, dans chaque bassin de production, dans chaque canton. Aux JA de proposer des CTE conformes à leurs attentes, à leur réalité locale, de les adopter en CDOA et faire pression sur les préfets pour qu’ils les valident même s’ils ne sont pas en parfaite adéquation avec la circulaire. Plus nous serons mobilisés, plus nous serons forts pour faire rectifier le tir. C’est une priorité syndicale de nous approprier totalement le CTE, pour en faire le levier de création de valeur ajoutée nécessaire à l’agriculture.

Troisièmement : lancer un combat pour la baisse des charges. Les politiques mises en place au niveau mondial et européen ne font que rendre plus précaire l’exercice de notre métier. On nous veut compétitifs, conquérants, exemplaires ? Très bien. Nous relevons le défi. Mais qu’on nous donne les moyens de le faire : le poids des charges qui grèvent nos exploitations est totalement incompatible avec un tel programme. Cette baisse des charges est devenue indispensable.

Quatrièmement : consolider le travail des JA pour l’installation. Ne tolérons dans ce domaine aucun discours alarmiste : il s’agit d’un travail dans la durée. La nouvelle politique des structures est à redéfinir et à mettre en application dans toutes les CDOA ; à nous de faire vivre les chartes pour l’installation dans tous les départements.

Enfin, au moment de passer le cap du millénaire, il est bon de jeter un coup d’œil en arrière. Dans la conclusion du rapport d’orientation du CNJA de 1970, on peut lire : « l’action syndicale n’est jamais finie car il n’y a jamais de victoires complètes mais seulement des victoires partielles. Il y a toujours quelque chose à faire pour améliorer ce qui existe. » Ces phrases sont toujours d’actualité. Comme à cette époque, nous sommes à un tournant. En prenant exemple sur nos aînés, sachons le négocier : à nous les marchés de l’an 2000, non seulement faits de biens alimentaires mais aussi des nouvelles attentes de la société auxquelles nous devons fournir une offre sur mesure.

Nous en sommes capables : production, maintien et transmission du patrimoine, protection et gestion de l’environnement, aménagement de l’espace, offre de services, débouchés non alimentaires… c’est une agriculture renouvelée, plus complexe, multiforme, bref une agriculture du troisième millénaire, qui permettra d’y répondre.